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Christianisme et droits de l’homme

De la justice de chacun naît la paix pour tous

La justice de chacun est fondée sur le respect des droits humains

La personne est par nature dotée de droits universels, inviolables, inaliénables. Ceux-ci, cependant, ne se maintiennent pas tout seuls. A ce sujet, mon vénéré prédécesseur, le pape Jean XXIII, enseignait que la personne « est sujet de droits et de devoirs, découlant les uns, et les autres, ensemble et immédiatement, de sa nature ». L’authentique rempart de la paix s’appuie sur le juste fondement anthropologique de ces droits et de ces devoirs, ainsi que sur leur corrélation intrinsèque.

Ces derniers siècles, les droits humains ont été formulés dans diverses déclarations normatives, ainsi que dans des instruments juridiques contraignants. Leur proclamation, dans l’histoire de peuples et de nations à la recherche de justice et de liberté, est rappelée avec un légitime orgueil, souvent aussi parce qu’elle a été perçue comme un tournant après des violations ouvertes de la dignité d’individus et de populations entières.

Il y a cinquante ans, après une guerre marquée par la négation du droit même à l’existence pour certains peuples, l’Assemblée générale des Nations Unies a promulgué la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Ce fut un acte solennel, auquel on est parvenu après la triste expérience de la guerre, avec la volonté de reconnaître formellement les mêmes droits à toutes les personnes et à tous les peuples.

Dans ce document figure l’affirmation suivante, qui a résisté à l’épreuve du temps : « La reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. »

Les paroles qui concluent le document méritent une égale attention : « Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncé. »

Il est dramatique que, de nos jours encore, cette disposition soit ouvertement violée par l’oppression, les conflits, la corruption ou, de façon plus sournoise, par la tentative de réinterpréter, jusqu’à en déformer délibérément le sens, les définitions mêmes contenues dans la Déclaration universelle. Celle-ci doit être observée intégralement dans son esprit comme dans sa lettre.

Elle demeure - comme l’a dit le pape Paul VI de vénérée mémoire - un des plus beaux titres de gloire des Nations Unies, « spécialement quand on pense à l’importance qui lui est dévolue comme chemin certain vers la paix ».

A l’occasion du cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, célébré cette année, il est opportun de rappeler que « la promotion et la protection des Droits de l’Homme est un sujet d’importance prioritaire pour la Communauté internationale ».

Toutefois, cet anniversaire est assombri par certaines réserves exprimées sur deux caractéristiques essentielles de la notion même des Droits de l’Homme : leur caractère universel et leur caractère indivisible.

Ces traits distinctifs doivent être réaffirmés vigoureusement pour rejeter les critiques de ceux qui essaient d’exploiter l’argument de la spécificité culturelle pour couvrir les violations des droits humains, et aussi de ceux qui appauvrissent le concept de dignité humaine en déniant toute consistance juridique aux droits économiques, sociaux et culturels.

L’universalité et l’indivisibilité sont deux principes de base qui exigent de toute manière d’intégrer les droits humains dans les différentes cultures, et aussi d’approfondir leur caractère juridique afin qu’ils soient pleinement respectés.

Le respect des Droits de l’Homme ne consiste pas seulement à assurer leur protection sur le plan juridique, mais il doit tenir compte de tous les aspects dérivant de la notion de dignité humaine, qui est le fondement même de tout droit. Dans cette perspective, il est d’une grande importance d’accorder à la dimension éducative l’attention qui convient. En outre, il importe de prendre également en considération la promotion des droits humains, qui est le fruit de l’amour pour la personne comme telle, puisque l’amour « va au-delà de ce que la justice peut apporter ».

Dans le cadre de cette promotion, en particulier, il faudra accomplir de nouveaux efforts pour protéger les droits de la famille, qui est « l’élément naturel et fondamental de la société »

Bâtir la paix dans la justice, c’est le devoir de tous et chacun

La paix pour tous naît de la justice de chacun. Nul ne peut se soustraire à un devoir d’une importance si déterminante pour l’humanité. Ce devoir concerne tout homme et toute femme selon leurs compétences et leurs responsabilités.

