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Jésus et le pardon

Un ami, après avoir lu ce que j’avais écrit sur le "Regard de Dieu" dans la Vie Catholique, s’est gentiment moqué de moi : « Ouvre ta Bible et tu verras comment y sont décrits les “Regards de Jésus, les regards de Dieu”. »

A ces mots, je me mis à rêver. Je me suis revue toute petite... sept à huit ans ou même plus jeune, priant. Je n’étais pas très forte en prière, je ne le suis pas tout à fait encore aujourd’hui, mais je revois la gosse que j’étais prenant une grande décision :

"Tout le monde prie Jésus-Christ. Eh bien, moi, non. Moi, je ne vais pas prier Jésus, je vais prier Dieu le Père. Tout le monde prie Jésus, presque personne ne pense à Dieu le Père. Il doit avoir de la peine de voir qu’on le néglige. Alors, moi, je vais être..."

Je ne me souviens pas de ce que je voulais être mais ce que savais c’est que je voulais consoler Dieu le Père de l’abandon dans lequel je pensais qu’on le laissait.

Je ne garantis pas l’exactitude de mon discours à Dieu le Père mais le fond, c’était cela. Tout le monde ne parlait que de Jésus alors, moi, j’allais m’occuper de Dieu le Père. Autant que je me rappelle, j’avais un peu peur de Dieu le Père, de ce bonhomme à barbe blanche tel qu’on nous le représentait mais qu’à cela ne tienne, je resterais à ses côtés vaille que vaille.

Quel a dû être le regard de Dieu à ce moment sur ce petit bout de monde que j’étais ! Il a dû sourire dans sa barbe et être assez ému en écoutant cette gosse qui avait peur qu’il ne se sente seul et qui voulait venir lui tenir compagnie.

Cependant, pour obéir à cet ami, j’ouvris l’Ancien Testament bien décidée à y chercher ce "regard de Dieu". Je dois avouer que l’Ancien Testament n’est pas mon fort mais j’avais promis de le faire, je l’ai fait.

J’ouvris la Bible et y ai trouvé relatée, telle que je l’avais mainte et mainte fois lue, l’histoire primitive du monde, de sa création. Et encore une fois, la description de la création telle qu’elle est faite dans la Bible m’enchanta.

Quelle que soit la chose que Dieu crée : ciel, terre, lumière, firmament, homme, et ainsi de suite, le narrateur fait marquer à Dieu comme une pause pour contempler son œuvre, et il nous livre à chaque fois les pensées de Dieu : "Dieu vit que cela était bon."

J’imagine la scène, Dieu penché au-dessus des eaux, rêvant à ce qu’il peut créer - Dieu sait qu’il a l’imagination vive ! -Dieu, le menton dans la main, réfléchissant à ce qu’il pouvait bien inventer. Il se dit l’espace d’une seconde : "Tiens si j’inventais la lumière ou toute autre chose…" Aussitôt dit, aussitôt fait. Et ce qu’il désire se réalise.

Dans ces cas, le regard de Dieu a dû être un regard triomphant, c’est là que Dieu a dû se mettre à rire. Oui, quand son regard engloba tout ce qu’il avait créé et qu’il vit que c’était bon, il a dû éclater "d’un vrai rire sonore qui roule ses échos en vagues successives" tel que Michel Quoist aurait voulu l’entendre, tel qu’il le décrit si bien dans "Chemins de Prières" quand il demande à Dieu : "Fais-moi rire, Seigneur."

Je me suis mise, ensuite, à éplucher les Evangiles et j’y ai vu que les apôtres y décrivaient différemment le regard de Jésus. Parfois ils disent tout simplement : Jésus voit. A certains moments, il est dit qu’il fixe son regard sur quelqu’un et à d’autres, il promène son regard. Même, une fois, les apôtres parlent de son regard de colère.

Quand ils décrivent que Jésus fixe son regard, on le devine scrutant l’âme de ceux à qui ils parlent pour lire au fond de leur âme, Il fixa son regard sur Pierre. Quand le jeune homme riche vint l’interroger, Jésus fixa son regard sur lui et il l’aima. De quel regard de tristesse Jésus ne dut-il pas le regarder quand ce jeune homme qu’il aimait lui tourna le dos et s’en alla... parce qu’il avait de grands biens !

