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Marie la silencieuse

On t’appelle de beaucoup de vocables : Notre Dame de Fatima, Notre Dame de Lourdes, Vierge Miraculeuse - il n’y a qu’à réciter les « Litanies à la Vierge » pour s’en rendre compte - mais, moi, je t’appelle Marie la silencieuse.

Que sait-on à ton sujet ? Que nous racontent les Evangiles ?

Pas grand-chose. Rien que quelques lignes pour nous parler de toi. Et puis rien. Aucune de ces remarques qui nous accompagnent tout au long de notre vie. Tout au long des Evangiles, tu es présente à travers ton Fils, mais l’on pourrait t’en proclamer absente tant ta présence est silencieuse.

C’est peu pour la vie d’une femme, d’une maman, de la mère d’un Roi et, pas de n’importe quel roi, du Roi du Ciel et de la terre. Et, pourtant, de nombreux volumes ont été écrits sur toi, des poètes t’ont chantée, des foules se sont déplacées à chacune de tes apparitions et se déplacent encore aujourd’hui pour te prier à Lourdes, à Fatima.

Aujourd’hui encore, c’est devant ton autel, à toi, la Reine de la Paix, que s’est déroulée la messe pontificale qui a marqué les 150 ans de notre diocèse et à laquelle des milliers de pèlerins participèrent.

C’est à toi que le pape Jean-Paul II confia notre « marche vers le Grand Jubilé de l’An 2000 » et c’est à ton Cœur Immaculé qu’il dédia la Russie

Tant de silence de ton vivant ! Tant d’honneurs après ta mort ! Mais que sait-on de toi ? De ton toi intime, de ton toi à toi, de tes rires et de tes larmes, de tes joies et de ton désespoir ! Rien !

Comme toute mère, tu as connu la douceur de sentir un enfant tressaillir en ton sein, tu as connu les douleurs de l’enfantement. Comme toute maman, tu as vu ton enfant faire ses premiers pas, tu l’as entendu balbutier ses premiers mots et t’appeler « Maman ! » lui, l’homme-Dieu, devant qui toute l’humanité s’incline, il a été ton « petit à toi ».

De derrière ton visage pur et paisible de Madone reproduit à des milliers d’exemplaires à travers le monde, que peut-on entrevoir de ton vrai visage, ô Marie ?

Quand Dieu envoya l’ange Gabriel t’annoncer, folie du Ciel, que tu deviendrais la Mère du Sauveur, tu n’étais qu’une gamine de 15 ans. Qu’avais-tu donc de spécial, qu’y avait-il d’unique en toi pour que Dieu te choisisse « entre toutes les femmes » !

Quinze ans, Marie ! Tu n’avais que 15 ans ! Tu ne dus sûrement pas te rendre compte de l’honneur que Dieu te fit quand, avec une simplicité, et une candeur qui n’avait d’égale que ta foi, tu prononças ces simples mots : « Que la volonté de Dieu soit faite ! »

Réalisas-tu alors que ces fiançailles dont tu avais rêvé avec Joseph n’auraient plus la même saveur ? Que ton union avec lui n’en serait pas une ? Que les rêves d’avenir que, tous deux, vous aviez faits ne se réaliseraient pas ! Que tu allais au devant d’une vie dont tu ignorais ce qu’en serait la trame !

Je te vois, dans une attitude pleine de respect et de soumission, incliner la tête entre les deux mains que tu aurais croisées devant ta poitrine. Je t’entends dire, à ce Dieu que tu chérissais, dans un souffle qui provenait du plus profond de ton âme : « Que Ta volonté soit faite », mais as-tu eu, en cet instant, une vision de l’avenir que ce Dieu te réservait ? Un futur fait de joies multiples certes mais aussi de souffrances intenses.

Dès la présentation de Jésus au temple, Siméon et Anne te firent des révélations qui durent, tel un glaive, te transpercer le cœur « ... ton enfant est né pour la destruction et la ruine d’un grand nombre en Israël ».

Pendant trente ans, tu le vis vivre et grandir « en sagesse, en grâce à tes côtés. » Pendant trente ans, tu l’as eu pour toi. Oui, mais un jour, il s’en est allé. Que de jours, que d’heures d’angoisse ne dus-tu pas vivre alors ?

Je te vois, jour après jour, attendant avec anxiété l’heure de son retour, guettant le bruit de ses pas, poussant un soupir de soulagement en le voyant rentrer. Je t’entends dire tout bas : « Ce n’est pas pour aujourd’hui ! Merci, mon Dieu. Je l’ai encore avec moi, auprès de moi, encore aujourd’hui » et je t’entends prier le Père : « Garde-le moi encore un jour, une heure ! Laisse-moi mon Fils, mon Dieu, je t’en supplie ! »

Et, comme beaucoup de mères, quand il franchissait le seuil de la porte, tu devais effacer rapidement de tes yeux les larmes qui s’obstinaient à couler pour l’accueillir avec un chaud sourire en lui tendant les bras pour le serrer sur ton cœur : « Mon fils, tu es là ; tu es rentré à la maison ! »

Seules les femmes dont le fils est condamné à mort et qui savent que dans quelques heures, il ne sera plus, peuvent comprendre la peine qui fut tienne lorsque tu l’accompagnas tout au long de sa marche vers la croix ! De même qu’elles doivent suivre avec une angoisse extrême le déroulement du procès dont dépendent la vie et l’avenir de leur enfant ; de même qu’elles doivent vivre jour après jour, minute après minute, le calvaire que doit être celui de leur fils ; de même elles seules, peuvent comprendre la douleur qui fut tienne quand tu le suivis, de loin, jusqu’au bout !

Et quand tu te tins au pied de cette Croix, tu as dû ressentir au plus profond de toi-même l’agonie de celui qui avait été la chair de ta chair ? Qui pourra dire ce à quoi tu as pensé, quand, impuissante au pied de la Croix, tu l’entendis lancer à son Père cet appel : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Qui pourra décrire l’immense déchirement qui fut le tien quand, au pied de la croix, tu pris dans tes bras, pour serrer, une dernière fois contre toi, le corps meurtri de l’Agneau de Dieu !

Je te vois, quelques jours plus tard, seule dans ta chambre, à genoux, priant, pleurant le départ de celui que tu aimais tant et puis, soudain, levant les yeux en sentant une présence à tes côtés, le voir devant toi, l’entendre te dire : « Maman. »

Tu as eu son premier regard de ressuscité, tu as eu son premier sourire, tu as entendu ses premiers mots. Les Evangiles ne le disent pas mais, au fond de moi, je le sais, c’est au-devant de toi qu’il est accouru en premier. Je te vois lui tendre les bras. Je t’entends lui dire dans un élan de tendresse et d’adoration : « Mon fils, mon tout petit. »

« Ton fils était mort et il est revenu à la vie », pas à une vie de quelques années mais à la vie éternelle à laquelle Dieu t’associa toi, humble fille de Nazareth, que Dieu couronna Reine du Ciel et Mère de Dieu, associée éternellement sur terre et dans les cieux à la gloire de ton Fils.

Ô Marie, ma douce et tendre Mère, bénie sois-tu entre toutes les femmes ! Je te salue, Marie.

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M.J. Arlette ORIAN

Directrice d’une école de secrétariat à l’île Maurice († 2006).

(re)publié: 01/07/2020
1ère public.: 30/11/1997