J’en appelle tout d’abord à vous, Chefs d’état et Responsables des nations, car c’est à vous qu’est confiée la tâche suprême de veiller sur l’état de droit dans vos pays. Remplir une mission si haute n’est certes pas facile, mais cela constitue l’un de vos premiers devoirs. Puissent les réglementations des Etats que vous servez constituer pour les populations une garantie de justice et un stimulant pour un développement constant de la conscience civique.

Bâtir la paix dans la justice requiert en outre la participation de toutes les catégories sociales, chacune dans son domaine propre et en harmonie avec les autres composantes de la communauté.

En particulier, je vous encourage, vous les enseignants, engagés à tous les niveaux de l’instruction et de l’éducation des nouvelles générations : formez-les aux valeurs morales et civiques, leur inculquant un sens aigu des droits et des devoirs, en commençant dans le cadre même de la communauté scolaire. Eduquer à la justice pour éduquer à la paix, c’est là l’un de vos premiers devoirs.

Dans la démarche éducative, la famille est irremplaçable, car elle reste le milieu privilégié de la formation humaine des nouvelles générations.

De votre exemple, chers parents, dépendent en grande partie les dispositions morales de vos enfants : ils les acquièrent en fonction du style de rapports que vous instaurez à l’intérieur et à l’extérieur du noyau familial. La famille est la première école de la vie et ce que l’on y reçoit est décisif pour le développement futur de la personne.

A vous, enfin, jeunes du monde entier qui aspirez spontanément à la justice et à la paix, je dis : gardez toujours vivante en vous la recherche de ces idéaux, et ayez assez de patience et de ténacité pour les poursuivre dans les conditions concrètes où vous vivez.

Soyez prêts à repousser les tentations d’emprunter les chemins illégaux conduisant aux mirages du succès ou de la richesse ; ayez au contraire le goût de ce qui est juste et vrai, même quand s’en tenir à cette règle exige des sacrifices et engage à aller à contre-courant.

C’est ainsi que « de la justice de chacun naît la paix pour tous ».

L’Esprit Saint à l’œuvre dans le monde

Avec le premier dimanche de l’Avent a commencé la deuxième année de préparation immédiate au grand Jubilé de l’an 2000, consacrée à l’Esprit Saint. L’Esprit d’espérance est à l’oeuvre dans le monde. Il est présent dans le service désintéressé de ceux qui travaillent aux côtés des marginaux et des personnes qui souffrent, de ceux qui accueillent les immigrés et les réfugiés, de ceux qui, avec courage, refusent de rejeter une personne ou un groupe entier pour des motifs ethniques, culturels et religieux ; il est présent en particulier dans l’action généreuse de ceux qui, avec patience et constance, continuent à promouvoir la paix et la réconciliation entre les adversaires et les ennemis d’hier.

Ce sont là autant de signes d’espérance qui encouragent à rechercher la justice qui conduit à la paix.

Le cœur du message évangélique, c’est le Christ, paix et réconciliation pour tous. Puisse son visage éclairer la marche de l’humanité qui s’apprête à franchir le seuil du troisième millénaire !

Puissent devenir des dons pour tous, sans aucune distinction, sa justice et sa paix !

Alors le désert deviendra un verger,
un verger qui fait penser à une forêt.
Dans le désert s’établira le droit
et la justice habitera le verger.
Le fruit de la justice sera la paix,
et l’effet de la justice
repos et sécurité à jamais.

(Is 32,15-17)

 
Jean Paul II

Pape de 1979 à 2005, canonisé le 27 avril 2014 par le pape François.

Jean Paul II

Pape de 1979 à 2005, canonisé le 27 avril 2014 par le pape François.

(re)publié: 01/01/1998