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« May they all be one » : un joyeux écho des évêques anglicans à l’encyclique « Ut unum sint »

Le document des évêques anglicans anglais « May they all be one » traduit une vraie joie en écho à l’encyclique de Jean-Paul II sur l’unité des chrétiens et saisit la possibilité de « parfaire une communion déjà réelle mais imparfaite ».

Dès le 30 mai 1995 (5 jours après la parution de l’encyclique), le Dr George Carey, archevêque de Cantorbery et primat de la Communion anglicane, et le Conseil pour l’unité des Chrétiens de l’Eglise d’Angleterre avaient immédiatement reconnu dans l’encyclique du pape une « contribution majeure à l’œcuménisme ». Ils promettaient également une réponse plus détaillée. C’est désormais chose faite avec ce document de 25 pages.

Son propos est clair, établi dès ses premières lignes : « être une réponse à l’invitation de Jean-Paul II à l’attention œcuménique pour un ministère du service de l’unité à l’échelle de la planète ; et (...) soulever certaines questions dont nous considérons qu’elles nécessitent une élucidation plus approfondie ».

Un document de plus pour gloser sur l’unité ? Il serait dommage de le considérer ainsi. Les anglicans ont été véritablement impressionnés par la hauteur de vue de l’encyclique du pape qui mettait lui-même en question les conditions d’exercice de son propre ministère d’unité. Ils le disent, ils ont accueilli l’encyclique avec une joie réelle.

La réponse anglicane, expliquent les évêques, est forgée par une culture et une histoire particulières. De ce point de vue, elle est celle des seuls évêques anglais. Autrement dit, elle n’engage ni des laïcs anglais, ni des responsables anglicans d’autres pays. Pour autant, par le poids des symboles, ce texte des évêques comptera dans les débats œcuméniques.

Catholiques ?

En continuant à utiliser les mots de « catholiques romains », les évêques anglais ont bien conscience d’opérer une distinction que l’encyclique ne fait pas. Pour eux, est catholique l’« Eglise des symboles de la foi : une, sainte, catholique et apostolique ». véritablement « universelle » selon l’étymologie du mot « catholique » ; et pas uniquement la communion pleine et visible avec l’Eglise de Rome. Ainsi l’on devine sans peine où se situent les anglicans. « L’Eglise catholique est le Corps du Christ, une réalité théologique, créée par Dieu et participant à sa propre communion d’Amour. Elle n’est pas une »dénomination« ou toute autre instruction seulement terrestre », expliquent-ils.

Histoire commune

Un point à souligner, notent les prélats - fût-il douloureux - reste la mémoire commune de tous les martyrs. Ils ont jalonné l’histoire des deux parties dans la rupture entre les deux Eglises. « Notre futur repose dans une générosité qui laisse délibérément derrière elle le langage des polémiques passées », souligne le texte. Ainsi, l’exemple donné par le martyrologe de Pierre de l’abbaye de Westminster (cf. « Œcumenism Informations » n° 280. déc. 97) porte bien la marque du génie anglican de la « comprehensiveness » : cette faculté d’« englober » les différentes options au sein d’une même communion.

Magistère

Pour les évêques, la notion même de magistère reste à élucider. La synodalité, liée à l’épiscopat, est un élément déterminant de l’anglicanisme. Aussi les relations entre le pape et sa curie, et l’influence de celle-ci, restent-elles bien difficiles à comprendre, vues de l’autre côté de la Manche.

Baptême

Mais quelles sont donc les conséquences de notre baptême commun ? interrogent les anglicans. En effet. il « établit un lien sacramentel de l’unité qui existe entre tous ceux qui, par lui, sont nés de nouveau ». Donc, « si le baptême est un acte de Dieu dans son Eglise, et si le peuple est baptisé dans des Eglises divisées, qu’est-ce que cela dit du statut ecclésial des communautés par lesquelles ces gens sont admis au sein de la communauté du salut ».

Ordination

A propos du sacrement de l’ordre, les anglicans redisent leur attachement à la succession apostolique dont ils se réclament. Depuis la Lettre « Apostolicae curae » (1896) de Léon XIII. la validité des ordinations anglicanes est contestée par Rome. Cette question est toujours à l’étude dans un climat plus serein aujourd’hui. Et dans les faits, la validité des ordinations anglicanes n’est plus totalement déniée par les catholiques. En effet, l’ordination des prêtres anglicans reçus chez les catholiques n’est faite, canoniquement, que « sous condition ».

Primauté

« En aucun cas, les anglicans ne sont opposés ni au principe ni à l’exercice d’un ministère personnel au service de la communion, à un échelon mondial ». Mais, poursuivent les évêques, reste que l’infaillibilité pontificale et la conception romaine de « l’institution divine d’une juridiction ordinaire, immédiate et universelle sur toute l’Eglise, est considérée par certains comme une menace pour l’intégrité du collège épiscopal et l’autorité apostolique des évêques. (...) La question de juridiction est plus docile que celle de la primauté comme telle ».

Si les évêques concluent en évoquant « une communion réelle mais imparfaite » entre les Eglises romaine et anglicane, nul doute qu’ils ont saisi au vol la proposition du pape dans Ut unum sint, de réfléchir « évidemment ensemble » à parfaire cette communion.

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(re)publié: 28/02/1998
Les escales d'Olivier