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Le Rosaire

La prière du chapelet

Le concile Vatican II a demandé de « faire grand cas des pratiques et exercices de piété envers la Vierge Marie, qui ont été au cours des siècles recommandés par le magistère » de l’Eglise (Constitution sur l’Église Lumen gentium no. 67). Pourtant, devant la prière du chapelet - devenue traditionnelle dans l’Eglise catholique - on trouve des attitudes diverses parmi les chrétiens d’aujourd’hui, les uns très attachés à leur chapelet, d’autres allergiques à ce genre de prière, d’autres indifférents.

Comment est né le chapelet - dans le passé - et que nous propose l’Eglise - pour son avenir - actuellement ?

1. Brève histoire du chapelet

Le mot chapelet désigne à la fois une prière, bien connue des chrétiens d’Occident, et l’objet de piété utilisé pour guider cette prière. On ne connaît pas l’origine de cet objet : On peut le comparer aux petits cailloux dont se servaient les premiers moines d’Egypte au 4e siècle pour compter leurs prières. On peut le comparer aux colliers de prière que l’on trouve en Inde ou encore chez les musulmans. Mais on ne sait pas comment il a commencé en Occident, où on le trouve chez des religieux à partir du 12e siècle.

Par contre on sait comment s’est constitué peu à peu le rosaire, dont le chapelet est une partie. En voici les principales étapes :

- A partir du 10e siècle, dans les monastères, il y avait des frères illettrés qui ne pouvaient pas lire les psaumes de l’office, ni les savoir tous par cœur. On leur demanda de remplacer les 150 psaumes par 150 Pater noster (“patenôtre”). C’était le psautier des illettrés. Au début il ne s’agit donc pas d’une prière à la Vierge Marie.
- A partir du 12e siècle, se répand le Je-vous-salue (première partie du Je-vous-salue actuel) et on inventa le psautier de Notre Dame : 150 Je-vous-salue. Il garda longtemps ce nom car le mot rosaire, au Moyen-âge, pouvait désigner aussi bien une collection de textes qu’une couronne de fleurs.
- Longtemps après, au 14e siècle, on répartit les 150 Je-vous-salue en 15 dizaines (attribué à un chartreux allemand, Henri Egher † 1408). Ce n’est que plus tard qu’on ajouta les Notre-Père.
- Au siècle suivant on introduisit l’usage d’associer chaque dizaine, et parfois même chaque Je-vous-salue, à un mystère de la vie du Christ ou de la Vierge (attribué à un autre chartreux allemand, Dominique de Prusse † 1461).
- En ce même siècle, le dominicain Alain de La Roche († 1475) fut un ardent propagateur du rosaire dont il attribuait - à tort - la création à saint Dominique († 1221).
- Après le concile de Trente (1545-1563), la récitation du rosaire ou du chapelet se répandit dans les familles chrétiennes. L’institution de la fête du rosaire en 1573 (étendue à toute l’Eglise en 1716), puis le mois de Marie (approuvé en 1815), ont contribué à répandre cette prière.

Cette histoire continue aujourd’hui. Depuis un siècle, presque tous les papes (Léon XIII, Pie XI, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI et récemment Jean Paul II) ont parlé du rosaire. Le pape Léon XIII († 1903) a écrit une dizaine d’encycliques sur ce sujet. Le pape Jean Paul II a publié une Lettre apostolique sur le rosaire, Rosarium Virginis Mariae, pour célébrer le 24e anniversaire de son élection.

Le concile Vatican II a donné des orientations pour tous les exercices de piété. Ils doivent être réglés en tenant compte des temps liturgiques et de façon à s’harmoniser avec la liturgie, à en découler d’une certaine manière, et à y introduire le peuple (De Sacra Liturgia 13).

Tous ces textes officiels ont donné des recommandations utiles pour dire le chapelet, en particulier l’encyclique du pape Paul VI († 1978), Mariae cultus (mars 1974), plusieurs fois citée par le pape Jean-Paul II, et qui préconisa, pour méditer les mystères, la lecture biblique, l’homélie, le silence, et le chant (n° 51).

