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Économie et justice sociale

La perspective du Sud

Exposé lors des Journées sociales 2010 à Luxembourg

1. Un monde nouveau

Sans aucun doute la globalisation va changer notre monde. Beaucoup en a été dit et écrit.

Mais qu’entend-on par globalisation ? Il s’agit bien d’un processus complexe. La mondialisation affecte toute la société et ceci à tous les niveaux : la sphère économique, la sphère sociopolitique et la sphère culturelle. Ces niveaux sont interdépendants. Ils se renforcent mutuellement dans un contexte mondial pour servir « in fine » un seul objectif, à savoir le capitalisme néolibéral. Même si les racines de la mondialisation actuelle ont une longue histoire en commençant avec l’expansion de l’Europe coloniale au 15e siècle, elle prend une nouvelle dynamique avec l’émergence et le développement des nouvelles technologies, la libéralisation du capital et des finances transnationaux après la chute du mur de Berlin.

En quelques mots, on pourrait dire que la mondialisation repose sur 3 piliers : le développement technologique, le système économique néolibéral comme projet global et la dominance du système d’une pensée unique, du « one idea system ».

Regardons de plus près quelques-unes des manifestations de cette nouvelle mondialisation.

Ici au Luxembourg, place financière internationale, le phénomène de la mondialisation n’est pas récent. La plus grande entreprise sidérurgique du monde a son siège chez vous. Et vous parlez depuis toujours plusieurs langues, ce qui vous facilite l’entrée dans d’autres mondes et ce qui, de l’autre coté, facilite la présence de tant d’étrangers dans votre beau pays. Votre gouvernement a fait et continue à faire des efforts pour attirer des compagnies expertes dans les nouvelles technologies ainsi que des centres de recherche nécessitant un environnement international et multiculturel.

Il est évident que la mondialisation incarne autant d’opportunités que de risques.

Etre, par exemple, en contact virtuel avec des personnes lointaines favorise des communautés transfrontalières. Et il est fort possible que les informations sur le tremblement de terre dévastateur en Haïti ont passé plus rapidement dans le monde entier que dans ce pays pauvre et appauvri pendant des décennies.

Mais prenons-nous vraiment avantage des opportunités de la mondialisation ?

En tant que Président de Caritas Internationalis qui coopère dans 162 pays du monde avec les personnes dans le besoin, je me dois de constater qu’il y a un manque de changement pour ces personnes dans le besoin qui doit nous interpeller.

Nous continuons à vivre dans un monde rempli d’inégalités flagrantes. Et malgré des taux de croissance toujours impressionnant et des manifestations de richesse et de gaspillage sans mesure, le contrôle du bien-vivre reste entre les mains de quelques-uns.

Nous sommes toujours en train de créer un monde animé par l’avarice de ces quelques privilégiés tout en laissant la majorité des personnes en marge de l’histoire.

Mais l’exclusion sociale dans ce monde globalisé ne se construit plus le long des frontières géographiques mais plutôt selon une nouvelle ligne de partage entre ceux qui sont riches et se protègent d’un coté, et de l’autre ceux qui sont laissés pour compte.

Dans ce sens la mondialisation tant admirée par ceux qui en profitent reste pour la majorité du monde plutôt un mythe qu’une réalité.

La mobilité des personnes en est un exemple parlant. Les riches peuvent se déplacer facilement et aisément partout et dans les plus belles parties du monde sans grande restriction.

Alors que les gens qui peuvent à peine nourrir leur famille se retrouvent cloisonnés dans leur pays et territoires avec des frontières de plus en plus contrôlées par des forces et des systèmes internationaux protégeant les forteresses des plus riches. Au Luxembourg, qui est une terre d’accueil, vous connaissez bien le phénomène migratoire avec ses versants d’émigration et d’immigration.

L’ordre mondial nouveau qui nous est présenté est en fait l’ordre de l’unification des marchés, afin de faciliter la circulation de l’argent et des biens.

Oui, la logique des marchés financiers a bien été mondialisée et l’absolutisme du capital a été imposé à tous.

