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Face à la mort

La mort

Permettez-moi d’abord de saluer ceux d’entre vous qui sont encore en deuil parce qu’ils ont perdu un proche durant ces derniers mois. Que cette célébration leur apporte la paix et l’espérance. Mais tous, nous sommes venus prier pour les défunts de nos familles.

[Puisque le 2 novembre tombe un dimanche], nous sommes invités à méditer sur la mort et je crois que c’est une bonne chose. Nous vivons dans une société qui refuse de parler de la mort, qui la cache, qui essaie de l’oublier. La mort est un tabou. Mais plus on la cache, plus on la nie, plus elle nous traumatise car nous ne sommes plus préparés à la mort... Voilà pourquoi il est important d’en parler.

Je voudrais vous proposer trois pistes de réflexion sur la mort, sur notre mort, et je crois que cela nous aidera à prier pour nos défunts dans la confiance et l’espérance.

- 1ère piste : la mort fait partie de la vie.
- 2e piste : c’est toute notre vie qui prépare notre mort.
- 3e piste : la mort est un passage vers le Père.

1. La mort fait partie de la vie

La différence entre les animaux et les humains, c’est que les hommes savent qu’ils vont mourir. C’est leur grandeur, c’est aussi leur angoisse. Nous avons tous l’expérience que le vivant sur cette terre ça naît, ça grandit et ça meurt. Rien n’est éternel, sinon Dieu que les croyants appellent justement ’’l’Éternel’’.

La mort semble donc quelque chose de normal, et pourtant, elle vous scandalise. Pas seulement quand elle touche une vie de jeune ou, pire encore, une vie d’enfant. La mort nous scandalise toujours, même au terme d’une longue vie, parce que nous avons plus ou moins conscience d’être faits pour l’éternité, d’être faits pour Dieu.

Mais si nous réfléchissons bien, la mort est vraiment naturelle quand notre corps est usé, quand nos facultés déclinent, quand nous sommes fatigués par la route de nos vies nous aspirons au repos. La mort, c’est d’abord cela : le repos au terme de la route. Certes, notre dignité d’homme demeure intacte. Mais comment nier que la mort soit souvent une délivrance ?
Oui, la mort fait partie de la vie.

Voilà pourquoi elle ne justifie pas qu’on s’acharne à faire vivre une personne par tous les moyens, comme si la mort était toujours un échec. Il y a un moment où il est bon de se préparer à mourir et alors il est bon d’être entouré de ceux qu’on aime, il est bon de pouvoir relire sa vie, de pouvoir y mettre de l’ordre, de laisser tel ou tel message de pardon ou d’encouragement pour ceux qui restent.

Oui, la mort fait partie de la vie et, à ce titre, il est bon d’en parler, d’apprendre à en parler justement pour s’y préparer. Et pour parler de la mort il y a des récits, des gestes, des rites, comme ceux que nous accomplissons aujourd’hui : c’est important, car cela donne du sens à nos vies.

Pour autant, la mort est toujours douloureuse car elle est séparation, rupture, arrachement. Jésus a pleuré devant le tombeau de son ami Lazare. Mais dans nos vies, il y a souvent des séparations, des ruptures, des arrachements. D’où la deuxième piste que je vous propose : c’est toute notre vie qui prépare notre mort.

2. C’est toute notre vie qui prépare notre mort

Notre vie est une succession de morts et de résurrections, mais nous n’en avons pas forcément conscience, et c’est dommage. Toute notre vie, nous apprenons à faire notre deuil pour renaître à une vie nouvelle. Nous sommes nous-mêmes comme le grain de blé tombé en terre qui doit mourir pour porter du fruit. Cela commence quand nous sortons du ventre de notre mère : nous avons à faire le deuil de ce nid douillet où nous avons passé neuf mois bien au chaud. Puis nous avons à faire le deuil d’une relation fusionnelle avec notre mère : nous la voulons toute pour nous, mais il va falloir la quitter, apprendre à devenir ’’je’’, couper le cordon... Il faut beaucoup de larmes pour construire un homme, mais ça vaut le coup ! C’est comme ça qu’on grandit, qu’on se construit.

Au fur et à mesure qu’on grandit, justement, on apprend à faire le deuil de ses illusions, de certains projets irréalisables, de certaines relations qui comptaient beaucoup. Quand on quitte son pays, comme Abraham, ou quand on déménage, on fait son deuil, on vit une rupture, une séparation. C’est pareil quand on quitte sa famille. Ce sont des arrachements mais pour une vie nouvelle.

Et puis, il y a les vrais deuils, les ruptures, les séparations, la rupture d’une relation amoureuse, la séparation d’un couple, la perte d’un être cher... À chaque fois, on est déchiré, désemparé, on déprime, on n’a plus goût à rien... Et c’est tout un travail de deuil qui est à faire, non pas pour oublier - on n’oublie jamais ceux qu’on aime -, mais pour vivre avec cette absence, avec cette blessure, avec cette partie de nous-mêmes qui nous manque. Oui, on apprend à vivre avec, parce qu’on a pu en parler à des personnes qui nous ont écoutés, parce qu’on a pu exprimer ce qu’on ressentait, raconter ce qu’on a vécu, ce par quoi on est passé. Et on a fait l’expérience que ce sont les autres qui nous ont remis debout. Et on en sort plus fort,... mais ça, on ne peut le dire qu’après...

Finalement, la vie nous apprend à nous laisser aimer et à aimer à notre tour. Elle nous apprend à nous abandonner dans les bras des autres et dans les bras de Dieu, et elle nous apprend aussi à nous décentrer, à ne pas vivre que pour nous, à porter la souffrance des autres comme ils portent la nôtre. Qu’est-ce que mourir sinon s’abandonner dans les bras d’un autre et ne pas se crisper sur sa vie, accepter de la remettre parce que, tout au long de notre vie, nous avons appris à la donner, notre vie. Si chaque soir, nous nous endormions en disant la parole de Jésus : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit, entre tes mains, je te remets ma vie », nous serions prêts pour le grand passage. Car...

3. La mort, c’est le passage vers le Père

Jésus a vécu sa mort comme un passage vers son Père. Cela ne l’a pas empêché d’avoir peur de la mort, d’être bouleversé à l’approche de sa mort, mais c’était sa foi la plus profonde et c’est cette foi-là qui lui a permis d’affronter son destin, d’aller jusqu’au bout du don de sa vie. Il disait à ses amis : « Je m’en vais vous préparer une place, et il y a beaucoup de places dans la maison de mon Père. » C’est là qu’il nous attend, au terme de notre route, avec tous ceux qui nous ont précédés. Car notre route aura un terme et ce terme, c’est Dieu.

Et si nous apprenions à faire ce passage vers le Père tout au long de nos vies, pour mieux vivre le grand passage quand l’heure sera venue ? Et nous savons bien que ce passage, nous le vivons chaque fois que nous nous abandonnons entre les mains de Dieu et chaque fois que nous nous donnons à nos frères : « Nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères », dit Jean. Ce passage-là, nous avons toute la vie pour le faire, à la suite de Jésus et avec la force de son Esprit. C’est lui, Jésus, qui nous dit : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi même s’il meurt (et il mourra...), vivra ! »

 
Jean-Pierre ROCHE

Prêtre du diocèse de Créteil, Mission ouvière

roche.jp free.fr
Jean-Pierre ROCHE

Prêtre du diocèse de Créteil, Mission ouvière

(re)publié: 01/11/2014
1ère public.: 31/10/1997