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Lettres à Isa

Les âmes du purgatoire

Méconnaissance, fausses conceptions, ou vérité ou un peu de tout cela à la fois

Il y a quelques jours, j’ai eu une discussion devant toi avec une de mes amies au sujet des messes que je faisais dire pour Odette, une de mes amies morte récemment. Je lui disais que, ayant reçu un legs de cette amie, j’allais consacrer tout cet argent à faire célébrer des messes pour le repos de l’âme de cette personne, et j’ai ajouté en riant : « Comme cela elle grillera quelques mois en moins au purgatoire. » Effectivement, on ne « grille » pas au purgatoire mais cela entre un peu dans la norme des idées de notre enfance. C’était une boutade mais en même temps, cela exprimait un peu ce que je chacun pense : « Si je fais dire des messes pour le repos de l’âme d’une personne morte, elle arrivera bien plus vite au Paradis. »

Ouille, qu’avais-je dit ? Voilà, mon amie qui sursaute et me dit d’un ton amical mais réprobateur : « Mais, Arlette, on n’achète pas son salut ! Tes messes ne la feront pas entrer plus vite au Paradis ! ». Je bafouille une explication devant son ton moralisateur mais elle continue : « S’il en était ainsi, les pauvres qui ne pourraient s’offrir des messes pour le repos des âmes de leurs proches seraient pénalisés. C’est cela qui a tant choqué le pauvre Luther et qui fut le point de départ de sa révolte : On n’achète pas son salut ! » J’essayai une pâle parade : « Mais alors pourquoi fait-on dire des messes pour le repos des âmes du purgatoire ? » Et mon amie de me dire que cela n’était absolument pas utile, qu’il valait mieux donner cet argent à des pauvres ou à une bonne oeuvre et qu’elle, elle n’avait jamais fait dire une messe pour le repos de l’âme de sa mère. Je ne savais plus que dire.

Et pourtant, j’avais envie de lui dire que ce n’est pas les honoraires de messe qui donnent plus ou moins de valeur à celle-ci et que si, quand j’assiste à la messe, j’ai l’intention de l’offrir et de prier pour une personne morte (ou vivante), ce sont mes prières, mon intention, c’est la messe elle-même qui opèrent pour le salut de cette personne et non pas l’argent que je verse. Rien n’empêche une personne pauvre d’offrir les intentions de la messe à laquelle elle assiste, pour les morts de sa famille sans verser un sou d’honoraire à cet effet. Mais mon amie est plus savante que moi en matière théologie. Aussi, devant son ton docte, je n’ai pas osé m’aventurer plus loin et j’ai battu en retraite.

C’est vrai que je ne sais pas tout en matière foi, pratiques religieuses et autres mais son commentaire tranchant vient bouleverser mes notions au sujet des prières et des messes pour les défunts. Comme elle réduit à néant toutes mes explications forcément simplistes - car je m’adresse à des enfants de 4 à 14 ans - quand je parle à mes enfants de Cascavelle de prières pour les âmes du Purgatoire.

- Moi qui leur explique, quand je les fais réciter une dizaine de chapelet pour « les âmes du purgatoire » que chaque « Je vous salue, Marie » était, pour la personne pour qui l’on priait, un pas de plus vers le ciel.
- Moi qui dessine sur le tableau noir dans notre garage à Cascavelle, une échelle sensée mener au paradis tel grand-père ou telle grand-mère morte récemment que je fais gaillardement escalader les marches d’une échelle emblématique sensée l’amener un peu plus près de Dieu à chaque « Je vous salue, Marie » récité par notre petit groupe.
- Moi qui, quand nous avions récité ainsi, le temps d’une dizaine, 300 à 400 « Je vous salue, Marie » pour la personne logée au plus bas, au purgatoire, leur dis : « Cette âme pour qui nous prions se rapproche du Paradis ou peut-être grâce à nos »Ave Maria« est sur le point d’entrer au Paradis - mon moyen de locomotion est ultra-rapide, avouons-le, mais nous ne nous en soucions pas - nous avons la foi en ce que nous récitons : Chaque »Je vous salue, Marie" raccourcit le temps que grand-père X ou grand-mère Y prendrait pour arriver au Paradis.

Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur dire maintenant ? Cela vaudrait-il même la peine de continuer à réciter des dizaines de chapelet pour nos morts ou faire le prêtre dire une messe pour leur âme. Je ne sais plus.