2. Deux caractéristiques du chapelet

On pourrait dire que le chapelet a deux aspects, l’un extérieur et l’autre intérieur.

De ses origines, le chapelet a gardé son caractère de prière vocale, voire même machinale, il a gardé la simplicité d’une prière des illettrés.

Ceux qui ne savent pas lire peuvent ainsi dire le chapelet. L’Eglise doit les accueillir, comme elle les accueille à la messe, où la plupart des réponses des fidèles sont fixes et peuvent être dites par cœur sans avoir besoin d’un livre.

Ce n’est pas seulement la prière des “non-lettrés”, qui ne savent pas lire, c’est aussi la prière des “non-lecteurs”, de ceux qui n’ont pas envie de lire, qui n’arrivent pas à faire un effort pour prier. Cela peut arriver à tous. Il reste alors la possibilité de prier un peu machinalement, comme un illettré, humblement, comme un pauvre. Le chapelet est non seulement la prière des humbles, mais aussi la prière des jours de fatigue, de maladie, de découragement.

Une autre caractéristique, acquise par le chapelet au cours de son histoire, c’est qu’il est une prière méditative. C’est son aspect intérieur. « Le rosaire se situe dans la meilleure et dans la plus pure tradition de la contemplation chrétienne » (Jean-Paul II). A chaque dizaine est associé un “mystère” c’est à dire l’évocation d’un moment de la vie du Christ ou de la Vierge Marie.

Les papes qui depuis un siècle recommandent cette prière ont souvent rappelé l’importance de la méditation des mystères. Ce serait dévaloriser le chapelet que de le réciter sans ces mystères. « Sans la contemplation, le rosaire est un corps sans âme. » (Paul VI, cité par Jean-Paul II)

On doit au moins rappeler le titre de ces mystères avant chaque dizaine, mais on peut faire beaucoup mieux.

3. Les pratiques du chapelet

Le chapelet a d’abord été une prière privée. Pour pratiquer cette prière seul, chacun peut choisir sa méthode ou en essayer plusieurs : avec ou sans livre, avec son chapelet ou son dizainier ou sur ses dix doigts, tous les jours ou de temps en temps, en entier ou en partie.

Pour la célébration en commun, il faut trouver le lieu et le moment favorables et préparer les divers éléments qui constituent le chapelet.

Les « mystères »

La méditation des mystères est essentielle au rosaire, au chapelet. Mais les mystères auxquels nous sommes habitués (fixés par le pape Pie V en 1569) ne sont pas les seuls. Toute page d’évangile peut être méditée et les chrétiens du Moyen-âge ne s’en sont pas privés. Il a existé jusqu’à 150 et même 200 mystères.

Les mystères joyeuxLes mystères douloureuxLes mystères glorieux
1. L’annonciation 1. L’agonie du Christ 1. La Résurrection
2. La Visitation 2. La flagellation 2. L’Ascension
3. La naissance du Christ 3. Le couronnement d’épines 3. La Pentecôte
4. La présentation au Temple 4. La montée au Calvaire 4. L’Assomption de Marie
5. Jésus retrouvé au Temple 5. La mort sur la croix 5. Le couronnement de Marie

Aux mystères actuels (joyeux, douloureux, glorieux), le pape Jean-Paul II a ajouté les mystères lumineux : « Un ajout serait opportun, tout en le laissant à la libre appréciation des personnes et des communautés. »

Les mystères lumineux
1. Le baptême du Christ
2. Les noces de Cana
3. L’annonce du Royaume
4. La Transfiguration
5. L’institution de l’eucharistie

Ainsi le baptême du Christ et les noces de Cana (qui sont les deuxième et troisième épiphanies) ont trouvé place dans le rosaire. Mais on peut souhaiter que des événements comme l’épiphanie, la Vierge Marie au pied de la croix, la mise au tombeau, y prennent place un jour. Une révision fondamentale des mystères serait souhaitable (E. Schillebeeckx, Marie mère de la rédemption, Cerf 1963). Les mystères actuels, en effet « ne sont pas exhaustifs » (Jean-Paul II).