Nous pourrions dire que seulement les riches et la richesse se sont mondialisés. La technologie les protège et elle tient les pauvres à distance. Et ce qui est plus tragique encore : ce sont ces pauvres qui contribuent à créer les richesses chez les déjà riches. Avec leur force et intelligence de travail ils produisent des iPhones en Chine pour qu’au Luxembourg ils soient accessibles à bon marché pour ceux qui peuvent ou doivent s’en payer un.

L’injustice et les inégalités sont les signes distinctifs de notre monde globalisé. D’après mon analyse nous ne sommes pas en train d’évoluer vers un système plus juste mais plutôt vers le renforcement de ces injustices et inégalités malgré les essais publicitaires qui veulent nous faire croire que la mondialisation est un bénéfice pour chaque citoyen de ce monde.

La mondialisation est sélective. Très peu de changements substantiels ont été opérés dans les structures sociales.

La mondialisation suit résolument le rythme et les idées des G8 et G20. On pourrait dire qu’un nouveau capitalisme sauvage revoie le jour : les conditions de vie et de travail d’une grande partie de ceux et celles qui contribuent avec leur force, leur intelligence et parfois leur vie à la richesse du premier monde, sont tout à fait comparables aux conditions de vie du prolétariat des 18ème et 19ème siècles.

On est en train de démanteler l’Etat social comme phénomène et réalité. Les différences entre les riches et les pauvres vont croissant y compris dans les pays les plus développés.

Si je suis bien informé, les questions de la redistribution des impôts et des cotisations sociales se posent également au Grand-Duché de Luxembourg.

L’idéologie néolibérale veut et exige des Etats faibles et plus au service de l’économie qu’au service des citoyens faibles, et leur en demande plutôt pour servir l’économie que les citoyens. Les acquis de l’Etat social mais aussi de l’Etat de droit sont en danger et perdent en plausibilité.

Le débat sur le rôle de l’Etat et des institutions internationales est loin d’être un débat symbolique, c’est un débat crucial et nécessaire si nous, les citoyens du monde, voulons maitriser la mondialisation plutôt que de la subir.

Restons optimiste. La mondialisation du pouvoir politique est porteuse d’espoir dans la mesure où l’on y trouve des politiciens qui s’engagent pour le bien commun parce qu’ils ont compris que ce nouveau monde appartient à toutes et à tous et certainement pas aux voleurs ni aux escrocs internationaux qui continuent à exploiter les plus vulnérables et toutes les niches économiques.

Au Luxembourg vous êtes aujourd’hui des témoins et des acteurs privilégiés des risques et des opportunités potentiels de la mondialisation.

Et vous les jeunes, vous êtes bien conscient de votre responsabilité. Je vous encourage à élever votre voix pour une mondialisation à vocation humaine et solidaire.

Ce seront vos vues et vos convictions qui vont changer pour le bien ou pour le mal le cours de l’histoire. Ne dites et ne croyez pas que vous n’avez pas de moyens. Une bonne personne, une bonne action, une bonne idée peut changer le monde en commençant autour de soi pour aller bien au-delà.

Mais soyons clairs par rapport à la trajectoire de l’humanisation de la mondialisation.

Il n’y a pas de retour possible. Les essais fondamentalistes de faire marche arrière pour se retrouver dans des sociétés idéales vont échouer et ont déjà échoués. Il faut lever les yeux pour un avenir créatif et ordonné par la solidarité et le bien commun.

2. Nouveaux défis

Comment gérer ce nouveau capitalisme sauvage ? Est-il possible d’utiliser ses bienfaits et ses mécanismes pour tous ?

Dans ce contexte, des économistes célèbres comme James Tobin proposent l’introduction de nouveaux types d’impôts sur les flux des capitaux et des finances.

La crise financière à l’origine de la crise économique qui a frappé tant de personnes et de familles dans notre monde, a mis en évidence la fragilité du système.

