Menu
Fondateurs des grands ordres religieux

Alphonse de Liguori (1696-1787)

Né près de Naples, la ville de tous les dangers, Alphonse de Liguori, de famille noble, est un élève surdoué. Il entre à 12 ans à l’université et devient avocat à 16 ans. En 1723 il renonce à son métier pour la prêtrise. Il descend alors dans les bas quartiers très misérables de Naples et y organise des réunions pour amener ses habitants à changer leur façon de vivre. Avec succès. Mais frappé par l’ignorance des paysans mais aussi des pasteurs des zones rurales, il quitte Naples (à dos d’âne) et va les catéchiser. Pour cette mission, il fonde la Congrégation des Pères du Très-Saint Rédempteur (CSSR, les pères rédemptoristes). Contrairement à l’image répandue, Alphonse de Liguori, qui passa de très nombreuses heures au confessionnal, est un homme de pardon, refuse l’argument d’autorité (contre les jansénistes) et privilégie la loi d’amour, soucieux de faire passer la conscience d’un chacun avant la règle. Ce qui était révolutionnaire à l’époque.
Nommé évêque malgré lui, homme simple, généreux, proche des pauvres, il réforme avec succès son diocèse. Il fut toute sa vie un très grand souffrant, reçut huit fois l’onction des malades. Une terrible attaque de rhumatisme articulaire provoqua une cassure de la colonne verticale l’empêchant de relever la tête. A la suite d’un conflit entre le pape, souverain des importants Etats pontificaux, et le roi voisin du royaume de Naples, rival politique, les pères qui n’avaient pas rejoint Rome furent exclus de la congrégation et Alphonse de Liguori destitué de sa charge de Supérieur. Pendant trois ans, en fin de vie, il passa, comme nombres de fondateurs, par la nuit de l’âme. Il mourut le 1er août 1787, à l’âge très exceptionnel de 91 ans.
Son œuvre écrite est immense : 11 ouvrages dans plus de 70 langues. A côté de son œuvre principale La théologie morale (1 500 pages), il faut citer des best-sellers toujours édités comme Les visites au Saint Sacrement, L’art d’aimer Jésus, Les gloires de Marie ou Le grand pouvoir de la prière.
Cet apôtre de la miséricorde fut aussi un artiste reconnu en peinture et en musique (Duetto pour voix ; cordes et cantiques de Noël).

TEXTES
1. De l’amour pour Dieu.
« Tout notre malheur, ô mon Dieu, est de ne pas vous aimer assez. … Dieu vous aime ! Aimez-le. … Je veux vous indiquer une pratique de dévotion au moyen de laquelle vous ferez toutes vos actions de manière à plaire à Dieu. Le matin, en vous levant, que votre première pensée soit d’élever votre cœur à Dieu et de lui offrir tout ce que vous ferez et souffrirez dans la journée, en le priant de vous aider de sa grâce. Faites le bon propos de vivre ce jour comme si c’était le dernier de votre vie. Surtout ayez encore trois dévotions, si vous voulez avancer dans la vie spirituelle, la dévotion à la passion de Jésus Christ, au saint-sacrement et à Marie. »

2. De la passion du Christ.
« Si une personne, après avoir souffert des outrages et des blessures pour un ami, apprenait que cet ami ne veut pas entendre parler de cet acte de dévouement, ni même y penser, et que, chaque fois qu’on en parle devant lui, il s’empresse de dire : “Changeons de sujet”, quelle peine ne ressentirait-elle pas d’une telle ingratitude ! Quel plaisir, au contraire, n’éprouverait-elle pas, si on lui disait que son ami se reconnaît obligé envers elle à une éternelle reconnaissance, et que jamais il ne parle ni ne se souvient de ses bienfaits sans en être touché jusqu’aux larmes ! »

3. De la prière.
« Lorsque nous nous recommandons à Dieu, nous devons avoir une entière confiance qu’il nous exaucera, et nous obtiendrons tout ce que nous voudrons ; c’est Jésus Christ qui le dit : “Pécheurs, vous n’avez point de mérites pour obtenir les grâces ; mais, lorsque vous les désirez, demandez-les à mon Père en mon Nom, c’est-à-dire par mes mérites et par mon amour ; demandez tout ce que vous voudrez, et il vous l’accordera.” Mais remarquez ces mots, en MON NOM, ou bien, comme l’explique saint Thomas, au nom du Sauveur, c’est-à-dire que les grâces que nous demandons doivent avoir rapport au salut. Nous devons demander les grâces temporelles sous condition qu’elles soient utiles à notre âme. Mais quant aux grâces spirituelles, nous devons les demander avec une grande, une entière confiance. »

