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Tu es béni, Dieu de l’univers

Isa, je n’y comprends rien. Pendant des années, je récite des prières, répète des phrases que je suis arrivée à connaître par coeur et ce n’est que maintenant, sans aucune raison, que je dis ou comprends certaines phrases, certains mots, certaines prières.

Tu te souviens du mot « Unique » dans le Credo, eh bien, j’en ai découvert un autre par hasard.

Tu me connais, je déteste m’asseoir à l’église pour prier. Pour moi, prier quand je suis à l’église, c’est être à genoux et je me mets toujours à genoux quand le prêtre dit : « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi... » etc.

Pourquoi ? Non pas pour cette phrase elle-même, mais parce qu’elle introduit la phrase suivante : « Toi qui nous donnes ce pain, ce vin, ... ils deviendront pour nous le corps et le sang de Notre Seigneur Jésus Christ. »

Cette phrase, introduction au mystère de l’Eucharistie, revêt pour moi, pour nous tous, chrétiens, une grande importance quand le prêtre la prononce et nous prépare au mystère qui va suivre.

Cela, je le comprends. Mais ce qui m’a surprise c’est de me rendre compte que ce que nous disons parfois sans y songer s’imprègne dans notre esprit et est restitué au moment où nous y attendons le moins. Je m’explique.

J’étais en voiture. J’allais comme tous les matins à la messe et, comme tous les matins, je regardais de tous mes yeux le magnifique paysage qui s’offrait à ma vue. Rien d’extraordinaire, me diras-tu. Peut-être même, si tu voulais être impolie, ce que je ne te permets pas, tu irais jusqu’à me dire : « Tu vieillis, Arlette. Tu te répètes. A chaque fois que tu écris, tu nous rebats les oreilles des mêmes mots : paysages merveilleux, montagnes dorées, couleurs extraordinaires, et ainsi de suite. »

Oui, c’est ce que tu dois penser et ce que j’aurais moi-même dit de quelqu’un qui me rabâcherait les mêmes propos à longueur d’année. Mais, tu vois, cette fois-là, ce ne fut pas pareil. Cette fois-là, c’était inattendu.

Imagine : comme d’habitude, le matin pour aller à la messe, je suis la route qui mène de Flic-en-Flac à la route vers le village de Bambous où se trouve l’église Saint-Sauveur.

Comme d’habitude, je m’extasie devant un soleil levant inhabituel. Des couleurs nouvelles, gris et rose sur un ciel bleu très doux. Un jet d’or entre deux nuages sur la crête extrême de la montagne tel un feu d’artifice. Je me retiens pour ne pas pleurer de joie, pour ne pas crier mon admiration.

Pourquoi cette exaltation ? Ce paysage, en fermant les yeux, je le revois mais ça, c’est de la poésie de midinette. Tu vois, je souris en écrivant cela et dis-toi bien que je me moque de moi-même, en le faisant.

Oui, mais ce qui était inhabituel, ce qui m’a surprise et a rempli mon âme d’une émotion intense, c’est que je me suis entendue dire à voix haute : « Tu es béni, Dieu de l’univers. »

Cette phrase que j’ai répétée mille fois, sans y attacher réellement d’importance, cette phrase jaillissait de moi avec force, avec émotion : « Tu es béni, Dieu de l’univers. »

Et tout mon être a tressailli en la prononçant. Tout mon moi était imprégné d’une grande joie. Cette phrase je l’ai reçue, je l’ai prononcée, je l’ai répétée avec force, avec en moi une grande ferveur. Je l’ai reçue comme si quelqu’un me l’avait jetée en pleine figure. Une grande émotion me soulevait, exaltait l’importance des mots que je prononçais, leur donnait une force et une saveur nouvelles.

Cette phrase, je ne pouvais m’empêcher de la redire avec toute mon âme. Ce « Tu », je ne le prononçais pas comme je le fais d’habitude. Non, il montait en moi comme une prière. Il s’adressait avec force à Dieu, ce « Dieu créateur de l’univers ».

Je le disais avec toute ma foi : Tu es béni, Dieu de l’univers.

Et cet univers je sentais que j’en faisais partie. Dans cette phrase, je sentais toute la force de la création. En moi, je sentais une force nouvelle, une vigueur nouvelle comme si je participais à la création, comme si elle faisait partie de moi et moi d’elle.

J’ai senti en moi en ce moment la grandeur de Dieu.

La Bible, en de petites phrases tranquilles, nous introduit au monde de la création.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était vide et déserte et les ténèbres étaient au-dessus de l’océan et l’esprit de Dieu se penchait au-dessus des eaux. »

Tu connais, la suite : « Alors Dieu dit : “Qu’il y ait de la lumière et il y eut de la lumière.” » Et ainsi de suite. Dieu crée le firmament, la terre et la mer, l’herbe, les plantes portant semence, les arbres de toutes espèces, le soleil, la lune et les étoiles, les oiseaux, les monstres marins et tous les êtres vivants, le bétail, les reptiles, les bêtes sauvages et enfin l’homme et la femme.

Et bien, tout cela, je l’ai mille et mille fois lu. Je revois papa avec qui j’aimais discuter me disant :
« Tu vois, il y a une chose que je ne comprends pas dans la Bible, une chose qui me chiffonne. Je crois en Dieu de toutes mes forces. Plus je fais des découvertes en science, plus je crois. Mais là, tu vois, il y a une chose qui ne va pas. L’on nous dit que Dieu crée la lumière le premier jour, que le premier jour il crée le jour et la nuit, et ce n’est qu’au quatrième jour qu’il crée le soleil, la lune et les étoiles. Il y a une erreur quelque part. »

Ton arrière grand-père, Isa, était un scientifique, un grand bonhomme devant qui d’autres scientifiques que j’ai rencontrés au cours de mes voyages en Angleterre s’inclinaient. Eh bien, ton grand-père butait sur les premières lignes de la Bible. Cela, il ne pouvait le comprendre.

Et pour cause, ce n’est que tout récemment que les scientifiques modernes avec leurs instruments électroniques et autres, ont compris ce qui fait qu’il y ait le jour et ce qui fait que la nuit soit noire. Mais cela c’est une autre histoire.

Tu vois, ce que ton grand-père ne comprenait pas, cela ne m’avait jamais gênée. Cette chose inouïe qu’était la création, je l’avais acceptée sans me poser de questions et ce matin-là, je la ressentais en moi et tout mon moi louait Dieu « Créateur de l’Univers ».

Et alors m’est revenue une phrase que récemment le Père Quinn avait prononcée en chaire un matin : « La création se continue chaque jour », et que je n’avais pas comprise alors. Cette phrase qu’il a dite tout simplement, qui n’a pas dû faire beaucoup d’effet, me revint à l’esprit.

Oui, Dieu de l’Univers, ta création se renouvelle chaque jour, elle se poursuit au cours des siècles, et pour cela « Toute la création proclame ta louange ».

Bonne nuit, Isa. Dors bien.

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M.J. Arlette ORIAN

Ancienne directrice d’une école de secrétariat à l’île Maurice

(re)publié: 01/11/2020
1ère public.: 30/11/1997