Quand Jésus promène son regard sur les disciples assis autour de lui ou en cercle à ses pieds, on devine qu’il les enveloppe de son regard, qu’il le fait pour mieux capter leur attention, pour leur faire comprendre une vérité qu’il va énoncer : "Rien n’est impossible à Dieu." Ou encore "Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère". Jésus promène aussi son regard quand, en parlant de lui, il se décrit comme "la pierre d’angle de la future Eglise".

Quand Jésus jette un regard de colère, c’est qu’il a été profondément attristé par l’endurcissement du cœur des Juifs de la synagogue. Ceux-ci l’observaient afin de le prendre en défaut le jour du sabbat. En effet, ils se doutaient bien que Jésus allait guérir l’homme à la main desséchée et ils voulaient pouvoir l’accuser de ne pas respecter le jour du sabbat.

Très fière, j’apportais à cet ami le résultat de mes recherches en lui disant : "Dans la Bible, quand on parle du regard du Christ, on parle de regards différents. Moi, j’avais voulu parler surtout du regard d’amour du Christ."

Mais ce n’était pas de ces regards que mon ami voulait parler. Il se mit à sourire et me raconta l’histoire suivante que je m’empresse de te raconter.

Quelqu’un, pendant des mois, lui avait fait subir mille tracasseries sur le lieu de son travail au point qu’il en avait fait presque une dépression. Il ne parlait que de cela, j’allais dire ne rêvait que de cela, se reprochait de presque haïr cet homme, trouvant difficile de lui pardonner. Il priait Dieu de le délivrer de ses pensées de rancœur et de mettre dans son cœur le pardon, sinon l’oubli.

Il savait qu’il devait lui pardonner malgré tout, Jésus n’avait-il pas dit : "Je ne te dis pas qu’il faut pardonner jusqu’à sept fois mais jusqu’à soixante dix sept fois sept fois." Jésus y va un peu fort, mais c’est son commandement. Nous devons obéir. Alors, allons-y. Pardonnons mais... il le faisait et se le disait avec, comme qui dirait, une grimace aux commissures des lèvres.

Tout en y réfléchissant, il ouvrit machinalement un livre de prières qu’il tenait à la main. Il y lut ceci que je résume pour toi : il lui était dit que s’il avait de la peine à pardonner, il ne fallait pas qu’il se représente celui avec qui il est en conflit parce que cette pensée éveillerait en lui... des sentiments d’aversion qu’il aurait de nouveau peine à surmonter. Que fallait-il faire alors ?

Il lui était demandé d’aller se mettre aux pieds du crucifié, en pensée, ou mieux devant la croix dans une église. Là, de considérer Jésus qui a pris sur lui le poids de ses péchés, qui lui pardonne tout, aussi bien ses faiblesses passées que ses fautes actuelles, de se le représenter avec un bras sur son épaule à lui. Et de se représenter ce même Jésus aimant et supportant son adversaire autant qu’il l’aime et le supporte, lui ; lui pardonnant tout et posant son autre bras sur l’épaule de celui par qui il avait souffert.

Je vois d’ici la scène. Un homme-Dieu, Jésus. Deux hommes courbés devant lui. L’un avait offensé gravement l’autre. L’autre avait été gravement offensé.

Que faisait Jésus ?

Jésus lui montrait la voie. "Jésus a pour cet homme que tu as de la peine à pardonner le même regard qu’il a pour toi. Vois, une de ses mains est posée sur ton épaule et l’autre est posée sur son épaule", sur son épaule à lui qui t’a fait tant souffrir.

Le texte se terminait comme suit : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. » (Rm 12,21) Et c’est ce qu’il fit !

Mon histoire n’est-elle pas merveilleuse. Alors, Isa, rêve du regard de pardon et d’amour du Christ et… pardonne à ceux qui t’ont fait souffrir.

Bonne nuit, Isa. Dors dans la paix retrouvée. Je t’aime.

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M.J. Arlette ORIAN

Ancienne directrice d’une école de secrétariat à l’île Maurice

(re)publié: 01/02/2021
1ère public.: 30/11/1997