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Jubilé et œcuménisme

Dans sa lettre pour le Jubilé, Jean-Paul II a souhaité que, « tout en respectant les programmes des différentes Eglises et communautés, on arrive à des projets œcuméniques pour la préparation et la réalisation du Jubilé ». Cette même lettre présentant dejà tout un programme assez précis, bien des protestants et des orthodoxes ont regretté qu’elle n’ait pas été préparée avec eux. Ils ont une nouvelle fois eu l’impression que l’Eglise catholique décidait et leur imposait de les rejoindre dans ses initiatives. Il faut dire cependant que des membres du Conseil méthodiste mondial ont été les premiers à demander au Pape des propositions pour le Jubilé. Déjà après la rencontre interreligieuse d’Assise pour la paix, le primat de l’Eglise anglicane estimait que le Pape avait exercé un « leadership » reconnu et apprécié.

Le don de l’indulgence est certainement ce qui fait le plus réagir. Se fondant sur des « motifs doctrinaux » de la foi catholqiues, Jean-Paul II l’a présenté clairement et sobrement dans sa bulle d’indiction du Jubilé. Dans le monde protestant, les réactions sont vives, tant restent présentes les dérives et les perversions du message évangélique auxquels a dionné lieu autrefois la pratique « des indulgences ». Des motifs tout aussi doctrinaux interrogent nos frères de la Réforme. Nous disosn ensemble « Je crois à la communion des Saints », mais nous ne mettons pas le même contenu dans cette affirmation. Il suffit de penser à l’intersession pour les défunts et à l’appel à la prière des saints, pratiquées par les catholiques et les orthodoxes, mais ignorés des protestants. Des écrits qui se veulent parfois officiels et certaines présentations à propos de l’indulgence semblent assez loin de la clarté et de la sobriété du texte de Jean-Paul II.

Nous, catholiques, ne devons pas nous étonner quand des protestants se demandent s’il il n’y aurait pas, dans l’Eglise catholique, plusieurs pratiques oecuméniques - diverses certes, mais aussi parfois contradictoires. Au moment où un accord est signé entre les luthériens et les catholiques sur la justification par la foi, nous devons nous laisser interroger. Pour éviter les réactions ou les réponses simplistes et pour faire acte d’oecuménisme véritable à l’occasuion du Jubilé, les catholiques doivent chercher à mieux comprendre leur participation à l’accueil du salut gratuitement offert par l’unique Médiateur, le rôle de l’Eglise et le dogme de la communion des saints. Ces réalités essentielles ne peuvent concerner les seuls théologiens ou groupes oecuméniques, tant sont grandes les conséquences pour l’éducation de la foi catholique dans la catéchèse, la prédication, la formation permanente et la vie quotidienne.

Un point de vocabulaire a aussi fait difficulté, du moins en France, entre catholiques et protestants. A l’expression « purification des mémoires », beaucoup de protestants préfèrent celle de « réconciliation des mémoires ». Des échanges intéressants et fructueux ont eu lieu à ce sujet au sein du Conseil des Eglises chrétiennes en France. Ce même Conseil a pris l’initiative d’inviter à une rencontre les évêques catholiques et orthodoxes et les pasteurs en responsabilité nationale pour un temsp de prière, de jeûne et d’engagement pour l’évangélisation. Cette encontre publique, d’ailleurs ouverte à tous les chrétiens, aura lieu à Lyon le 13 mai 2000. Le Patriarche Bartholoméos 1er de Constantinople a proposé une vuillée de prière pour la fête de la Transfiguration en l’an 2000. En l’inscrivant au calendrier officiel du Jubilé, Jean-Paul II propose à tous les catholiques de s’y associer. Voici encore une occasion pour un événement oecuménique local.

Les Eglises n’ont pas eu d’hésitation pour participer aux efforts visant à l’annulation de la dette des pays les plus pauvres. Elles ont relayé la campagne lancée par plusieurs associations et l’ont fondée sur des « impératifs théologiques, et pas seulement sur des impératifs économiques et humanitaires » (pasteur Manoel). L’enseignement biblique donne ici à tous les chrétiens une nouvelle possibilité de vivre un oecuménisme pour le monde et d’éviter l’enfermement sur les seules questions intra-ecclésiales.

En bien des endroits, on peine pour trouver d’autres démarches oecuméniques à l’occcasion du Jubilé. Pour faire grandir la communauté dans la foi, une des plus importantes est de contribuer, dans les communautés entre elles, au processus de réception des textes d’accord officiels entre les Eglises ou proposés par les commissions mixtes. On fera passer ainsi leur contenu dans la pratique pastorale et liturgique, l’enseignement théologique et les méthodes d’évangélisation. Nous avons l’embarras du choix, depuis le document du Groupe des Dombes jusqu’à l’acccord luthéro-catholqiue sur la justification. En cette période jubilaire consacrée dans l’Eglise catholique à la Trinité et à l’Eucharistie, je signale particulièrement le premier document de la commission mixte catholique-orthodoxe, Le Mystère de l’Eglise et de l’eucharistie à la lumière du muystère de la sainte Trinité (1982). Pour une meilleure connaissance réciproque, des textes pourraient aussi retenir l’attention : ceux de la commission internationale catholqiue-baptiste, des groupes internationaux de convergence entre catholiques et évangéliques et entre catholqiues et pentecôtistes. Alors que se multiplient les communautés évangéliques ou pentecôtistes, nous avons à nous approcher d’elles pour connaître ces frères et ces soeurs se réclamant du Christ. des comportements parfois sectaires chez certains d’entre eux ne sauraint justifier ni notre indifférence, ni notre ignorance.

Si nous voulons avancer, chacun dans la fidélité à son Eglise, vers des expressions reconnues par tous de l’unique vérité du Christ, notre contribution au processus de réception des progrès du diualogue doctrinal ne peut être matière à option. On trouvera facilement tous les textes de ce dialogue dans la Documentation Catholique. Les secrétariats, centres et revues au service de l’oecuménisme peuvent fournir les références.

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Gérard DAUCOURT

Ancien évêque de Nanterres, membre du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens et de la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe.

(re)publié: 30/10/1999