LogoAppli mobile

Regard d’espérance œcuménique sur l’année 2002

Il est possible de placer l’année 2002 sous un regard pessimiste en ce qui concerne le travail œcuménique. Comme toute activité à ses limites, on notera aisément les arrêts, même les reculs pour le dialogue et l’esprit de rencontre entre les Églises. Ce n’est pas la première fois qu’on établit des bilans négatifs à ce sujet, depuis la création du Conseil œcuménique des Églises (COE) en 1948, ou, pour prendre une date plus récente, depuis la fin du concile Vatican II, en 1965. Il ne faudrait pas que ce devienne une sorte de refrain qui ponctuerait la vie œcuménique. Que de fois, ai-je lu et entendu des propos décourageants ! « Il y a crise ... C’est un coup d’arrêt ... On ne dialogue plus... Les perspectives sont fermées... Ça n’intéresse personne. » Récemment, je me suis intéressé à une rétrospective de ce genre ; ce serait désespérer de la vie de nos Églises, si on ne vivait pas, heureusement, dans la conscience que les situations ont été étonnamment vivantes et demeurent porteuses d’espérance.

I. Un cinquantenaire : un « réveil »

L’événement que j’évoque ici ne date pas de 2002, mais doit marquer l’année 2003. Dans la nuit du 23 au 24 mars, vers une heure du matin, l’abbé Paul COUTURIER terminait son service du Seigneur et de l’Église parmi nous. Pour la première fois aux funérailles d’un prêtre, l’archevêque de Lyon, le cardinal GERLIER, Prit la parole, déclarant notamment : « L’abbé COUTURIER a honoré grandement le diocèse, il a été un serviteur magnifique de l’Église. L’Église, par mon humble voix, le remercie. [ ... ] Celui que nous pleurions fut un pionnier et un exemple. »

L’abbé COUTURIER demeurera, en effet, dans la mémoire des chrétiens, celui qui a placé la prière pour l’unité des chrétiens au coeur de toute la tâche oecuménique : spirituelle, pastorale, théologique. Il l’a placée dans une perspective telle que toutes les Églises se sont perçues concernées et appelées à y entrer librement et loyalement. L’abbé Couturier a condensé son intuition profonde en cette phrase : « Seul le Christ prie le Père pour l’unité, telle qu’il la veut et par les moyens qu’il voudra. »

C’est une formule qu’on connaît. Elle doit devenir ou redevenir une réalité. Qui travaille pour l’unité ne saurait oublier que c’est, dans la méditation silencieuse et prolongée du chapitre 17 de l’Évangile de saint jean, que l’abbé Couturier a perçu (il y a là le spécifique de son message) comme le coeur de toute tâche oecuménique. Pour l’unité, il n’y a pas d’autre prière que celle de Jésus au soir du jeudi saint, prière toujours actualisée dans les Églises et les baptisés par le Saint-Esprit ; prière pour l’unité, non pas seulement que Jésus a voulue, mais qu’il veut aujourd’hui, dans les situations toujours nouvelles. Évidemment, la réalisation s’en fera par les moyens que le Seigneur n’a pas seulement voulus, mais qu’il voudra, par les inattendus qui jaillissent.

On connaît le « Groupe des Dombes qui fut fondé en 1936 », rappelle l’abbé COUTURIER. Celui-ci l’a voulu comme le lieu où une quarantaine de prêtres et de pasteurs, apprenant à vivre ensemble une recherche théologique exigeante, la réalisent dans le climat de prière et de silence d’un monastère. « C’est en priant que vous comprendrez le plan de Dieu. »

Ce cinquantenaire de la mort de l’abbé Paul COUTURIER a été marqué par des conférences et des communications d’ordre historique, spirituel, en novembre 2002, alors que le 23 mars 2003, une célébration interconfessionnelle marquera, semble-t-il, que Paul COUTURIER appartient, en un sens à tous les chrétiens. je signale qu’au début de mars, paraîtra, aux éditions Nouvelle Cité, un livre de la collection « Prier 15 jours » avec l’abbé COUTURIER, par le P. MICHALON.