Si dans un premier temps le monde politique a su éviter le pire en mettant à la disposition des institutions financières en risque de faillite des sommes astronomiques empruntées aux citoyens d’aujourd’hui et de demain, il paraît que le système gourmand est hors contrôle et que le « dieu argent » a repris de nouveau la baguette du directeur de l’orchestre mondial.

L’ancienne idée d’une économie autorégulatrice s’impose à nouveau.

L’ancien directeur de la London School of Economics, Anthony Giddens, se pose et nous pose la question suivante : allons-nous avoir un « long boom » ou un « big bang » ?

Comment allons-nous intégrer les « risques construits » comme il dit, dans un nouvel ordre mondial : le réchauffement climatique, l’explosion des populations, la pollution environnementale, les marchés instables, les conséquences imprévisibles du génie génétique ainsi que les migrations contrôlées et celles incontrôlées ?

Nous devons apprendre à calculer les effets de ce que nous faisons. Ce que nous faisons, chacun aujourd’hui et chez soi, a des effets qui vont au-delà de sa personne, de sa communauté et de sa sphère privée.

Avec le philosophe Hans Jonas, nous sommes convaincus que notre responsabilité ne se limite pas aux premières conséquences visibles de notre agir mais qu’il faut prendre en compte toutes ses conséquences, même celles qui restent hors de notre perception.

Le pape Benoît XVI, dans son encyclique sociale Caritas in veritate, nous rappelle :

« Plus de quarante ans après la parution de Populorum progressio, sa thématique de fond, le progrès, demeure un problème en suspens, rendu plus aigu et urgent en raison de la crise économique et financière actuelle. … Après plus de quarante ans, nous devons reconnaître combien ce parcours a été difficile, aussi bien à cause de nouvelles formes de colonialisme et de dépendance à l’égard d’anciens comme de nouveaux pays dominants, qu’en raison de graves irresponsabilités internes aux pays devenus indépendants. » (CIV, 33).

3. Les défis pour l’éthique face à la globalisation confinée par l’économie

Aujourd’hui, nous vivons dans un monde marqué par la crise économique qui, à l’échelle mondiale, connaît des proportions qu’on n’a plus vues depuis 80 ans. Un monde marqué par l’autosuffisance qui a créé richesse et prospérité pour quelques-uns, s’écroule sous nos yeux.

Je crois que c’est en partie dû à la mise à l’écart de l’éthique dans l’économie que la crise a pu s’installer. Au lieu de se laisser guider par la vérité, la justice, une vraie liberté et la solidarité, on s’est confié au nouveau « moloch » de la fierté et de l’autosuffisance des marchés qui ont imposé leurs lois au dessus de toute autre valeur.

Aujourd’hui, nous savons que le pouvoir attribué à l’économie a reposé en partie sur le mensonge, la fraude et la manipulation des chiffres par des membres de conseils d’administration et par des dirigeants et employés. Des bonus à hauteur de millions et de millions ont été et sont toujours payés comme supplément pour les managers qui ont mis nos banques en faillite. Quelques-uns ont été mis à la porte avec dans leur poche des millions de dollars ou d’euros et sans aucun procès juridique. Les organisations financières internationales forcent les petits pays à des ajustements structurels pour fermer leurs yeux par rapport aux excès des grands pays. Et on ignore ce que le président des Etats-Unis disait : on ne peut pas avoir une « Wall Street » en prospérité tandis que la « grande rue », la « main street », souffre.

Les solutions à la crise ne sont pas les injections de milliards et de milliards de dollars ou d’euros, dans des systèmes qui n’acceptent pas d’ordre éthique parce qu’ils préfèrent se fier à la corruption.

L’ancien président Bush disait que les marchés s’étaient comportés de mauvaise manière.
Permettez-moi d’être en désaccord avec cette assertion.
Les marchés sont des choses. Ils ont été créés par les hommes et les femmes. Les marchés ne peuvent ni se comporter bien ou mal car c’est toujours une personne qui dirige et prend des décisions mauvaises ou bonnes.

Il faut chercher les solutions dans le cœur de la personne humaine. L’éthique n’est pas une « camisole de force » imposée par l’extérieur ou par des convictions religieuses. L’éthique est plutôt ce qui vient de l’intérieur de nous même. L’éthique ce sont nos convictions les plus profondes.

