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L’éthique en question

Dieu ne veut que ton bonheur (première partie)

Sexualité, Amour, Famille, Église

Lettre de Mgr François Garnier aux jeunes de son diocèse, écrite en 1995 et réactualisée en fin 2005 à l’initiative de la pastorale de jeunes du diocèse de Cambrai

I « S’il te plaît, dessine-moi Dieu ! »

« Sexualité, sida, cohabitation, contraception, avortement... », impossible de vous rencontrer sans que vous abordiez toutes ces questions. Je suis heureux que vous n’ayez pas peur d’en parler avec votre évêque. Je souhaite aussi que vous puissiez le faire avec vos parents, vos éducateurs, ainsi qu’avec des couples qui vous donnent de voir leur bonheur de vivre et d’aimer, quelles que soient leurs épreuves.

Je n’éviterai pas vos questions. Promis. Mais avant d’y répondre, laissez-moi faire un premier détour : donnez-moi la joie de vous « dessiner Dieu » ! Le Dieu que j’aime ! Celui que me révèle le Christ ! Tellement différent de tous les autres !

Notre Dieu ? Il est comme un fiancé passionné !

Je ne l’invente pas ! C’est la Bible qui le dit ! Avec les mots merveilleux d’un poème de braise. Lisez le « Cantique des Cantiques ». Doucement. Respectueusement. En le lisant du dedans, avec le cœur. Il ne fait qu’une dizaine de pages. Pourquoi s’en priver ? Vous n’y trouverez pas le mot « Dieu », mais l’histoire de l’amour fou entre un fiancé et une fiancée qui se cherchent, se trouvent et ne veulent plus se quitter :

« - la fiancée :

Sur ma couche, la nuit, j’ai cherché ton visage.
J’ai cherché : je ne l’ai pas trouvé.
Je me suis levée ; j’ai parcouru la ville.
Dans les rues, sur les places,
j’ai cherché celui que mon cœur aime...
j’ai rencontré les gardes de la ville et leur ai demandé :
« Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? »
A peine les avais-je dépassés, je l’ai trouvé.
Je l’ai saisi, je ne le lâcherai plus... »

(Ct 3, 1-4)

« - le fiancé :

Tu es belle, ma bien aimée. Que tu es belle !
Tes yeux sont comme des colombes derrière ton voile...
Tes lèvres sont comme un ruban écarlate...
Tes joues comme des moitiés de grenades... [1]
 »
(Ct 4, 1 et 3)

J’aime notre Dieu qui s’appuie sur l’expérience de l’amour humain pour nous dire combien Il nous aime. Avec pudeur, mais avec passion ! J’aime qu’Il nous dise à quel point il aime le bonheur que donne l’amour par-tagé. Et j’aime bien qu’Il se dessine comme un fiancé qui cherche passionnément chacun d’entre nous, pour le trouver et ne plus le quitter.

Allons plus loin : Dieu est aussi comme un père et comme une mère

L’un des plus beaux tableaux qui existe représentant Dieu le Père a été peint par Rembrandt (1606-1669). C’est le père de cet enfant prodigue qui a gâché sa vie et son argent dans la « débauche avec des femmes ». (Lc 15, 11-24)

Rembrandt peint le père au moment où son enfant revient. Son fils est en guenilles, il a la nuque rasée comme un bagnard. Il a les pieds nus. Il est à genoux, il appuie sa tête contre le ventre de son père.
Le père est là debout. Ses yeux sont épuisés d’avoir pleuré. Il pose ses deux mains sur les épaules de son fils. Sa main droite est longue, effilée et douce, c’est une main de femme ; sa main gauche est forte, carrée et trapue, c’est une main d’homme. Rembrandt nous dessine un Dieu qui est à la fois père et mère, un Dieu qui est même un peu plus mère que père.

En effet, lorsque Rembrandt peint ce tableau, il habite dans le quartier juif d’une ville de Hollande. Il est chrétien mais il connaît bien les coutumes juives : il sait qu’un bon juif, le matin, lave d’abord sa main droite et ensuite seulement sa main gauche. Car la main droite est celle de la miséricorde et la gauche celle de l’exigence. Il faut toujours que la miséricorde passe avant l’exigence. J’aime qu’on représente notre Dieu comme cela... exigeant sans doute, mais toujours plein de miséricorde comme savent l’être ceux et celles qui nous aiment vraiment. Exigeant, tant il attend de nous que nous aimions mieux !

Il faut bien qu’il le soit : nous sommes tellement fragiles ; quand nous le sommes, il ne souhaite qu’une chose : nous pardonner ! Il nous accueille malgré nos défaillances, nos maladresses ; il attend notre retour et l’aveu humble de notre péché si nous avons abîmé l’amour. Il espère que nous apprenions de Lui à aimer en vérité, sans gâcher cette formidable capacité d’aimer qu’il nous a donnée.