De nos jours existent d’autres répartitions des mystères : le “rosaire d’or” avec ses 63 mystères, la couronne des cinq plaies, des Pères passionistes, le chapelet des sept douleurs, des Pères servites, le chapelet des sept allégresses, des franciscains.

Rien ne nous empêche d’ajouter ou de remplacer un mystère. On en trouvera plusieurs exemples dans les documents qui suivent. D’autres propositions de mystères ont été publiées depuis quelques années. Le plus important dans ces propositions, ce n’est pas la recherche de mystères nouveaux ou anciens, c’est d’associer chaque mystère à une page d’évangile (ou d’une épître). Le pape Pie XII disait que le rosaire est « un abrégé de tout l’évangile » et le pape Jean-Paul II trouve « utile que l’énoncé du mystère soit suivi de la proclamation d’un passage biblique ».

Il y a plusieurs façons d’associer l’évangile au chapelet : citer une phrase d’évangile courte, un peu comme l’antienne d’un psaume ; insérer, au début de chaque dizaine (avant ou après le Notre Père), une lecture d’évangile plus ou moins longue.

La présence de ces mystères, ou plutôt notre présence à ces mystères, permet au rosaire d’être « un aliment pour nourrir la foi » comme le disait le pape Léon XIII. Et « la contemplation des mystères sera plus féconde si on prend soin de faire en sorte que chaque mystère s’achève par une prière ». (Jean-Paul II)

Ils peuvent aussi aider à renouveler l’attention à telle ou telle phrase du Notre-Père ou du Je-vous-salue.

Les « Je-vous-salue »

Nous savons bien d’où vient la première partie du Je-vous-salue : le salut de l’ange Gabriel (Lc 1,26-28) et les paroles d’Elisabeth (Lc 1,42). Le rosaire est une prière évangélique.

Dans certaines régions de langue allemande, on ajoute ici une phrase différente pour chaque mystère (et même quelquefois pour chaque Je-vous-salue) : « ...le fruit de vos entrailles est béni, lui qui... ». Cette coutume, née au 15e siècle, est restée rare en France.

La deuxième partie a toute une histoire. A partir du 13e siècle on trouve des confréries, associations de piété, qui apportèrent un peu de joie dans le climat plutôt attristant de cette fin du Moyen-âge. Il y avait les confréries du rosaire, avec des couronnes de fleurs pour la Vierge Marie. Il y avait aussi les confréries de la bonne mort. Pour eux la mort est le jour où la sainte Vierge va saluer tous ceux qui lui ont dit bien souvent « Je vous salue », où elle répond à leurs salutations. C’est probablement eux qui ont ajouté « priez pour nous à l’heure de notre mort », dont la formulation actuelle n’a pas changé depuis le 16e siècle.

Le Je-vous-salue n’est pas sans problèmes :

Quelques expressions du Je-vous-salue sont contestées aujourd’hui : « Je vous salue » traduit littéralement serait « réjouis-toi », « le fruit de vos entrailles » est une expression très sémitique, « pauvres pécheurs... à l’heure de notre mort » reste un peu triste pour nous, etc. Mais il n’y a pas de traduction officielle du Je-vous-salue, Plusieurs traductions ont été publiées, parfois avec musique. Nous avons toute liberté pour choisir la traduction ou l’adaptation qui nous convient.

Le chapelet c’est aussi la répétition, dix fois de suite, du Je-vous-salue. Cette façon de prier paraît bien monotone à certains. On peut comprendre qu’ils préfèrent, comme sainte Thérèse de Lisieux dire lentement une formule « plutôt que de la réciter précipitamment une centaine de fois ». D’ailleurs, le nombre de 10 Je-vous-salue n’est pas la seule méthode. Il existe des chapelets comportant des séries de 7 Je-vous-salue (le chapelet des sept douleurs), ou même de 4 seulement (le chapelet de l’Immaculée Conception, inventé en 1845 par un père capucin).

Mais on peut avoir un autre regard sur cette forme de prière. Cette répétition machinale d’une formule - tellement connue qu’on peut la réciter sans même y penser - peut être regardée comme une entrée progressive en prière, comme un escalier vers la prière, que l’on monte marche après marche. D’autres préfèrent d’autres comparaisons comme une carapace ou une écorce qui nous abrite pour nous laisser tout entiers à la méditation du mystère célébré.