II. Le Conseil oecuménique des Églises et les Églises orthodoxes

Dans les mois qui précédèrent la huitième assemblée du Conseil oecuménique des Églises, à Harare (Zimbabwe), à la fin de l’année 1998, deux Églises orthodoxes quittèrent le Conseil, celle de Bulgarie, celle de Géorgie. Plusieurs autres firent connaître qu’elles pourraient prendre le même chemin, si de sérieuses modifications structurelles n’étaient pas mises en route.

Se sentir minoritaires au sein d’un organisme, notaient-elles, massivement dominé par des groupes, Églises, mouvements de style, d’inspiration, de théologie plus ou moins de type protestant, leur devenait insupportable d’autant plus que, lors des assemblées, les célébrations de prière se manifestaient hétéroclites, sans respect souvent pour ce qui est propre à la tradition spirituelle, à la liturgie des Églises. Dois-je écrire : surtout ? Les décisions étaient prises, même pour des questions doctrinales, pour des avancées théologiques, par des votes majoritaires, à la manière d’agir d’un parlement.

Il convient d’ajouter : la commission doctrinale « Foi et Constitution » apparaissait, depuis quelques années, privée en grande partie du rôle qu’elle aurait dû remplir, selon l’inspiration de sa fondation autour des années 20. Et le Conseil œcuménique était accaparé par des questions d’ordre social, humanitaire qui l’emportaient, largement parfois, sur celles qui auraient dû le préoccuper pour un dialogue doctrinal éclairé, en vue de la réconciliation et de l’unité des Églises. De plus, les questions éthiques, si diverses, dans un monde à évolution rapide, n’étaient pas respectées dans leur complexité. Telles sont les principales difficultés que rencontraient les Églises orthodoxes dans leur présence et leur participation au COE. Ainsi posaient-elles la question d’un nouveau statut de membre, si elles décidaient de ne pas quitter l’organisme genevois.

Le secrétaire général du COE, le Dr Conrad RAISER, depuis quelques années, avait réfléchi à de nouvelles expressions de rencontres des Églises. L’hypothèse d’un forum aurait permis à des Églises, non membres du Conseil, de se rencontrer dans une forme plus libre, qui aurait pu accueillir les grandes fédérations, telle la Fédération luthérienne mondiale, l’Alliance réformée mondiale, etc. qui, comme telles, ne peuvent pas être membre du COE. Certains imaginaient que l’Église catholique aurait été en mesure d’être partie prenante à un tel forum.

Cette hypothèse intéressante ne pouvait pas, semble-t-il, répondre aux demandes légitimes des Saintes Églises orthodoxes. À la fin de la huitième assemblée, à Harare, le COE a décidé la création d’une commission COE-Églises orthodoxes, afin d’examiner le contentieux et, par la suite, de préparer des orientations et des solutions. Composée de soixante membres, après plusieurs rencontres de travail en sous-commissions, elle a présenté ses conclusions, lors du Comité central du COE, qui s’est tenu à Genève du 26 août au 3 septembre 2002.

Le président du Comité central, le Catholicos Aram III, primat de l’Église arménienne au Liban, a demandé que les Églises sortent « d’une conception statique » pour passer « à une conception dynamique de l’Église ». En effet, il faudra bien, c’est ma conviction, que les Églises du COE abordent clairement, constructivement, la question clef, sans laquelle tout risque l’immobilisme : « Qu’est-ce que l’Église ? » Dans le même mouvement, le Secrétaire général du COE appelait à une nouvelle configuration oecuménique pour le XXIème siècle. C’est donc dans le climat créé par ces deux interventions responsables que le rapport final de la commission COE-Églises orthodoxes a été présenté, débattu et accepté, avec parfois de très vives tensions. je ne retiens que trois points :

