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Sciences clercs et religieux à la Renaissance (v. 1400 - 1600)

Le présent compendium contient les noms des clercs ou des membres d’un ordre religieux dont la contribution historique au développement de la culture scientifique semble solidement avérée. Il ne prétend pas être exhaustif, et les informations rassemblées ci-dessous manquent parfois de précision du simple fait de leur concision. Certains des personnages mentionnés ont parfois négligé la théologie au profit des sciences, tandis que d’autres ont parfois fait le choix inverse, et que d’autres encore ont trouvé leur bonheur en parvenant à établir un certain équilibre entre toutes les dimensions de leur vocation.
La notice ci-dessous mentionne rarement ce qu’il en a été pour chacun, et ne cherche à juger personne. Le choix des noms retenus ici, qui se veut aussi objectif que possible, comporte malgré tout inévitablement une part de subjectivité et d’ignorance de la part de l’auteur.
- Ces articles sont publiés avec la permission de l’association Foi-et-Culture-Scientifique du diocèse d’Evry. Revue Connaitre- N° 39 - juillet 2013

Le développement culturel de l’Occident s’accélère au XVe siècle à partir de l’Italie. Les papes, grands mécènes des arts et de l’architecture, sont des soutiens importants de ce mouvement dont les fruits – de tendance humaniste plus que directement scientifique – sont majoritairement attribuables à des laïcs. Cette période, durant laquelle les tentations séculières de l’Église sont particulièrement fortes, ne produit pas beaucoup de grands théologiens. Elle ne produit guère de bons scientifiques parmi les clercs non plus. Parmi eux, quelques figures, dont certaines très exceptionnelles, se distinguent cependant. Le cardinal Nicolas de Cuse (1401–1464), philosophe, théologien et diplomate, s’intéresse à l’astronomie à titre d’amateur éclairé. Il est l’un des très rares penseurs depuis François de Meyronnes (1288–1328), déjà cité, à supposer, avant Copernic, que la Terre peut être mobile par rapport au Soleil.De Cuse est aussi le premier à utiliser des lentilles convexes pour corriger la myopie.

Le système du monde selon Copernic

Le polonais Nicolas Copernic (1473–1543), dont l’impact de la contribution en astronomie est pour ainsi dire incommensurable, assume durant de longues années le titre et la charge de chanoine de la cathédrale de Frauenburg. En ce sens restreint, Copernic est effectivement une personnalité « ecclésiastique », même s’il n’a jamais été prêtre, contrairement à ce que Galilée lui–même supposera plus tard.

Le franciscain Luca Pacioli (1445–1517) rédige plusieurs ouvrages didactiques en mathématiques, dont un livre sur les Proportions Divines composé avec l’aide de son ami Léonard de Vinci. En France, l’érudit de tendance humaniste Charles de Bouvelles (1471–1553) rend accessible les mathématiques de son temps en langue française. L’abbé bénédictin Franciscus Maurolicus (1494–1575) est le premier à utiliser un raisonnement par induction pour établir la validité d’une équation mathématique (il démontre ainsi que 1 + 3 + 5 +...+ (2n – 1) = n2 ). Georg Hartmann (1489–1564) découvre l’inclination horizontale du champ magnétique terrestre. L’abbé Bernardino Baldi (1553–1617) dans son commentaire de l’ouvrage pseudo– aristotélicien Questions de Mécanique progresse sur la voie de la découverte de la notion de centre de gravité.
Otto Brunfels (v. 1488–1534), initialement prêtre catholique de l’ordre des chartreux converti au luthéranisme et ayant exercé le ministère de pasteur à Steinau pendant trois ans, est considéré comme l’un des fondateurs de la botanique germanique avec le pasteur luthérien Hieronymus Bock (1498–1554), lequel compte parmi les premiers à classer les plantes par catégories générales dans son ouvrage le Kraeuterbuch (1539). William Turner (1508–1568), pasteur anglican suspendu en 1564 du fait de ses sympathies calvinistes, inaugure la botanique nouvelle et l’ornithologie en Angleterre. Le prêtre catholique Marcin of Urzędów (v. 1500–1573) fait de même en botanique pour la Pologne. L’italien anatomiste Vidius Guidi (ou Guido) (1509–1569) s’intéresse, entre autres, aux particularités physiologiques liées à la station verticale caractéristique de l’espèce humaine. Le suisse protestant sympathisant de Zwingli Konrad Gesner (1516–1565), considéré comme le fondateur de la zoologie moderne, obtient vers la fin de sa vie (en 1558) un siège de chanoine (« chorherr ») à Zurich. William Lee (v. 1550–1610), clergyman anglican, invente la première machine à tricoter dans le but, dit–on, de plaire à une demoiselle plus intéressée au tricot qu’à son soupirant. Cette machine peut être considérée comme l’un des premiers signes précurseurs de la révolution industrielle du XIXe siècle.
Au milieu du XVIe siècle, saint Ignace de Loyola et ses six premiers compagnons fondent la Compagnie de Jésus. Dans cet événement de nature essentiellement religieuse, une nouvelle page de l’histoire des sciences est en train de se préparer. Très vite, certains jésuites se distinguent dans les sciences profanes dont, parmi les premiers selon l’ordre chronologique, le mathématicien

