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Devenir témoin

Tu vois, Isa, ce qui me stimule quand je t’écris, c’est que je ne choisis pas moi-même ce dont je vais t’entretenir. Tu me poses une question, je la creuse et te réponds au mieux de mes connaissances, de mon expérience. Lors d’une lecture, un mot, une phrase me saute aux yeux et me voilà désireuse de partager avec toi ma découverte.

Aujourd’hui, je vais te parler de l’importance de donner un témoignage, d’être présent aux yeux des autres dans ce qu’il y a de bon, de grand, mais aussi d’humble, de simple dans la vie.

Parler de Dieu à ceux qui nous entourent. Le faire vivre dans chacun de nos actes, c’est fou, c’est prétentieux. Les gens crieront au scandale mais souviens-toi : « il ne faut pas que nos rues soient des cimetières. »

D’habitude, on vante les mérites des saints : sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, saint Vincent de Paul, ou encore des personnes d’un niveau hors du commun : sœur Emmanuelle (d’Egypte), Mère Teresa ; moi, je vais te parler des petites gens, des gens comme toi et moi que nous côtoyons, dont nous ignorons parfois l’existence mais qui sont des témoins de ce que doit être un vrai chrétien.

Je sais que, à l’ordinaire, on attend que les gens soient morts pour parler de leurs mérites. Cela, je ne l’ai jamais compris. Je préfère un témoin de Dieu bien vivant à un témoin mort. Je peux lui parler, le questionner, m’inspirer de sa vie, m’enrichir au contact de sa sagesse, de son expérience de la vie. Je peux faire avec lui un petit bout de chemin.

Et j’en viens au sujet de cette lettre. Récemment, je parlais à un prêtre de mes amis de tout et de rien quand soudainement je m’entendis lui dire : « Liseby et moi avons décidé de devenir des témoins. » éberlué, il me questionne : « Témoins de quoi ? » et tout bêtement, je lui ai répondu : « De Dieu. » A peine l’avais-je dit que j’aurais voulu me couper la langue. Ma réponse n’avait pas de sens, mais elle exprimait ce que Liseby et moi voulions être... et je crois que mon interlocuteur a compris.

Qui est cette Liseby qui veut avec moi porter l’armure des croisés ? Liseby, c’est mon amie et je veux lui rendre hommage. Elle n’est pas sœur Emmanuelle ou Mère Teresa ; ni sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ou saint Vincent de Paul. Non, c’est un petit bout de femme toute simple. Elle a 45 ans environ, est handicapée, se déplace dans un fauteuil roulant mais je dirai qu’elle porte son handicap à bout de bras. Ne pas pouvoir se déplacer doit être très dur ; je ne l’ai jamais vue pleurer ou se plaindre. Sa souffrance existe, j’en suis sûre, mais elle n’est pas visible. Sa souffrance est pleine de dignité, elle la cache aux regards des autres. Que fait-elle de sa souffrance ? Elle l’offre.

Toute sa vie est prière, à l’écoute de Dieu mais aussi des autres. Nous nous voyons souvent. Que faisons-nous ? C’est bien simple : elle parle, je l’écoute ou je parle et elle écoute (c’est si rare ceux qui savent écouter !). Nous discutons de tout et de rien, de nos lectures, des petits évènements de tous les jours, des graves problèmes sur lesquels notre attention a été attirée. Je lui montre ce que je t’écris et elle commente. Nous prions ensemble.

Notre dialogue est entrecoupé de rires et les heures filent sans que nous y prenions garde. Elle dit sa foi avec simplicité. Chez elle, pas d’exaltation. Elle a toujours le mot juste en parlant de Dieu. Elle dit que son handicap l’a rendue plus humaine, plus portée à prier. Elle est clouée à un fauteuil mais la vie bouillonne en elle. Elle a le rire facile, le regard vif et enjoué et beaucoup d’allant. Elle est une force de la nature, d’une nature qui prie et adore Dieu.

Je te ferai la rencontrer. D’ailleurs, je lui ai déjà parlé de toi. Tu verras une vraie “chrétienne”, une âme si simple et si belle que, devant elle, tu t’inclineras.

Oh, ne crois pas qu’elle soit une sainte ou en passe de le devenir. Non, rien de tout cela. Elle a les pieds bien sur terre ; elle s’occupe de son foyer (car elle est mariée) de sa famille, de ses amis ; elle a le rire enjoué et facile ; elle aime les bonnes choses de la vie, s’habille et se coiffe avec coquetterie, - son coiffeur vient à domicile. Elle est bien de ce monde mais son monde à elle, c’est surtout Dieu, la prière. Une prière incessante, un dialogue permanent avec Dieu.

En y réfléchissant, je me dis que mon amie a une curieuse personnalité ; elle est à l’écoute de Dieu mais elle est aussi à l’écoute du monde. Elle est aussi à l’aise avec Dieu qu’avec nous autres, ses frères et sœurs en Jésus Christ. Elle est en fait un mélange si savant et si harmonieux que, quand on bavarde avec elle, on ne se sent pas ‘petit’ mais, au contraire, à son contact, on se sent ’grandir’.

Pour combiner tout cela, il faut être Liseby, c’est vrai ; mais à Maurice, il y a des centaines de Liseby, hommes ou femmes de notre pays qui, quels que soient leur solitude, leur handicap ou même sans handicap, donnent un témoignage d’une vie chrétienne dans laquelle souffrance et joies, solitude et partage, santé ou handicap, sont mis au service des autres et de Dieu. Des personnes toutes simples, très humbles même parfois, qui sont de vivants témoins de la présence de Dieu parmi nous.

Liseby, pour nous tes amies, tu es tout cela et c’est pour cela que je veux te rendre aujourd’hui ce témoignage, te dire merci d’être ce que tu es.

Tu vois, Isa, tout simplement, de son fauteuil roulant, Liseby est un témoin du Christ, un témoin vivant de sa foi.

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M.J. Arlette ORIAN

Directrice d’une école de secrétariat à l’île Maurice († 2006).

(re)publié: 01/06/2020
1ère public.: 30/11/1997