Mais je ne me tins pas pour battue et je suis aller consulter mes auteurs. Dieu, que de pages n’ai-je pas lues ! Que de textes les plus intéressants les uns que les autres n’ai-je pas consultés ! Tout mon jour de congé y a passé mais maintenant, je suis rassurée : « On peut et même on doit prier pour les morts. »

En effet, le Pape Pie IV, le 3 décembre 1563, non seulement déclarait officiellement que le purgatoire existe mais il certifiait que les âmes du purgatoire peuvent être aidées par la prière et par la messe. Ouf, je me sens soulagée !

Mais pourquoi mon amie m’a-telle dit que « le salut ne s’achète pas ». Je n’ai jamais parlé « d’acheter le salut de quiconque ». Moi, je pense que si je prie pour un mort, j’entre dans le plan divin de la « communion des saints ». Qui empêche une personne pauvre de prier pour ses morts et d’offrir la messe à laquelle elle assiste à leur intention, sans débourser un sou ! Et, payée ou pas, les effets sont les mêmes. Non, mon amie s’est trompée ou ne m’a pas comprise

D’ailleurs, Théo, l’encyclopédie catholique, dit dans un passage sur le jour des morts : « Le 2 novembre, jour des morts, ou selon le langage liturgique, commémoration de tous les défunts, toutes les messes sont célébrées pour l’ensemble des défunts et les chrétiens sont invités à se joindre par la prière, et si possible, par la participation à la messe, à ce vaste mouvement de solidarité spirituelle. »

Et Saint Augustin dans un de ses sermons déclare que « les soins délicats apportés à la sépulture, les riches constructions de tombeaux sont, bien sûr, une consolation pour les vivants, mais ils ne sont pas un secours pour les morts. Les défunts sont mieux aidés par les prières de la Sainte Eglise, par une offrande et par les aumônes qui sont faites pour les âmes du purgatoire. L’Eglise tient de ses tout premiers pères cette tradition de prier pour les défunts morts dans la communion du corps et du sang du Christ au moment où l’on en fait la commémoration à la messe, et de rappeler que le sacrifice est aussi offert pour eux. »

D’ailleurs le dogme du purgatoire s’applique au processus de purification qui permet à l’être humain de s’ajuster pleinement et dans toutes ses dimensions à la sainteté de Dieu, le préparant ainsi à sa rencontre. Et Théo, dans sa définition du Purgatoire, insiste : « La solidarité qui unit les hommes dans le monde (ce n’est pas moi qui souligne) ne prend pas fin avec la mort. La prière pour les défunts, les efforts et renoncements (célébration de messes pour les défunts entre autres, cela c’est moi qui l’ajoute) en vue d’une vie plus conforme à l’église peuvent contribuer à hâter la rencontre avec Dieu de ceux qui sont en cours de purification. (...) L’accession de l’homme au partage de la vie du Dieu Saint implique sa transfiguration ; d’autre part, le salut en Jésus Christ proposé à tous appelle la solidarité des croyants avec l’humanité toute entière, dans ses générations passées, présentes et à venir. »

Quelle joie et quel soulagement ! Je pourrai continuer à prier pour mes morts. Une de mes amies, une autre Arlette, est morte il y a 12 ans environ. Je n’ai jamais cessé depuis de prier tous les jours pour elle à la messe. J’ai comme cela une dizaine de morts pour qui je prie journellement à la messe depuis des années.

J’espère que, si mon amie lit ce texte, elle sera convaincue que, pour nous tous, la solidarité entre les saints, les vivants et les morts constitue une chaîne qui nous guide vers Dieu et nous unit à lui et qu’à partir de cette lecture, elle croira en la vertu de la messe qui est offerte, contre honoraires ou pas,. pour nos morts.

Et Théo nous confirme : « La messe a toujours valeur universelle (...) La liturgie comporte donc toujours des prières pour l’Eglise et pour l’ensemble des défunts. » D’ailleurs, dans le Credo, ne disons-nous pas : « Je crois à la résurrection des morts (...) Je crois à la communion des saints. »

En fait, je crois que la plus grande preuve d’amour que nous pouvons donner à ceux que nous aimons est de hâter, par nos prières, par des messes, le moment de leur rencontre avec Dieu.

