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La Croix, hier et aujourd’hui

J’ai traduit, pour toi, un passage de « Diary of a pilgrimage » de Jérôme K. qui fait revivre, de façon émouvante, la semaine d’angoisse qu’ont vécue Marie et les Apôtres pendant la Semaine sainte. Voici cet extrait :

Ils étaient là... quand Marie te supplia de ne pas t’en aller. Elle savait, elle aussi, que tu t’en allais vers la souffrance, vers la mort ; elle se souvenait de ce qu’avait dit Siméon quand elle t’amena au temple ; elle savait... et elle t’a supplié de rester. Mais tu avais à suivre la voie que tu t’étais tracée...

Pour les autres, tu étais le Christ, le Sauveur de l’humanité, Mais pour elle, tu étais son fils ; l’enfant qu’elle avait allaité ; celui qu’elle avait bercé sur son cœur, qui avait posé sa tête confiante sur son épaule et qui aimait courir, pieds nus, dans la maison la faisant vibrer de ses rires, de ses cris joyeux. Tu étais son enfant, son fils ; elle avait l’habitude de t’envelopper de ses bras pour te protéger du monde méchant. Elle te défendrait, même contre le Ciel, lui-même, si elle le pouvait, pour te sauver.

Tu aimais tant le monde, la vie. Ils t’avaient vu guérir les malades, ressusciter les morts, nourrir les affamés ; ils t’avaient vu bénir le pain et le vin afin que, pendant les siècles, les hommes se souviennent de toi.

Ils te regardaient et ils la regardaient. Ils t’ont vu pleurer au jardin des Oliviers, rejetant de tout ton être la mort et la souffrance. Ils ont vu Judas, le traître, t’embrasser, te vendre pour trente pièces d’argent. Ils ont entendu Pierre te renier. Ils ont vu tes apôtres s’enfuir. Ils t’ont regardé partir, les poings liés, comme un malfaiteur.

Ils t’ont vu être traîné , pâle et silencieux, devant tes coreligionnaires, les prêtres juifs et devant le gouverneur romain. Ils se sont souvenus que ce peuple, qui réclamait aujourd’hui ta mort, t’avait acclamé quelques jours auparavant comme leur roi ! Ils t’ont vu marcher courbé sous le poids de la croix. Ils t’ont vu tomber .. non pas une mais deux, trois fois. Ils ont vu Simon t’aider à la porter cette croix si lourde des péchés du monde. Ils ont vu Véronique, bravant les soldats, essuyer ta figure couverte de sueur et de sang. Ils ont vu le dernier regard échangé entre ta mère et toi. Ils l’ont entendue étouffer un sanglot quand ils t’ont cloué sur la croix. Ils l’ont vue pleurer quand les soldats ont transpercé ton côté. De loin, ils ont vu comme elle te regardait quand tu as poussé ton dernier cri .. et ils l’ont vue te regarder mourir.

Ils l’ont vue repartir avec Jean, l’apôtre bien-aimé, à qui tu l’avais confiée Puis, ils l’ont vue prier ton Père avec encore plus de foi ... mais tu n’étais plus là".

Je me reproche un peu de publier cet extrait cette semaine parce qu’il nous fera peut-être regarder la Semaine Pascale dans laquelle nous allons entrer comme une semaine de souvenirs douloureux, un peu comme un « 11 novembre » où, au cours des cérémonies de dépôts de gerbes, l’on pense, non pas à la victoire sur laquelle ces morts ont débouché, mais aux millions de victimes des dernières guerres et à la cruauté de l’homme envers l’homme.

Moi - et je m’en excuse auprès de ceux que mes mots vont choquer - je n’ai jamais pu regarder la Croix et Jésus exposé sur elle en me complaisant sur les plaies du Christ, sur sa mort ignominieuse. Je regarde la Croix avec tristesse. J’ai mal des souffrances du Christ mais pour moi, la Croix, c’est le rachat de l’humanité par le Christ, et je chante avec toute mon âme : O Croix glorieuse !

Pourquoi ce semblant d’indifférence ? Parce que, dans ce sacrifice de la Croix, j’y lis ce que nous a si bien expliqué le Père René Ludmann, au sujet du dimanche des Rameaux et de la Semaine Pascale :

« La liturgie (de cette semaine) n’entend pas rejouer un drame historique. Elle célèbre le Christ présent au milieu de nous, et ce Christ ne souffre plus, ne meurt plus. Il est vivant, ressuscité... et c’est dans la lumière de Pâques que nous méditons les évènements. ... Ce n’est pas un retour en arrière, la célébration du souvenir. C’est notre actuelle liberté que nous fêtons ».

Et il ajoute : « Vivons donc la Semaine Sainte dans l’optique que l’Eglise, pendant ces jours saints, ne commémore jamais la passion du Christ (qui est du passé), sans célébrer sa résurrection (qui est du présent) et sans attendre son propre passage vers Dieu (qui est à faire) »..

Quand tu contemples le Christ avec les yeux intérieurs, il te devient clair que le « monde » qui le crucifie a encore fait fausse route, et que le vrai vainqueur c’est l’Homme en croix.

Et maintenant, Isa, avant de t’endormir, regarde cette Croix. Contemple, médite et prie. Ce Jésus, sur sa Croix, ne doit plus être pour toi un symbole de souffrances, d’ignominie, de mort, mais la signature de Sa victoire sur le péché, sur le Mal, sur la Mort et avec moi, redis :

« O Croix glorieuse ! Bénie sois-tu ! »

Bonne nuit, Isa. Dors bien.

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M.J. Arlette ORIAN

Ancienne directrice d’une école de secrétariat à l’île Maurice

(re)publié: 01/01/2021
1ère public.: 30/11/1997