Cette répétition était plus facile à l’époque où la deuxième partie du Je-vous-salue n’existait pas encore. Il reste possible aujourd’hui de ne répéter qu’une partie du Je-vous-salue comme dans les célébrations proposées dans les documents qui suivent.

On peut chanter le Je-vous-salue. La mélodie de l’abbé Louis et celle du pèlerinage de Chartres sont connues. On peut aussi - au moins pour une partie du chapelet - prendre une mélodie de psaume comme c’est proposé dans les documents suivants pour quelques célébrations.

En ce qui concerne la coutume de commencer le chapelet par un Credo, un Pater et trois Ave, les canonistes disent que cette introduction est facultative (Catholicisme II col. 930).

Les intentions de prière

De Léon XIII à Paul VI, bien des encycliques qui ont recommandé le rosaire ont demandé en même temps de prier pour le monde, en particulier pour la paix et pour la famille (Jean-Paul II). Pas de rosaire ou de chapelet sans intentions de prière. Encore faut-il une certaine harmonie entre les intentions proposées et le mystère célébré.

Il y a plusieurs manières d’associer nos intentions à la récitation du chapelet : on peut donner une intention avant chaque dizaine ou bien ajouter une prière à la fin de chaque mystère, ou encore regrouper les intentions dans une prière finale. Dans un petit groupe, on pourrait aussi prendre un moment pour échanger nos intentions.

Comment prier avec la Vierge Marie sans porter avec elle le souci de l’Eglise et du monde ?

Conclusion

Les célébrations des documents qui suivent sont le résultat d’une pratique depuis plusieurs années dans diverses communautés ou lieux de pèlerinage. On y trouvera plusieurs façons de dire le chapelet, d’en situer les divers éléments, d’en choisir les mystères, de prier le Je-vous-salue, de donner des intentions, de choisir les prières de la liturgie.

Il a toujours fallu un travail important de préparation (sans oublier la feuille pour les fidèles).

Bien d’autres adaptations sont possibles et d’autres initiatives souhaitables. Ainsi le chapelet ne sera pas « un rabâchage à la manière des païens » (Mt 6,7) mais une prière vivante, enracinée dans l’évangile, attentive aux recommandations des papes et du concile, et ouverte sur le monde.

Les célébrations proposées

Dans les célébrations des documents qui suivent, on trouvera un choix de mystères, en lien avec le temps liturgique.

Dans chaque mystère on trouvera :

- un texte biblique court (antienne) ou plus long (évangile ou épître), comme le demande le pape Jean Paul II.
- une dizaine de chapelet, souvent présentée comme un répons, avec quelques modifications sur la façon habituelle de répéter les Je-vous-salue.
- une prière, comme le recommande le pape Jean Paul II, extraite ou adaptée des livres liturgiques
- et, en conclusion une prière universelle, ou l’équivalent, quand on n’a pas inséré auparavant des intentions de prière.

On peut toujours choisir d’autres textes, ou bien dire la dizaine de chapelet comme d’habitude, ou proposer d’autres prières et d’autres intentions. On peut préférer une autre entrée en prière ou d’autres chants.

Les célébrations proposées ici n’ont rien d’un exemple à suivre, elles sont seulement une expérience à proposer... et à améliorer.

 
René MOURET

Prêtre († 2009)
A exercé son ministère dans le diocèse de Toulouse, Reims et le Val de Marne et enseigné à l’Institut catholique de Paris
« Un méridional chaleureux, un érudit plein de sagesse et d’humour, un liturge intelligent, un musicien averti, un ami fidèle. »

René MOURET

Prêtre († 2009)
A exercé son ministère dans le diocèse de Toulouse, Reims et le Val de Marne et enseigné à l’Institut catholique de Paris
« Un méridional chaleureux, un érudit plein de sagesse et d’humour, un liturge intelligent, un musicien averti, un ami fidèle. »

(re)publié: 01/05/2012