  1. Généralement les questions seront débattues sans vote, jusqu’au moment où les participants conviennent qu’ils sont tous du même avis, ou qu’ils ne peuvent pas prendre de décision commune ; c’est la méthode de la « recherche de consensus ».
  2. Certes, pour rester ensemble, il faut savoir prier ensemble. Lors des réunions du COE, les prières communes seront, soit clairement confessionnelles, c’est-à-dire célébrées, selon la tradition d’une Église, soit interconfessionnelles, ne relevant pas d’une tradition liturgique, mais préparées et réalisées en commun, et que tout soit clairement indiqué.
  3. Un nouveau statut de membre pour les Églises qui souhaitent participer à la tâche du COE, sans prendre part aux décisions, sera élaboré. Ce sera un statut d’Églises associées. Certains pensent que l’Église catholique pourrait accepter un tel statut.

Un comité permanent pour la collaboration COE-Églises orthodoxes de quatorze membres sera constitué.

Ces décisions seront à soumettre à l’approbation de la neuvième assemblée du COE, en 2006, à Porto Alegre (Brésil). Elles mettent le COE sur la voie d’une réforme sérieuse qui, entre autres bienfaits, opérera un recentrement sur les activités de la commission doctrinale Foi et Constitution.

Foi et Constitution

Cette commission a célébré, le 25 avril 2002, à Lausanne, avec trois mille invités, ses soixante-quinze ans. À cette occasion, a été souligné combien l’Église catholique, qui en fait partie (deux fois, le coprésident fut un religieux catholique français), a joué un rôle essentiel. Cet organisme de cent vingt membres est appelé à dynamiser les dialogues théologiques entre Églises. il est apprécié comme le forum théologique le plus représentatif du monde chrétien.

Actuellement, Foi et Constitution mène un recherche sur l’ecclésiologie : « Nature et but de l’Église ». L’Église catholique, comme d’autres le font, a envoyé un dossier fort important, afin d’améliorer - parfois profondément - le projet. C’est une étude fondamentale qui s’engage, afin de savoir dans quelle mesure les chrétiens séparés se rapprochent d’une commune compréhension de l’Église, souligne le cardinal KASPER, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens.

III. Quel dialogue entre les Églises orthodoxes et l’Eglise catholique ?

Il convient de distinguer les situations. Certes, la question des Églises catholiques orientales est très souvent (toujours !) brûlante pour les orthodoxes. Ces Églises dont, sous les régimes communistes, les biens avaient été donnés par le pouvoir politique, aux orthodoxes, ont été réduites, pendant plus de quarante ans, à la clandestinité. Retrouvant la liberté, elles veulent récupérer aussi leur patrimoine immobilier et spirituel. Dans cette situation, interfèrent des questions politiques. Mais les orthodoxes soupçonnent chez les catholiques une volonté de prosélytisme à leur égard. La tension varie d’un patriarcat orthodoxe à un autre. La situation ukrainienne apparaît une des plus difficiles, avec la complication des deux hiérarchies orthodoxes, dissidentes de celle qui dépend du patriarcat de Moscou.

L’Église catholique y est importante. Elle espérait que, lors de son voyage en 2001, Jean-Paul II instituerait un patriarcat catholique. Un responsable, résidant en occident, m’affirmait : « Cela faciliterait un rapprochement avec les orthodoxes. Mais c’est oublier qu’on n’est pas sur le chemin de la rencontre, en créant un obstacle de plus. » Il est bien vrai que l’accord de Balamand de 1993 sur 1’uniatisme, réalisé par la commission officielle catholico-orthodoxe, n’a pas ouvert les esprits.

Moscou-Rome

À côté de cette difficulté générale, il y a la situation particulière des relations (ou non-relations) Moscou-Rome. Pour un million trois cent mille catholiques déportés en ex-URSS par le pouvoir soviétique, depuis la Pologne et l’Allemagne, le Vatican avait nommé, il y a peu d’années, quatre évêques administrateurs apostoliques. Le patriarche Alexis en avait été informé, Or, en février 2002, ces quatre administrations ont été transformées en diocèses, le patriarche de Moscou étant informé par la voie diplomatique. Certes, ces diocèses n’ont pas reçu un titre territorial, probablement par respect pour la titulature des « Saint-Joseph », « Transfiguration ».

