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Démission du pape Benoît XVI : réactions protestantes

Claude BATY
Président de la Fédération protestante de France

Je trouve cela très bien qu’il ait démissionné. Il l’avait dit, il l’a fait. Il a eu le courage de passer de la potentialité à l’effectivité. De Gaulle disait mieux qu’il valait mieux partir cinq ans trop tôt que cinq minutes trop tard. Tant qu’on a les idées claires, il est important de prendre les décisions raisonnables.

Je pense que certains fidèles vont pouvoir différencier le pape et l’Église. Il n’est pas le messie, ni le bon Dieu. Cela va ainsi permettre à certains catholiques de réfléchir à leur rapport à la papauté.

Quand je vois le remue-ménage médiatique dans un pays laïc comme la France, je suis étonné. C’est un événement important pour les catholiques mais pas pour les français laïcs. Les protestants ne peuvent que s’en réjouir. Dans la perspective protestante, on n’incarne pas. On est en charge du dossier, des responsabilités. Il est bon de voir qu’il prend cette décision au vu des responsabilités qu’il porte. Je lui suis reconnaissant de cette décision et je lui souhaite une fin de vie tranquille.

André BIRMELÉ
Ancien doyen de la faculté de théologie protestante de Strasbourg

C’est un grand homme, mais au bout du rouleau, qui s’en va. Son geste est remarquable. Il peut d’autant mieux l’assumer que les grands scandales qui ont secoué l’Eglise catholique, notamment celui de la pédophilie, se sont calmés. L’âge a joué dans sa décision, mais c’est surtout l’échec de tout ce qu’il souhaitait mettre en place qui a pesé.

Son plus grand souci était l’unité de l’Église catholique, bien plus que celle de l’Église universelle. Il s’est ouvert à tous les compromis, d’ailleurs discutables, avec les conservateurs, et l’échec est probant. Il en est de même pour les relations avec les orthodoxes. Son but était un rapprochement avec l’Orient, mais les responsables orthodoxes lui ont fermé la porte. Ce n’est pas un échec personnel mais celui du système. L’Église catholique mondiale est très difficile à manier.

Son prédécesseur, Jean-Paul II, était un homme public qui ne s’est pas occupé des affaires intérieures. Il a laissé à Ratzinger le soin de nettoyer les écuries. Benoît XVI était, et est toujours, un excellent théologien, mais il n’est jamais bon qu’un théologien devienne responsable d’Église. Il faut un homme plus politique, capable de faire des compromis. J’espère que le prochain Pape sera en mesure de diriger son Église et de remettre en place la curie.

Quant aux relations avec les protestants, il faudrait que l’Église catholique accepte enfin que l’on puisse être Église en dehors du système romain. On en était loin avec Ratzinger. Si le prochain pape n’a aucun antécédent oecuménique, comme Paul VI par exemple, on aura peut-être plus de chance, car cela marche mieux avec un Pape qui découvre sur le tard cette « diversité réconciliée ».

Gill DAUDÉ
Ancien responsable des relations oecuméniques de la Fédération protestante de France

Une première dans le catholicisme moderne. Est-ce sa culture allemande qui nous le rend familier, dans son expression tout au moins ?

Lorsque je l’ai rencontré, encore Préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, il m’a impressionné par sa connaissance parfaite des théologies protestantes, son humilité non feinte, son attention à l’autre et son sens de la collégialité au service de son Eglise.

On peut ne pas partager ses options (qu’il ne cachait pas - cf son débat public avec le cardinal Kasper sur le rapport Eglise universelle/locale !), on s’incline devant sa rigueur de pensée, y compris en oecuménisme où tantôt il a poussé, tantôt posé des questions dérangeantes, tantôt freiné (malgré lui ?) en l’absence de consensus dans son Eglise.

Comme pape, il a affronté bien des tempêtes avec une certaine clarté, même s’il n’a pas mené certaines réformes, semble-t-il attendues (dans la curie romaine par exemple). Peut-être est-il plus théologien que gouvernant ?