Les questions clés que chaque être humain doit se poser en son fort intérieur sont : Qui suis-je ? Pourquoi est-ce que j’existe ?

Sans réponse à ces questions fondamentales il n’y aura pas de progrès ni chez les personnes individuellement parlant ni dans nos sociétés. Et comme l’économie dépend des convictions profondes des hommes et des femmes ainsi que de nos sociétés, il faut commencer le changement au bon endroit. Notre vie et nos styles de vie doivent tout d’abord répondre aux besoins fondamentaux de la personne. Ainsi l’économie sera-t-elle aussi au service de la personne, des sociétés et du bien-être de tous. Aujourd’hui, le vocable « éthique » est bien à la mode, même dans le monde de l’économie, des affaires et des finances. On parle de certification éthique, de responsabilité sociale des entreprises, de fonds éthiques et de banques éthiques. La micro-finance est prônée comme solution miracle dans les pays du sud et aussi nouvellement dans les pays du nord. Et votre place financière ici au Luxembourg est en train de se positionner dans ces nouveaux créneaux de l’industrie financière.

Il est sans doute juste et louable d’analyser les systèmes financiers selon des critères éthiques et moraux. Mais l’utilisation à tort et à travers du vocable éthique ne sert guère la cause s’il n’y a pas une compréhension lucide et déterminée de ce qu’on entend par éthique.

Quels sont les critères pour déclarer une action ou un fond éthique ou moral ? Il me paraît qu’il est nécessaire de creuser non pas seulement à l’université et dans le monde académique mais surtout dans le monde des affaires, le concept d’une éthique humanisante et digne de ce nom.

Où sont les instituts d’éthiques dans le monde de la finance ? Alors que dans le monde de la médecine et de la recherche biomédicale on a compris qu’il faut accompagner l’action de la recherche et de la médecine par un développement éthique, on a l’impression que dans le monde des affaires les quelques initiatives restent locales et servent plutôt les relations publiques et le marketing que la gestion responsable de l’argent.

Par expérience nous savons que seules des personnes droites sauront diriger le monde, les entreprises et la finance de manière droite. Le pape Benoît XVI. l’a réitéré dans son encyclique Caritas in veritate déjà citée.

« Le développement est impossible, s’il n’y a pas des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun » (CIV, 71).

Il n’est pas trop tard. Il est en effet nécessaire de retourner vers une éthique basée sur la vérité et de se souvenir des mots sages du prédicateur de la Galilée qui disait « la vérité qui vous rendra libre ». (Jn 8, 32)

4. Du développement et de la coopération internationale

L’Union européenne a déclaré cette année 2010 comme l’année de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Voila enfin une volonté politique qui est à la hauteur des attentes des citoyens de l’Europe.

Il y a quelques jours les responsables politiques du monde entier se sont réunis à New York pour réaffirmer leur volonté de mettre en œuvre les Objectifs du Millénaire pour le développement tels que déclarés à l’aube du nouveau millénaire.

Encore une autre manifestation de ce désir d’éradiquer la pauvreté comme objectif politique premier. Si nous avons pu assister pendant les dernières années à des progrès considérables dans les domaines de la santé et de l’éducation, il faut aussi accepter qu’il reste encore beaucoup à faire et que nous n’allons pas atteindre les objectifs fixés en 2000.

La Caritas que j’ai l’honneur de présider au niveau mondial, a rejoint les voix politiques pour se faire l’avocate pour un monde sans pauvreté. La campagne de Caritas Europa pour une pauvreté zéro montre bien le chemin audacieux.

L’année passée les dirigeants mondiaux se sont réunis à Londres et à Pittsburgh pour donner des réponses globales à la crise économique. Leur premier souci était le fonctionnement de l’économie et non pas le fonctionnement de nos sociétés.

Le sommet de Copenhague lui non plus n’a rien apporté.

Les demandes que les nations tiennent la promesse qu’elles ont faite il y a quelques 35 ans pour partager 0,7 % de leur revenu en faveur de la coopération au développement ne sont pas respectées.

