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Prêtre, mon ami, merci de ta présence

Tu vois, Isa, aujourd’hui, avec toi, avec les catholiques de Maurice et d’à travers le monde, à un moment où les prêtres sont critiqués, à un moment où la religion, la foi passent par des moments difficiles, je veux dire MERCI aux prêtres de leur présence parmi nous.

Prêtre, mon ami, merci de ta présence. Merci d’avoir permis que je chemine à tes côtés dès mon plus jeune âge. Merci de m’avoir constamment exposée aux bienfaits de ton témoignage de vie.

Vois-tu, j’ai eu l’immense grâce de naître dans une maison à toucher de la Résidence Saint Ignace où habitent jusqu’à présent les prêtres jésuites. Mes sœurs, mon frère aîné et moi avons grandi dans cet entourage de prêtres d’autrefois, prêtres à la longue soutane, regard et vie d’homme consacré, piété et foi assurées.

L’image du prêtre, sous différents traits, - certains anonymes, d’autres familiers - m’a donc accompagnée à chacune des étapes de ma vie et en a été le phare. De nombreux visages ont, ainsi, défilé devant mon horizon et m’ont fait découvrir les dimensions de la vie de l’Eglise.

Ainsi, quoique cela fasse un peu moins de cent ans que le Père Regimbeau, un jésuite, soit mort - il avait baptisé maman, lui avait fait faire sa première communion, l’avait mariée - jamais une fois maman n’a oublié, jamais nous, ses enfants, nous n’avons oublié, quand nous allons au cimetière, de mettre une fleur sur sa tombe - cette promesse nous l’avons faite à maman sur son lit de mort, cette promesse nous l’avons tenue et nos descendants la tiendront après nous.

Mais, dans ma vie à moi, le prêtre est tout d’abord apparu sous les traits rayonnants et en la personne d’un autre jésuite, du Père Neyrolles. Je revois sa longue silhouette vêtue d’une soutane noire, un chapelet de buis noir pendue à ses côtés - chapelet qu’il égrenait en marchant lentement, de long en large, les après-midi, dans les allées de la Résidence Saint Ignace. Père Neyrolles, au visage plein de bonté, reflet d’une âme pure toute imprégnée de sainteté.

Et comme la sœur de mon père, sa cousine, la sœur d’une de mes tantes, et une amie de la famille de mes grands-parents, étaient religieuses, les prêtres et les religieux étaient, pour nous, les amis de toujours.

Ajoutons à tout cela que, depuis l’époque de mes grand-parents, les frères des écoles chrétiennes habitaient un mois par an le « campement » de mon grand-père à Mahébourg, que les Frères Eugène, Louis, Alexis et autres étaient des habitués de la maison, et tu comprendras l’atmosphère dans laquelle j’ai grandi.

J’avais donc une idée toute faite des religieux et des prêtres. Ma vision du prêtre était complètement idéalisée au départ. Je regardais les prêtres avec respect. Pour moi, comme pour beaucoup de Mauriciens, du fait qu’ils avaient prononcé leurs vœux, les prêtres se démarquaient des autres hommes. Ils représentaient Jésus en personne.

Oubliant les deux millénaires qui ont passé, tu étais à mes yeux, prêtre, mon ami, l’un de ceux qui avaient répondu à l’appel du Christ, l’un de ces douze apôtres qu’il avait appelés tout bonnement un jour. Il passait par là. Il t’a dit : « Viens, suis-moi » et, quittant tout, tu l’as suivi. Tout au moins c’est comme cela que j’imaginais l’appel que tu avais reçu.

Les apôtres l’avaient bien vu : « Ce Fils de l’Homme, il n’a pas d’endroit où poser la tête. » Ils ont dû plus d’une fois se demander, j’en suis sûre : « Ai-je eu raison de le suivre ? » mais malgré les écueils, ils ont continué la route avec Lui. Ils lui sont restés fidèles.