Et de cela, personne ne me convaincra du contraire !
L’au-delà, oui ! Mais avant ?

Toute cette discussion au sujet des intentions de messe offertes pour les morts me met en mémoire le titre qui figure sur un des numéros de « Christ - Source de Vie » publié par la Société des Jésuites en novembre 1997 :

Dans le Liminaire, Louis Sintas, s.j. nous dit que, pour nous, chrétiens, la question est de savoir comment gérer notre présent afin de donner visage à notre éternité.

Et là, il rejoint Soeur Emmanuelle qui dans sa merveilleuse cassette « La plus belle messe du monde », (que je conseille à tout un chacun d’écouter) nous dit, à propos de la célébration de la messe pour nos morts que les messes célébrées à leur intention ont une valeur incommensurable car elles feront l’âme des morts pour lesquels nous prions aller beaucoup plus vite au ciel. Mais elle ajoute qu’il serait encore plus profitable à ces mêmes âmes si, de leur vivant, nous avions offert des messes pour elles : soit parce qu’elles se sont éloignées de Dieu, qu’elles sont résolument des ennemis de notre foi pour des raisons de maladie, de détresse morale, ou pour toute autre raison, car ces messes leur auraient été beaucoup plus utiles de leur vivant qu’après leur mort.

En effet, une messe dite du vivant des personnes leur donnerait l’occasion de grandir dans la foi au cours de leur vie alors que quand elles seront mortes, elles entreront au ciel avec le degré d’amour qu’elles auront au moment de leur mort. Or, une messe dite du vivant des personnes leur aurait, peut-être, fait alors progresser dans la foi et ce serait un peu par les messes au cours desquelles nous aurons prié ou fait célébrer pour elles de leur vivant qu’elles atteindront ce degré supérieur d’amour qui leur fera accéder plus rapidement à la vie éternelle.
Qu’en est-il des honoraires de messe ?

A ce sujet, l’encyclopédie catholique Théo nous dit ceci qui est très important :

"Toute messe est célébrée pour le monde entier : C’est mon corps livré pour vous. C’est mon sang versé pour la multitude, a dit Jésus. Mais on a toujours reconnu au célébrant la possibilité de joindre à cette intention générale telle ou telle intention particulière qui peut lui être confiée.

Toute messe est sans prix. Mais les fidèles, dès les origines, ont voulu montrer que leur participation à l’eucharistie engageait la totalité de leur personne, comme le Christ lui-même s’y est engagé tout entier. D’où leurs offrandes soit en nature (pain, vin, luminaire) - origine de l’offertoire de la messe, - soit en espèces destinées à assurer les frais du culte, la subsistance des prêtres, la vie de l’Eglise. C’est aussi le sens quand ils confient aux prêtres une intention qui leur est chère.

D’où la pratique des honoraires de messe universelle depuis le 12e siècle. Leur montant, fixé par les évêchés, se situe délibérément à un niveau accessible à tous. Mais, à cause du soupçon qu’elle peut faire naître sur son caractère mercantile, beaucoup souhaitent voir la suppression de cette pratique. Cependant la vie matérielle de l’église et son clergé ne reposent très souvent, comme il est normal, que sur la participation volontaire des fidèles. Force est de constater que les honoraires de messe représentent encore (dans certains cas) 25% des ressources des prêtres, ressources qui sont elles-mêmes très modestes."

 
M.J. Arlette ORIAN

Décédée en avril 2006, Arlette fut dès les premiers jours du Port Saint Nicolas, une amie fidèle. Elle nous a avoué que nous lui avions donné envie d’écrire. Elle commença par ses nombreuses lettres à Isa, puis, passionnée par le désir de partager sa foi, elle avait publié un premier livre de prières, « Tout pour Dieu », puis « La demande en mariage de Dieu » en français et en créole.

M.J. Arlette ORIAN

Décédée en avril 2006, Arlette fut dès les premiers jours du Port Saint Nicolas, une amie fidèle. Elle nous a avoué que nous lui avions donné envie d’écrire. Elle commença par ses nombreuses lettres à Isa, puis, passionnée par le désir de partager sa foi, elle avait publié un premier livre de prières, « Tout pour Dieu », puis « La demande en mariage de Dieu » en français et en créole.

(re)publié: 30/11/1998