La réaction de Moscou ? Réponse : la Russie est une terre canoniquement orthodoxe ; une Église ne saurait purement et simplement s’y implanter avec ses structures, par exemple sa conférence épiscopale. Le voyage à Moscou du cardinal KASPER, programmé pour les 21 et 22 février 2002, est annulé. Et le patriarche proteste, accusant Rome de prosélytisme. Rome demande de fournir les preuves d’une telle accusation. Le long rapport de Moscou n’a pas satisfait Rome.

Dans le courant de 2002, tel évêque et quelques prêtres catholiques ont été expulsés de Russie, ou se sont vu refuser l’entrée du territoire. Officiellement, l’Église orthodoxe n’est pas liée au pouvoir politique. C’est pourquoi la section russe de l’Association internationale pour la liberté religieuse, dans une note du 12 septembre 2002, exprime sa profonde préoccupation, parlant d’opération illégale.

Évidemment, c’est un dialogue de sourds, voué à l’échec. Il semble que nous ne savons pas tout. La traditionnelle diplomatie prudente du Saint-Siège serait-elle prise en défaut ? Quelle connivence inavouée existerait entre le patriarche de Moscou et l’autorité politique, en quelques ou plusieurs domaines ? Qu’est cette notion de « territoire canoniquement orthodoxe » ? Est-elle appelée pour les besoins de la cause ? On serait au « Joséphisme » qui, si je ne me trompe, avait été stigmatisé au milieu du XIXe siècle par un concile orthodoxe. Il semblerait que le patriarcat de Moscou se distancerait de celui de Bucarest, ou de l’archevêché grec d’Athènes.

De plus, on a l’impression qu’entre Églises orthodoxes les rapports sont, parfois, plus que tendus. il n’y a pas longtemps, le patriarche de Moscou avait excommunié le patriarche oecuménique pour des différends de juridiction sur les paroisses d’Estonie.

Bucarest, Athènes, Rome.

Les deux Églises orthodoxes, malgré leurs dénégations, en un passé récent, ont décidé le dialogue avec Rome. Du 8 au 13 mars 2002, sa Béatitude Christodoulos, archevêque d’Athènes et de toute la Grèce, et son Synode ont envoyé à Rome une délégation pour une visite officielle à l’Église de Rome et à son évêque. Il y a, là, une suite logique du voyage de Jean-Paul II (4-5 mai 2001) en Grèce, voyage qui avait bouleversé magnifiquement tous les pronostics. Dans sa lettre au pape, Christodoulos présente la rencontre à Rome ainsi : « C’est véritablement un jour heureux que celui-ci, au cours duquel nos Saintes Églises apostoliques de Rome et de Grèce se rencontrent pour la première fois dans l’histoire, ici, auprès du martyrion de l’Apôtre protocoryphée saint Pierre, en vue d’une connaissance et d’une collaboration réciproques. »

C’est dans une atmosphère analogue que le patriarche de Bucarest Teoctist, à la tête d’une délégation de son Église, séjourna à Rome du 7 au 13 octobre 2002, réponse à la visite de Jean-Paul II en Roumanie, du 7 au 9 mai 1999. Que le patriarche et le pape proclament ensemble le Credo, lors de la célébration de la messe à la basilique Saint-Pierre, est significatif, comme l’est, en ce même lieu, le propos de Teoctist sur les questions pendantes entre les deux Églises. À quoi le pape répondit que la voie du dialogue prévu et mis en place donnera de « découvrir les moyens de parvenir à s’entendre, [car] le futur est déjà illuminé de la grâce de Dieu ».

