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Tibhirine : le dernier survivant témoigne

Frère Jean-Pierre Schumacher a accepté de témoigner pour « Le Progrès », quinze ans après l’enlèvement de sept moines français à Tibhirine, près de Médéa, et leur exécution en Algérie. Il avait échappé au rapt et il est aujourd’hui, parmi les trappistes qui étaient installés à l’abbaye, le dernier survivant et témoin direct de ce drame. (20 mars 2011)

« Allô ? Je vous ai fait attendre... » s’excuse, prévenant, le frère Jean-Pierre Schumacher, pourtant ponctuel au rendez-vous. Ce 4 mars 2011 au matin, il nous a accordé un entretien exceptionnel d’une heure au téléphone. Il se trouve au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt, dans les montagnes du Maroc.
C’est là que le moine s’est replié après le drame de Tibhirine, dont il est, à 87 ans, le dernier survivant. Le 26 mars 1996, sept trappistes français dont il partageait l’engagement, avaient été enlevés dans l’abbaye d’Algérie, avant d’être assassinés, en pleine guerre civile. Frère Jean-Pierre avait échappé à l’enlèvement avec frère Amédée, depuis décédé.
Pourquoi avez-vous accepté de nous livrer votre témoignage ?

C’est un devoir de faire connaître cette histoire. Peut-être est-ce pour cela que le Seigneur m’a gardé en vie. Je souhaite, entre autres, répondre aux questions que les gens peuvent se poser. Ce qui s’est passé est l’œuvre de Dieu. Il ne serait donc pas délicat de le cacher. Je parle pour la mémoire de mes compagnons et parce qu’il serait beau que leur expérience soit connue, aimée…
Ressentez-vous de la tristesse à l’approche du 26 mars ?

La mort des frères nous avait bouleversés et je ne peux oublier ces événements traumatisants. Mais il ne s’agit pas de tristesse, non. A Fès, au Maroc, où nous nous étions repliés après le drame, nous avions réagi en disant : « Nous ne célébrerons pas une messe en noir ou en violet (couleur du deuil-ndlr), mais une messe en rouge (couleur des martyrs-ndlr) ». Nous sommes heureux de renouveler le souvenir de ces vies offertes pour Dieu et pour l’Algérie, dans la joie et la reconnaissance. Le 26 mars sera pour moi un moment de recueillement encore plus profond.

Où étiez-vous la nuit de l’enlèvement ?

Il était 1 heure du matin, nous étions tous couchés (à l’abbaye Notre-Dame de l’Atlas, à Tibhirine). Le frère Christian, le frère Luc, le frère Amédée et moi-même, étions en bas du monastère. Les cinq autres se trouvaient à l’étage. Comme j’étais portier, je dormais seul à la porterie (logement du frère portier). Je me suis réveillé au bruit de voix devant le portail de la porterie. Je me suis dit : « Les maquisards (nous les appelions « les frères de la montagne ») sont là, sans doute qu’ils veulent des médicaments ou voir le docteur ». J’attendais qu’ils frappent au portail pour que je me manifeste. Mais ils continuaient de discuter dans le jardin et je trouvais ça curieux.
Qu’avez-vous fait alors ?

suite de l’interview dans Le progrès de Lyon

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(re)publié: 01/05/2011