Allons encore plus loin : « Tel Père, tel Fils »

Je peux vous dire en un seul exemple pourquoi j’aime le Christ :

Un jour, il est le seul à défendre la femme surprise en état d’adultère que tous ceux qui sont là, avec leur bonne conscience, veulent lapider (Jn 8, 3-11) ; et un autre jour, il dit : « Un homme qui regarde une femme avec envie est déjà adultère en son cœur ». (Lc 5, 28)

Eh bien, ce Christ mérite d’être contemplé : il est bien le Fils de son Père. Lui aussi a la main douce et féminine qui refuse de saisir la pierre qui blessera cette femme pécheresse. Mais il a aussi la main ferme et masculine qui la relève... avec une parole exigeante : « Va et ne pèche plus ». (Jn 8, 11)
En Jésus, comme en son Père, nous contemplons la miséricorde sans limite, mais aussi l’exigence la plus grande. En Lui, jamais l’exigence ne se dégrade en dureté et jamais la miséricorde ne se dégrade en lâcheté. Il accomplit l’exigence en demeurant dans la miséricorde et inversement. J’aime ce Christ qui déteste le péché, qui le déniche partout où il se cache et le combat, mais qui est le seul à aimer encore et toujours les pécheurs, à aimer encore et toujours le dernier des derniers des pécheurs. Il est le seul à nous croire capa-bles de nous relever et de réapprendre à aimer.

Rappelez-vous de cela le jour où vous aurez abîmé quelque chose de votre cœur, quelque chose de votre vie ; le jour où vous aurez abîmé quelque chose de la relation avec l’autre ; ce jour-là, rappelez-vous que vous pourrez toujours revenir vers le Seigneur et lui dire « Seigneur, je ne suis pas digne, mais dis seulement une parole et je serai guéri... »

Et l’Esprit Saint dans tout cela ?

Souvenez-vous de votre Confirmation ! Si vous ne l’aviez pas encore faite, sachez d’ailleurs qu’il n’est jamais trop tard pour la célébrer ! Elle nous rappelle en effet que, depuis le matin de la Pentecôte (Ac 2, 1-12), l’Esprit Saint est Celui qui donne du souffle à l’Église. Il est Celui qui fait de nous des « chrétiens gonflés » ! Vous savez qu’Il anime et sanctifie l’Église et que sans Lui, il y a longtemps qu’elle aurait disparu comme une secte de passage ! Il réveille l’Église quand elle s’endort ; Il lui redonne courage quand elle en perd ; Il lui donne les saints et les saintes (le plus souvent des baptisés tout simples) pour la réorienter vers le Christ. Il est « feu » et « vent ». On ne le trouve pas dans les petites vies tièdes couleur de cendre, mais dans les vies ardentes qui cherchent à aimer vrai, à aimer juste, à aimer toujours et quand même. « Il vous mènera à la vérité tout entière », annonce Jésus. (Jn 16, 13). « Il vient au secours de notre faiblesse ». (Rm 8, 26). « Laissez-vous conduire par Lui », « Il vous affermira puissamment », ajoute Paul (Rm 8, 26 - Ga 5, 16 - Ep 3, 16)... là où Il est, il y a « de la joie, de la paix, ... de la confiance et de la maîtrise de soi... » (Ga 5, 22-23).

Sa mission majeure est de tout recentrer sur le Christ. De tout fonder sur la Foi. Y compris ce qu’on appelle la morale, cet effort que fait l’intelligence pour réfléchir comment mieux vivre entre nous chaque jour. J’en appelle à votre expérience de jeunes qui - non sans épreuves - découvrez ce qu’est l’amitié. Vous savez bien que tout change lorsque vous aimez et que vous êtes aimés. Si j’aime et si je suis aimé, je ne peux plus vivre n’importe quoi, avec n’importe qui, n’importe comment et n’importe où. Sinon, je vais abîmer quelqu’un, le faire souffrir, lui faire du mal. Eh bien, l’Esprit qui nous révèle à quel point le Christ nous aime nous provoque à ne pas faire n’importe quoi de notre puissance d’amour. Il nous invite à laisser le Christ renouveler, ressusciter notre façon, souvent maladroite, d’aimer. Il vit dans son Église pour sanctifier ce qu’elle dit, quand elle propose à tous et à chacun des repères pour vivre en vérité l’Amour, celui que nous recevons et celui que nous donnons.

 

[1Ces grenades n’ont rien à voir avec les armes ! Il s’agit là du fruit de l’arbre qu’on appelle le grenadier.

François GARNIER, Mgr

Archevêque de Cambrai, France

François GARNIER, Mgr

Archevêque de Cambrai, France

(re)publié: 01/01/2006
Les escales d'Olivier