Seulement 5 pays ont respecté cet objectif et je suis heureux de me trouver ce soir dans un de ces pays, qui, même pendant ces deux années de crise, n’a pas remis en question son engagement en faveur de la coopération au développement.

D’après une enquête Eurobaromètre spéciale publiée le 13 septembre 2010, les citoyens européens continuent d’afficher un soutien ferme à l’aide apportée aux pays en développement.

89 % des personnes interrogées considèrent que l’aide au développement est importante, voir très importante.

Deux Européens sur trois sont d’avis que l’Union européenne doit tenir sa promesse de faire passer l’aide au développement à 0,7 % du RNB d’ici 2015.

Je vous en remercie au nom de tous les pauvres à travers le monde qui prennent votre petit pays comme exemple et signe d’espoir dans un monde où nous avons beaucoup trop de fois l’impression qu’on se moque des pauvres.

Les sommes pharamineuses qui ont été mises à la disposition du système bancaire en dégringolade montrent bien que le monde politique est capable de prendre ses responsabilités quand il est convaincu et déterminé.

Où en est la détermination pour l’éradication de la pauvreté ? Qui lèvera sa voix pour lutter vraiment contre la pauvreté et l’exclusion sociale ?

Notre espoir, chers amis, se sont les jeunes dans vos pays. Et je m’adresse une fois de plus à vous étudiantes et étudiants de ce Lycée Aline Mayrisch.

Vous savez et vous apprenez dans vos cours qu’aujourd’hui notre monde dispose pour la première fois dans notre histoire des moyens pour mettre fin aux famines et aux situations de pauvreté dégradantes. Et vous savez aussi que c’est une question de choix, de choix de vie, de choix politique.

Ayez le courage d’opter pour un monde plus juste et plus humain. Ce monde plus juste et plus humain va vous coûter un effort personnel. Il va vous coûter un peu moins de luxe et moins de gaspillage. Mais ce choix va vous apporter également un cœur plus heureux et des amis, hommes et femmes, dans le monde entier.

Aujourd’hui, nous savons que le changement du comportement environnemental des parents a été induit par leurs enfants.

Les instituteurs et les éducateurs avaient commencé, il y a quelques décennies, à promouvoir le recyclage du papier, de l’aluminium et du verre. Ce petit changement, qui a commencé dans les écoles sous l’impulsion d’enseignants lucides et engagés, a pu en quelques années changer le style de vie des parents voire de toute une société.

Chers jeunes, apprenez ensemble avec vos enseignants à vos parents et à la société entière que vous partagez et que vous exigez que la société entière partage avec les plus pauvres au Luxembourg et dans le monde entier. Votre détermination, votre choix, a un impact. Vous pouvez changer avec vos petits pas et vos petites convictions le monde entier. Soyez courageux et commencez dès aujourd’hui la voie du partage et de la solidarité.

La parole célèbre du président des Etats-Unis Barack Obama « yes we can » doit désormais être remplie de contenu au niveau mondial. Oui, nous pouvons éliminer la pauvreté déshumanisante.
Oui, nous pouvons éliminer les famines.
Oui, nous pouvons éliminer le paludisme.
Oui, nous pouvons éliminer l’avarice.
Oui, nous pouvons éliminer les égoïsmes.
Oui, nous pouvons éliminer les excès.

Le paquet de sauvetage de Barack Obama de quelques 800.000 milliards de dollars est plus ou moins équivalent à l’aide au développement mise à disposition pendant les dernières 10 années par les 23 pays les plus riches.

Nos dirigeants mondiaux ne doivent pas utiliser la crise financière et économique comme une excuse pour couper les aides aux plus pauvres.

Cette crise est en fait un symptôme pour un monde en désarroi et en manque d’éthique.

Ce ne sont pas que les quelques banques qui se sont écroulées mais c’est l’écroulement de tout un système.