La date de Pâques

Dans la ligne des rapports constructifs entre orthodoxie et catholicisme, je souligne que l’Église grecque catholique de Syrie a décidé de célébrer Pâques selon le calendrier julien, c’est-à-dire celui de l’Église orthodoxe. Son patriarche, Grégoire II, a signé le décret, au début du mois de septembre 2001, en déclarant que cette décision était bonne pour les « besoins de l’Église locale ». Il convient de rappeler que ce ne fut qu’en 1857 que cette Église catholique avait choisi le calendrier grégorien, c’est-à-dire celui de l’Occident.

IV. La Communion anglicane

L’archevêque de Canterbury, le Dr George CAREY, Se retirant, c’est , pour la première fois, un non-Anglais, un Gallois, qui lui succède, l’archevêque Rowan WILLIAMS, âgé de cinquante-deux ans. Le cent quatrième archevêque de Canterbury, primat de la Communion anglicane, vient donc d’une Église qui n’est pas liée à l’État. On connaît sa compétence théologique, son intérêt pour les Pères de l’Église, sa connaissance des penseurs russes contemporains et sa valeur spirituelle. Sa nomination divise l’opinion. Si on admire son courage pour dénoncer les dangers de la société de consommation, les conservateurs s’inquiètent de ses positions en faveur des homosexuels, du remariage des divorcés, de l’accès des femmes à l’épiscopat.

Jean-Paul II a exprimé au nouvel archevêque ses voeux pour que le dialogue anglicano-catholique se poursuive. Celui-ci, heureusement conduit depuis 1970, a pu aboutir à des textes de consensus ou de déclarations communes, par exemple sur le « don de l’autorité dans l’Église », en 1999. La dernière session de travail de la Commission internationale s’est tenue du 10 au 17 juillet 2002 à Vienne, en Autriche. On poursuit l’étude sur « la place de la sainte Vierge Marie dans la vie et la doctrine de l’Église » : étude biblique, patristique, pensée médiévale, situation à l’époque de la Réforme et ses suites. Notons que la Chambre des évêques de l’Église d’Angleterre a répondu aux questions que Jean-Paul II posait dans l’encyclique Ut unum sint. C’est un document assez long et très constructif.

Un événement important concerne l’Église anglicane. Un prêtre anglican, John WESLEY (1707-1791), est à l’origine du Méthodisme, constitué en Église en 1784. Depuis 1946, l’archevêque Fischer de Canterbury avait lancé un appel pour la réconciliation. Les diverses tentatives n’avaient pas abouti. Or, le 1er juillet 2002, la Conférence méthodiste et, le 6 juillet, le Synode général de l’Église d’Angleterre ont accepté, à une écrasante majorité, la proposition d’alliance. « Proposition », certes, mais la voie est ouverte pour aboutir à l’unité entre les deux entités ecclésiales d’Angleterre.

V. En Europe. En France

Charte œcuménique européenne

Après plusieurs années de travail, une charte oecuménique européenne était signée à Strasbourg, le 21 avril 2001, par le cardinal VLK, président des Conférences épiscopales d’Europe, et par le métropolite Jérémie, président des Églises européennes, c’est-à-dire par l’ensemble des diverses Églises présentes en Europe. Ce document (voir Documentation catholique, n° 2250, 17 juin 2001) est une sorte de charte de « bonne conduite » entre les chrétiens, dans le but de créer « une culture oecuménique du dialogue et de la collaboration", afin de surmonter les obstacles, de tendre vers la communion eucharistique et de participer à la construction européenne. En ce qui touche l’engagement à la prière, quatre lignes suffisent, sans la moindre allusion à la prière du Christ pour 1’unité et à ce qui relève de l’émulation et de I’oecuménisme spirituels. La Charte marque un recul par rapport à ce que la COE a souvent demandé, à ce qui est le fond de la Semaine de prière.

