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Des cadavres d’âmes

Isa, toujours dans cette même clinique, je viens de lire une phrase qui m’a glacée d’effroi :

« Nos rues sont d’immenses cimetières
Où passent des cadavres d’âmes. »
Pages d’Evangile - Méditations, Chanoine P. Marc

Quand je pense à nos rues, celles de Port Louis, de Rose Hill si animées, grouillantes de vie, où se bousculent, se côtoient, s’interpellent des foules bigarrées, pressées, joyeuses ; nos rues si pleines de gens, regagnant qui leur boulot, qui leur maison, ou s’attardant à fureter dans les boutiques à la recherche de l’objet convoité quand ils ne se ruent pas vers les étals des marchés pour un dernier achat pour le repas du soir.

Quand je pense à toutes ces rues pleines de gens si heureux de vivre malgré les problèmes, les soucis, les tracas du moment et que je les compare à ce que le chanoine Marc dit d’elles, je sens passer en moi le frisson de la peur.

Et je me suis remise à la lecture du texte et je copie la phrase suivante : « Jésus voyait l’immense cortège de toutes les âmes privées de la vie divine. » Cette seconde phrase m’a percutée de plein fouet : « Privées de la vie divine. » Pourquoi, comment en sont-elles arrivées là ? Qu’est-ce qui les a éloignées de cette vie, qu’est-ce qui les a fait “se priver” de cette vie ?

Vois-tu, Isa, ce n’est pas Dieu qui nous prive de la vie divine. Nous nous coupons nous-même de la vie de Dieu, volontairement ou inconsciemment. Petit à petit, sans nous en rendre compte nous-même, cette vie divine, nous la rejetons.

Pour une bêtise, parfois. Une amie m’a expliqué un jour les raisons de son “rejet” de Dieu : « J’ai demandé à Dieu quelque chose. Il ne me l’a pas donné. » Et alors, tout bonnement, elle a jeté par dessus bord ce Dieu méchant. Elle a chassé Dieu de sa vie. J’espère qu’elle a lu ce que je t’ai écrit sur ce sujet dans La Vie catholique.

Une autre : « Dieu a laissé mourir mon enfant. » Cet enfant, un chauffard ivre l’avait tué. Est-ce Dieu le responsable ou cet homme imbibé d’alcool ? Jésus a pleuré son ami Lazare, il a eu compassion de la veuve de Naïm, alors, pourquoi pas d’elle ? Pourquoi ? Je n’ai pas de réponse. Qui sait de quoi demain aurait été fait pour cet enfant ? Il a peut-être eu compassion de cette mère...

Les étudiantes au Centre me donnent leurs raisons de ne pas croire : « Je ne pratique pas parce que je ne crois pas. Je ne crois pas parce qu’il y a des mystères non expliqués dans la religion. » Tiens, mais c’est la raison pour laquelle on les baptise “mystères” ! Curieuse, je demande quels sont ces mystères, et l’étudiante de me répondre : « Si Adam et Eve ont eu deux fils, Caïn et Abel, comment les humains ont-ils été créés ? » Et c’est à cause de cela qu’elle refuse de croire !

Et cette autre : « Non, je ne crois pas parce que ce n’est pas Dieu qui a créé le monde. » Je lui demande : « Et, d’après toi, qui l’a créé ? » Et elle de répondre, avec assurance : « C’est le big bang. » A little knowledge...

Et les raisons de cette autre étudiante : « Moi, je refuse de croire en Dieu parce que je ne veux pas descendre du singe. »

D’autres ont des raisons plus savantes de nier l’existence de Dieu mais ce ne sont que des enfantillages... Que de temps perdu ! La vie est si courte. Hâtons-nous de nous rapprocher de Dieu, de l’interroger, de nous mettre à son écoute. Ne nous privons pas bêtement de sa présence.

Et je me suis mise à rêver : que puis-je faire, que peux-tu faire, que pouvons-nous faire pour que revivent nos rues, pour que ressuscitent nos âmes “flétries” par l’absence de Dieu ?

Prier pour soi, prier pour les autres ;
prier pour ceux que l’on aime et pour ceux que l’on n’aime pas ;
prier pour celui qui est l’ami de Dieu pour que Dieu lui conserve son amitié ;
prier pour celui qui s’en est éloigné pour qu’il retrouve l’amitié de Dieu.

Prier mais aussi parler. Parler de Dieu, parler haut et fort, dans notre travail, à la maison, non pas à tout bout de champ comme des perroquets récitant une leçon apprise par cœur, mais, à bon escient, quand la parole s’impose. Rendre le monde conscient de la présence de Dieu parmi nous.

Parler... quand quelqu’un critique notre foi, la religion, nos prêtres ; ne pas hésiter à interrompre l’autre et si l’on s’en sent capable, ne pas hésiter à contre-attaquer, à questionner.

Une fois, à mon bureau, est venu me voir un adepte de la secte Moon. Ex-catholique, il venait me voir sous un prétexte quelconque pour me parler de sa religion. Je ne lui ai pas laissé le temps de s’étendre bien longtemps. J’ai pris l’initiative de le questionner et, lui, il a dû répondre. Et alors s’est engagé le dialogue suivant basé plus ou moins sur les conseils du père Tadeusz.

Moi : « Dans votre religion, croit-on en Dieu ? »
Lui : « Mais oui. »
Moi : « Et en Jésus Christ ? »
Lui : « Oui. »
Moi : « En ce que Jésus a dit ? »
Lui : « Mais certainement, mademoiselle ! »
Moi : « Alors, si vous croyez en Dieu, en Jésus Christ, en son enseignement, comment rejetez-vous ce commandement : “Soyez-un comme mon Père Céleste et moi sommes un.” »
Il ne sut que répondre.
Je continuai : « Jésus a dit : Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise... Comment donc pouvez-vous vous substituer au Christ et bâtir votre Eglise ? »
Et je lui lançais cette dernière pointe : « Le pape étant le successeur direct de Pierre, comment pouvez-vous avoir un autre chef ? Et d’ailleurs qui est votre chef ? » (Je savais qui était Moon et ce qu’on lui reprochait)

Alors, ce monsieur s’est levé et, sans un mot, il est parti. Je ne l’ai plus revu.

Si, pour parler de Dieu, nous avons les paroles de la foi, les paroles de vie, ou même les paroles simples de tous les jours, alors n’hésitons pas. Allons de l’avant. Fonçons.

Quand ton Dieu est méconnu, quand ta religion est bafouée, quand tes prêtres sont critiqués, alors, n’hésite pas, Isa. Fonce et tu deviendras bien vite un jardinier de Dieu. Grâce à toi et à tous les jeunes qui, actuellement, se réveillent, reprennent le flambeau que leurs aînés n’ont pas su parfois leur transmettre, qui n’hésitent pas à proclamer leur foi,

nos rues ne seront plus des cimetières

mais

des jardins où folâtreront des âmes joyeuses et vivant de la vie même de Dieu.

Et voilà, je voulais te parler de cela avant de m’endormir. Et, pour une fois, changeons de rôle. Dis-moi, toi, pour une fois : « Bonne nuit, Arlette. Dors bien. »

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M.J. Arlette ORIAN

Directrice d’une école de secrétariat à l’île Maurice († 2006).

(re)publié: 01/05/2020
1ère public.: 30/11/1997