Justement, qu’un théologien de son envergure renonce à sa charge peut parler au protestant : le ministère du pape est donc dissociable de l’être de sa personne… (cf « Le ministère du pape et les protestants » sur le site de la FPF) Le théologien n’a donc pas fini d’ouvrir des pistes.
Cette décision avant le temps de Carême nous engage dans la prière avec nos amis catholiques car « il faut se confier toujours plus dans la puissance de Sa miséricorde, qui transforme et renouvelle », avait rappelé Benoît XVI, dimanche 10 février.

Michel LEPLAY
Pasteur, membre du groupe des Dombes et ancien directeur de Réforme

Ayant à quelques semaines près le même âge que Benoît XVI, j’aurais, révérence gardée et à Dieu ne plaise, pris la même décision dans les mêmes circonstances… Car soyons sérieux, cette interruption lucide de ministère peut donner à réfléchir sur la difficulté sinon l’impossibilité de son exercice. Dans un travail oecuménique consacré au « ministère de communion dans l’Église universelle », le groupe des Dombes avait souligné nos différences de conception : le catholicisme plus centralisateur et le protestantisme plus collégial. Il faut certes au service des Églises un pôle de rassemblement et de circulation. Mais l’équilibre est encore à trouver entre le centralisme des uns et la dispersion des autres. Chaque grande tradition fait au mieux, à Constantinople et à Moscou, à Rome et à Jérusalem, à Genève et à Cantorbéry. Le chantier est plus que jamais ouvert, car il faut de la liberté pour l’Évangile et de la communion dans l’Église.

Cela dit, Benoît XVI aura été un pape courageux, tenace, ferme, soupçonné de fermeture, mais une forte tête dans tous les sens du mot, enfin un homme de dialogue parce que de conviction.
Reste que le seul bon pasteur de l’Église ne démissionne heureusement jamais, étant « le même hier, aujourd’hui, éternellement ».

Étienne LHERMENAULT
Président du Conseil national des Évangéliques de France

Bien que l’actualité vaticane ne passionne habituellement guère les évangéliques, il est difficile de ne pas être touchés par la démission annoncée du pape Benoît XVI. D’abord parce qu’elle témoigne de la lucidité et de l’humilité d’un homme dans l’exercice du ministère qui lui a été confié. Et même si la charge de souverain pontife reste bien étrangère aux protestants que nous sommes, la capacité à y renoncer pour le bien de son Église paraît « évangélique ».

Ensuite parce que la devise de son épiscopat, « collaborateur de la vérité », a connu de beaux développements dans les différentes étapes de son ministère. Les évangéliques se souviennent ainsi avec reconnaissance des solides affirmations du cardinal Ratzinger sur l’unicité du Christ.
Enfin, parce que c’est sous son pontificat que se sont poursuivis et développés des dialogues avec l’Alliance évangélique mondiale dont le Conseil national des évangéliques de France est membre.

Elisabeth PARMENTIER
Professeur de théologie pratique à la faculté de théologie protestante de Strasbourg

À ma connaissance, c’est quelque chose de nouveau qu’un pape décide de lui-même d’arrêter son ministère avant la fin de sa vie. Cette décision est difficile à prendre pour le berger de l’Église. Mais c’est tout à son honneur, c’est un signe du souci qu’il porte à son Église de vouloir s’arrêter vu son grand âge. J’y vois un signe d’intelligence que j’apprécie. Dans sa christologie, Benoît XVI était proche des protestants. C’était un théologien brillant, dont l’apport a été grand. J’avais espéré de plus grandes ouvertures vers les Églises de la Réforme. Mais l’ecclésiologie, notre conception de l’Église et de la tradition, nous sépare encore beaucoup. Finalement, le seul document que nous avons est celui sur la justification par la grâce. J’espère que le prochain pape restera dans l’esprit de Vatican II. Il y a aujourd’hui des interprétations plus traditionalistes de ce concile, je souhaite que le prochain pape reste dans une optique d’ouverture. C’est maintenant que tout se joue.