Le Père Clavius, était un éminent mathématicien professeur au Collège Romain, lorsque le Pape demanda ses services au Vatican. En 1580 les propositions de Clavius étaient prêtes, mais leur mise en vigueur fut retardée jusqu’à la signature par le Pape du décret qui stipulait que le 4 octobre 1582, fête de S. François d’Assise serait suivi du 15 octobre, supprimant ainsi dix jours du calendrier.
C’est pourquoi il est dit que S. Thérèse d’Avila est morte « dans la nuit du 4 au 15 octobre 1582 » !

Christophe Clavius (1538–162). Outre son travail de recherche mathématique proprement dit, Clavius publie de solides ouvrages didactiques Il est le principal maître d’œuvre de la réforme du calendrier commandée par Grégoire XIII, à laquelle l’astronome et géographe dominicain Egnatio Danti (1536–1586) a également fortement contribué. L’italien Giambattista della Porta (1535–1615), auteur du livre Magiae Naturalis, communique à beaucoup de contemporains le goût de l’étude des sciences et fonde en 1560 à Naples l’Accademia dei Segreti, une organisation qui préfigure les futures académies des sciences encore inexistantes. Il rejoint la Compagnie de Jésus en 1585 pour y prendre l’état de frère lai. Autre jésuite, l’espagnol Jose de Acosta (1539–1600) décrit de nombreux phénomènes géophysiques (géomagnétisme, tremblements de terre, éruptions,raz de marée, météorologie) propres à l’Amérique du Sud.

Vers la fin du XVIe siècle, Scipione Mercurio (v. 1540–1617), médecin et auteur d’un manuel d’obstétrique à l’attention des sages-femmes, devient dominicain. Il quitte ensuite son ordre religieux, puis reprend l’habit religieux pour les dernières années de sa vie. Le chanoine anatomiste (qui n‘est pas prêtre) Gabriele Falloppio (1523–1562) décrit les trompes qui portent désormais son nom.

Les institutions chrétiennes de la Renaissance qui participent aux progrès des sciences sont également traversées par certains courants d’intolérance religieuse dont l’influence latente dépasse les barrières confessionnelles. En France, les deux imprimeurs Antoine Augereau (v. 1485–1534) et Étienne Dolet (1509–1546) payent de leur vie leurs activités au service de la libre circulation des idées. Le laïc espagnol Miguel Serveto (1509–1553), premier européen capable de décrire correctement le fonctionnement de la circulation sanguine pulmonaire (déjà découvert trois siècles auparavant par Ibn al Nafis, médecin musulman vivant au Caire), est ensuite condamné à mort par l’Inquisition catholique. Après être parvenu à échapper à ses geôliers, il se réfugie à Genève où il est de nouveau condamné à mort, cette fois par les calvinistes. Calvin lui–même se range du côté de ceux qui le condamnent.Serveto meurt sur le bûcher en 1553.

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Info

Le présent article ne contient aucun bilan, aucune statistique globale. C’est là l’une de ses limites les plus manifestes. Il ne s’aventure à tirer qu’une seule conclusion : le nombre de clercs et religieux ayant contribué au développement des sciences, ainsi que l’importance scientifique de leur contribution, apparaissent a posteriori bien plus significatifs que ce que beaucoup de nos contemporains semblent la plupart du temps s’imaginer, et il n’existe pratiquement aucun domaine scientifique duquel ils aient été absents.
L’ordre retenu pour la présentation de ces personnages correspond globalement à celui de l’histoire des sciences. Dans certains cas, notamment pour le XVIIe siècle, il a paru naturel de regrouper certains ensembles de personnages non seulement par grandes disciplines (sciences physico‑mathématiques, sciences de la vie), mais aussi par pays (Italie, France, Royaume-Uni, États germaniques, etc.) du fait des fortes dynamiques régionales de cette période, aboutissant à la fondation d’un bon nombre d’académies scientifiques. Á partir du XIXe siècle, en revanche, les communications internationales entre les chercheurs s’accélèrent à un tel point qu’il a paru plus judicieux de regrouper les acteurs en fonction de leur seule spécialité scientifique, sans tenir compte de critères géographiques ayant perdu leur pertinence.

(re)publié: 01/12/2013