Notre angoisse d’aujourd’hui que je partage volontiers avec vous ce soir est que nous sommes en train de réparer les tuyaux et les vitrines sur notre « Titanic » alors que l’eau est en train d’entrer dans notre bateau mondial par de grands trous.

Dans l’activisme d’aujourd’hui ne risquons-nous pas de rater les opportunités qu’offre finalement cette crise qui est toujours en train de nous menacer, et de tomber, pour ainsi-dire, dans la prochaine crise sans nous en apercevoir ?

5. Du changement climatique

L’échec du sommet sur le changement climatique à Copenhague montre à l’évidence comment le monde des puissants et des riches ignore les besoins et les détresses des plus pauvres et des plus concernés.

En jouant sur les mots on pourrait bien dire qu’en 2010 enfin « l’éco-nomie » devrait bien prendre le devant sur « l’égo-nomie ».

Ce qui s’est passé au Pakistan ou en Russie cette année- ne peut pas nous laisser sans émotions.

Le changement climatique produit des effets à des échelles jamais connues.

Nous ne pouvons plus perdre de temps. Bientôt il sera trop tard. Le monde a besoin d’une convention internationale radicale et effective basée sur le principe que les pollueurs paient.

C’est une question d’équité et de responsabilité que ceux qui ont créé les problèmes doivent payer pour les solutions. Les pays développés ont une obligation morale pour contribuer aux solutions parce qu’ils ont consommé les ressources naturelles de manière disproportionnée.

Nous sommes convaincus que nous avons une responsabilité par rapport à notre terre et ses créatures. Respecter la vie est le fondement de toute morale.

Gérer le changement climatique n’est pas une question technique d’abord mais une affaire de justice sociale. Il faut enfin réaliser que nous sommes liés les uns aux autres et à travers le temps.

Jean-Paul II nous rappelle « Aujourd’hui, plus peut-être que par le passé, les hommes se rendent compte qu’ils sont liés par un destin commun qu’il faut construire ensemble si l’on veut éviter la catastrophe pour tous. » (Sollicitudo rei socialis, 26).

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons prendre à cœur ses paroles et agir comme une famille internationale qui se préoccupe de ses générations actuelles et futures. La gestion du changement climatique deviendra une question de survie.

Nous n’avons pas d’autres options. Nous devons abandonner notre dépendance au pétrole et à l’énergie fossile pour investir dans des technologies vertes. Cela va nous aider de produire des énergies plus sûres et de promouvoir la création de nouveaux emplois et d’une nouvelle croissance économique.

6. Conclusion

Comment ne pas conclure avec l’apôtre des païens ?

Saint Paul était un grand voyageur et il était à l’origine de la mondialisation du Christianisme.

Au cours de ses voyages il a dû se rendre à l’évidence qu’il « n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. » (Ga 3,28).

Nous devons découvrir les aspirations et les droits de tous les peuples et prendre en compte leurs besoins réels et vrais en nous rappelant le conseil de Saint Paul, un pilier de l’église de Jérusalem qui disait « que nous nous souvenions des pauvres » (Ga 2,10).

Oui, n’oublions pas les pauvres dans nos choix politiques, dans nos choix de vie, dans nos choix de société. S’il y a un critère fort pour vérifier si un choix personnel, politique ou de société répond bien à nos devoirs moraux, c’est bien l’option pour les pauvres. Tout ce qui nuit aux pauvres ne peut pas être bon ! Nous espérons que l’esprit de Saint Paul Héros de la mondialisation inspire les dirigeants des pays les plus puissants et les plus riches sur leur propre route vers Damas ! Une voie de conversion de ce système aveugle d’avarice vers un monde qui ouvre ses yeux pour la justice et la dignité de tous. Après la globalisation de l’économie nous avons enfin besoin de la globalisation de la solidarité.

 
Oscar Andrés Rodriguez MARADIAGA s.d.b. Mgr

Archévèque de Tegucigalpa (Honduras), président de Caritas Internationalis

Oscar Andrés Rodriguez MARADIAGA s.d.b. Mgr

Archévèque de Tegucigalpa (Honduras), président de Caritas Internationalis

(re)publié: 01/11/2010