Tu avais 20 ans ! Des apôtres, tu avais la pureté, l’enthousiasme, la foi et, plus tu rencontrais des obstacles sur ta route, plus tu croyais en ta mission. Tu connaissais les Béatitudes. Tu te les rappelais, tu te répétais et tu les vivais :
« Heureux les pauvres, heureux les pacifiques, heureux les doux,
heureux serez-vous quand on vous vous critiquera à cause de moi,
heureux, heureux... »

Ta vie de prêtre s’écoulait pleine de dévouement, d’oubli de soi, de don de toi, et tu vivais ton sacerdoce pleinement au service de tous tes frères.

Puis est arrivée, de façon soudaine et inattendue, la transformation de la société. De nouvelles exigences du peuple de Dieu surgirent, libérales dans certains domaines, plus exigeantes dans d’autres.

Chez nous, la transition s’est faite sans heurts, inspirée, mise en place, par notre chef spirituel. Mais à Maurice, comme partout ailleurs, tout changement entraîne des interrogations, des réticences, des tendances à aller plus loin, plus vite. Et le prêtre se sent interpellé par toutes ces tendances porteuses d’options différentes. Son sens de la solidarité au sein du presbyterium s’émousse. L’Eglise, à travers le monde, vit des heures difficiles... mais l’essentiel demeure.

Oui, ton optique a peut-être changé au cours des âges mais tu es resté fidèle à ta mission : porter la Parole à tes frères ; leur donner l’Eucharistie ; les aider à vivre et aussi à mourir ; les soutenir dans leur vie parfois difficile, dans leur lutte pour survivre ; les encourager à pardonner les souffrances, oublier les rancunes, ignorer les frustrations.

Tu voulais avec eux aller de l’avant, plus haut, toujours plus haut. Quand tu disais : « Si ton frère a quelque chose contre toi, va. », tu connais le reste, tu le pensais et quand tu expliquais le pardon à ceux pour qui pardonner était difficile, pour ne pas dire impossible, tu trouvais en toi des ressources inattendues pour parler du royaume de Dieu, de ce royaume où tout est « amour ».

 « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
 « Donne la paix à ton frère. »
 « Christ est venu donner la paix. »
 « Donne la paix à ton frère. »

Ce que j’écris ce soir, je ne l’écris pas pour une poignée de prêtres. Je ne singularise pas tel ou tel prêtre. Ce que j’écris, je l’écris pour vous tous, prêtres qui me lisez en ce moment. Je m’adresse à vous individuellement.

Parce que, quand je vous parle, je regarde vos mains. Hommes, vous restez, avec vos faiblesses, mais vos mains, elles, ne sont pas des mains ordinaires, vos mains ont été consacrées, votre vie vous l’avez toute entière offerte à Dieu. Pour ces mains qui bénissent, pardonnent, qui donnent le Christ, qui vous font Christ... pour ces mains que je vous envie... pour le sacerdoce auquel vous avez donné votre vie, je garde de vous, et avec moi des dizaines de milliers de mes compatriotes, cette vision du prêtre de mon enfance, cette image du Christ. Et je vous garde toute ma confiance. A mes yeux, vous êtes toujours Christ.

Et je garde en toi toute ma confiance, prêtre, mon ami. Dans tes yeux, je vois briller une lueur que j’avais cru éteinte. Celle de ta jeunesse retrouvée, celle de la foi de tes vingt ans. Oubliant ta condition d’homme, tes soucis d’homme, tu as décidé que, de ce Christ souffrant, de ce Christ aimant, tu aurais le visage. Tes défauts tu les garderas - tu es un homme, - mais ton choix, tu l’as fait : du Christ, tu resteras l’image.

Prêtre, mon ami, merci de redevenir Christ, de regarder à nouveau vers le haut, d’oublier les petitesses de cette vie, d’oublier le passé. Souviens-toi. Tu es notre guide. Tu dois être notre guide. Nous avons besoin de toi pour aller toujours plus haut ! Pour toi, nous voulons la sainteté.

Prêtre, mon ami, merci de ta présence. Que Dieu te garde !

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M.J. Arlette ORIAN

Ancienne directrice d’une école de secrétariat à l’île Maurice

(re)publié: 05/04/2021
1ère public.: 30/11/1997