Une rencontre de l’évaluation de cette Charte a eu lieu à Ottmaring, près d’Augsbourg, vingt-six pays étaient représentés. On a résumé la manière dont le document était appréhendé par quelques formules, du genre que voici : relative indifférence dans le sud de l’Europe, effervescence dans les pays où il y a une longue tradition de dialogue ; prudence dans les pays de l’Europe de l’Est. La rencontre a appelé à la confiance entre chrétiens et à impliquer davantage les jeunes dans la formation oecuménique.

En France

L’Assemblée de la Fédération protestante de France, les 23 et 24 mars 2002, avait comme thème : « Les orientations oecuméniques de la FPF ». Globalement, plusieurs responsables des Églises et Mouvements présents dans la Fédération ont noté une évolution favorable de l’esprit oecuménique dans leurs respectifs groupements, même si le document romain Dominus Jesus, d’il y a trois ans, avait refroidi les ardeurs.

Pour l’article que j’écris, le fait important est le discours du cardinal KASPER, président du Conseil pontifical pour l’unité, invité à traiter de « l’engagement oecuménique de l’Église catholique ». Cet exposé , prononcé le 23 mars 2002, dépasse le cadre où il fut présenté. Il énonce neuf principes catholiques de l’oecuménisme, qui donnent l’occasion de toucher quelques points sensibles, par exemple au sujet : - du baptême et de l’eucharistie, - du ministère pétrinien, - de la dialectique Église locale-Église universelle, - d’une mise au point sur le document Dominus Jesus, - de I’oecuménisme spirituel (voir Documentation catholique n° 2270, 19 mai 2002). On peut dire que cette conférence, même si elle a provoqué des questions légitimes, a été reçue avec satisfaction pour sa présentation globale où, selon l’expression du pasteur DAUDE, responsable des relations œcuméniques, le cardinal a été « vrai dans la charité ».

VI. Où est la stagnation œcuménique ?

Un article, comme celui-ci, ne peut que retenir quelques faits de portée générale. Il ne veut pas oublier tout ce qui émerge en des centaines de groupes, de rencontres où, avec les moyens du bord, dans le climat spirituel et un accueil fraternel, se réalisent ces changements imperceptibles qui, un jour, produisent une grande secousse, détruisant les murs de séparation et, surtout, faisant jaillir des sommets où, dans la lumière, les réconciliations s’instaurent.

Certes, il y a, surtout en certains cercles des Églises orthodoxes, plus que des réticences. Mais ce serait être aveugle que de nier une effervescence, une volonté de se comprendre, d’aller de l’avant et de s’engager sur des questions épineuses, afin d’avancer vers une synthèse théologique, spirituelle, pastorale meilleure. Je constate que c’est dans une atmosphère d’émulation spirituelle, malgré des carences regrettables, que cela se réalise. Je pense au Groupe des Dombes qui avance dans la recherche sur les questions d’autorité dans l’Église ; à la trentième rencontre interconfessionnelle de religieux et religieuses, du 10 au 17 juillet 2002, sur « La vie consacrée en Europe ».

Car ce dont l’œcuménisme aura toujours besoin, c’est d’une âme. Il est et sera indispensable d’entendre cette déclaration ancienne du COE : « Notre souci de l’unité se mesure à la manière dont nous prions pour elle. » C’est pourquoi, parlant du cinquantenaire de la mort de l’abbé COUTURIER, j’ai écrit « réveil » , car c’est d’une manière très spécifique qu’il nous a ouverts à de nouvelles dimensions de la prière, c’est celle de Jésus
 non pas située dans un passé de plus de dix-neuf siècles,
 non pas pour une unité qu’il a jadis voulue,
 non pas pour une unité telle qu’elle se faisait espérer au XX° siècle,

Mais - c’est la situation du troisième millénaire commençant, - c’est la prière du Christ que le Saint-Esprit actualise en 2003 :
« Père, l’unité telle que tu la veux, par les moyens que tu veux et voudras. »

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
Pierre MICHALON p.s.s.
(re)publié: 31/01/2003
Les escales d'Olivier