Laurent SCHLUMBERGER
Président de l’Église protestante unie

Je suis sensible à sa faiblesse assumée. Voilà un pape qui dit qu’il atteint ses limites, je trouve cela touchant. Ce geste donne à réfléchir, dans une période où l’on cherche la compétence et la compétition à tout prix. Pour une institution très centralisée qui vit d’un pouvoir fort, il y a quelque chose de remarquable. Je pense que, d’une façon paradoxale, ce geste va rehausser la fonction. En effet, nous avons longtemps considéré Benoît XVI comme un homme froid, immobile. On constate qu’il n’a pas peur de dire ses faiblesses d’une façon tranquille, contrairement au pathos quasiment mis en scène qu’avait infligé Jean-Paul II. Par cette façon d’être et d’agir, le pape fait preuve d’une sobriété et d’une humilité qui forcent le respect.

Par ailleurs, le monde protestant perd un compagnon de route, même s’il était exigeant, rugueux, difficile. Benoît XVI était un pape certes conservateur, mais il connaissait très bien le protestantisme. Il est le premier souverain pontife à s’être rendu à Wittenberg et Erfurt, le coeur de l’endroit où Luther a vécu et mené la Réforme. Pour lui, Luther était un chercheur de Dieu toute sa vie, donc il reconnaissait son itinéraire spirituel.

La question qui se pose maintenant est celle de l’unité de l’Église catholique. On fait toujours comme si l’Église catholique était monolithique, c’est tout à fait inexact même à sa tête. Que l’on pense aux intégristes, aux charismatiques, à ceux qui sont attachés aux avancées du concile qui gravitent dans les sphères dirigeantes et l’on aura une idée des menaces qui pèsent sur cette institution. On a entendu récemment le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi annoncer l’éventuelle création d’un ordinariat pour les luthériens et on a vu que le cardinal Koch, président du conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, réagissait très vivement à cette idée. Il y a donc plus de diversité ou de divisions au sein de l’Église catholique. Quelle sera la couleur de l’unité à venir ? Est-ce qu’elle sera donnée par la centralisation maintenue et renforcée ? Ou bien respectueuse des particularismes ? C’est l’un des enjeux fondamentaux pour les années à venir.

Jane STRANZ
Pasteure réformée et responsable des relations oecuméniques à la Fédération protestante de France

Quelle nouvelle ! On ne s’y attendait pas. C’est un geste d’une grande sagesse marqué par une certaine humilité. Ce n’est pas juste une démission mais vraiment un renoncement. Cela change la façon dont on va habiter ce rôle.

La lecture protestante de l’événement est presque celle d’une réforme de la papauté. Mais le sens de cet acte ne sera réellement connu que plus tard. Cela ne va pas créer une tradition car c’est un acte isolé pour l’instant mais cela ouvre une nouvelle manière d’interpréter son pontificat, de voir son oeuvre et de comprendre ce qu’il voulait pour son Église.

La vision que nous avons du pape n’est pas l’homme Benoît XVI. C’est un regard intéressant sur la papauté car il renonce au pouvoir, au devoir de diriger. Et il dit par ce geste : l’Église a besoin de quelqu’un qui peut répondre à cette responsabilité avec un corps différent du mien.

Il est marqué par cette humilité, ce n’est pas une star médiatique mais il a pris ses partenaires au sérieux. C’est le premier pape qui a parlé d’une manière nouvelle de Luther, avec une reconnaissance de toute la pensée de Luther. De même lorsqu’il a rencontré les anglicans, sa visite avait une certaine valeur médiatique et montrait qu’il considérait ses partenaires avec sérieux. Son renoncement met son oeuvre en valeur au lieu de la figer sur certaines petites phrases malheureuses. Avec ce geste, il met son Église devant ses responsabiltiés.

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(re)publié: 01/03/2013
Les escales d'Olivier