4. De l’eucharistie.
« En vérité vous êtes un Dieu caché » (Is 45,15). Nulle œuvre divine ne réalise ses paroles aussi parfaitement que l’adorable mystère de l’Eucharistie : là, notre Dieu est entièrement caché. Dans l’Incarnation, le Verbe éternel voila sa divinité et manifesta son humanité ; au tabernacle celle-ci même disparaît sous les apparences du pain, afin, dit saint Bernard, “que resplendisse davantage la profonde tendresse de son cœur”… Il accomplit le prodige de se cacher dans une hostie et de rester ainsi, nuit et jour, sur l’autel, notre perpétuel compagnon, comme s’il ne pouvait, semble-t-il, se séparer de nous, même un instant… Jésus Christ n’obéit pas seulement au Père, mais encore à l’homme, pas seulement jusqu’à la mort, mais “jusqu’à la consommation des siècles”. Lui, le Roi du ciel en descend sur l’ordre d’un homme : une fois sur l’autel il semble n’y demeurer que pour obéir aux hommes. Il y reste privé de tout mouvement spontané : il se laisse placer où l’on veut, exposer dans l’ostensoir, ou renfermer dans le ciboire ; il se laisse porter au gré du prêtre, dans les maisons, sur les routes, donner à la sainte table aux justes comme aux pécheurs. Quand il vivait sur la terre, disait saint Luc, “il était soumis à Marie et à Joseph” ; dans l’eucharistie, il se soumet à autant de créatures qu’il y a de prêtres dans l’univers. »

5. De la visite au saint-sacrement.
« Les amis du monde goûtent un vif plaisir à se trouver ensemble, qu’ils y perdent des journées entières. Pourquoi nous ennuyons-nous dans la compagnie de Jésus-Eucharistie C’est que nous ne l’aimons pas. … Le vénérable frère François de l’Enfant Jésus (carme espagnol † 1604) rencontrait-il une église ? Il ne pouvait s’empêcher de faire visite à Jésus Hostie : « Il ne convient pas à un ami, disait-il, de passer devant la maison de son ami sans entrer, ne fût-ce que pour le saluer et lui dire un mot. Mais un mot ne lui suffisait pas : il conversait tout le temps possible avec son bien aimé Seigneur… Ne semble-t-il pas que Jésus veuille maintenant s’entretenir tous les jours avec nous comme avec la Samaritaine ? Il descend du ciel sur nos autels comme autant de fontaines de grâces ; là, il nous attend, il nous invite à lui tenir compagnie, quelques instants du moins, dans l’espoir de nous attirer ainsi à son parfait amour. Du fond de chaque tabernacle une voix paraît sortir et nous dire : “Pourquoi ne pas venir auprès de moi, auprès de votre ami passionné d’amour pour vous et qui, pour vous faire du bien, s’est réduit à un tel état d’anéantissement ?” »

6. De la douceur.
« Qu’on se garde bien de jamais reprendre avec aigreur et d’un ton colérique ; on ferait par là plus de mal que de bien. … Il y en a qui se vantent de tenir par ce moyen toute leur famille en respect, et disent que c’est ainsi qu’on doit gouverner. Si parfois l’on est obligé de parler avec quelque sévérité pour faire sentir la gravité de la faute, on doit, vers la fin, ajouter quelques mots de bonté. Il faut guérir les blessures, comme le fit le Samaritain, avec le vin et l’huile. Mais comme l’huile s’élève au-dessus de toutes les autres liqueurs, ainsi, dit saint François de Sales, il faut que dans toutes nos actions la bonté domine. Lorsque la personne qu’on doit reprendre est troublée et agitée, il faut différer la correction jusqu’à ce qu’elle soit apaisée ; autrement on ne ferait que l’irriter davantage. … Lorsque la maison brûle, il ne faut pas ajouter du bois au feu. … Le feu dont le prochain est dévoré ne peut être éteint par une réponse piquante et colérique, qui n’est propre qu’à augmenter l’incendie. »

 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

as1932 gmail.com
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

(re)publié: 01/08/2016