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Le texte biblique

Quelle Bible choisir ?

« Nous démarrons un groupe biblique. Quelle Bible faut-il utiliser ? Est-il nécessaire que tout le monde ait la même ? On nous a dit que certaines traductions ne sont pas exactes. Est-ce vrai ? »
M. Jean B., Toulouse, France

« Quelle Bible faut-il recommander à un débutant ? »
Mme Irène M., Le Mans, France

On nous pose souvent ce genre de questions et il est bien difficile d’y répondre. Une chose est claire : il n’y a pas de Bible idéale. Aucune traduction n’est « exacte ». Il est impossible en effet de restituer dans une langue toutes les subtilités d’une autre langue. Cela dit, il y a quand même des traductions qui sont meilleures que d’autres. Il y a également des formats qui sont plus adaptés que d’autre. Pour la mettre dans son sac à dos pendant le tour du mont Blanc à pied on choisira une autre Bible que pour la mettre sur le lutrin de l’église. C’est évident ! De même, dans un groupe biblique, on choisira de préférence une Bible qui comporte de nombreuses notes plutôt qu’une Bible qui ne comporte que le texte brut.

Est-il nécessaire d’avoir la même Bible ? Nullement. Bien au contraire, la comparaison de différentes traductions peut être enrichissante. Par contre, pour la Lectio divina, il est souhaitable de prendre la même version.

Quelle traduction prendre ? Pour un groupe biblique (surtout s’il est œcuménique) la TOB semble s’imposer. Respect du texte original, rigueur de la traduction. Mais certaines notes ont vieilli et le texte est un peu rugueux pour une lecture publique.

Pour la qualité littéraire on peut recommander la très belle traduction effectuée sous la direction de E. Dhorme dans La Pléiade (en ce qui concerne l’Ancien Testament du moins ; la traduction du Nouveau Testament effectuée pourtant par un grand poète, J. Grosjean, est moins heureuse). Dans le même ordre d’idées la vieille traduction (1973) du chanoine Osty n’a rien perdu de son charme. Ceux qui sont sensibles au rétro peuvent même se délecter de la Bible de Le Maistre de Sacy, parue dans la collection Bouquins. Pour ceux qui veulent être dépaysés rien ne vaut la Bible de Chouraqui : son français est de l’hébreu.

Mais il faut surtout mentionner ici la Bible de Jérusalem. Mise en chantier en 1946, elle a été révisée en 1973 et en 1998. Elle se présente actuellement dans les librairies sous une forme nouvelle. Les modifications touchent aussi bien le texte lui-même que l’ensemble de l’appareil critique (introductions, références et notes). Les principaux changements concernent le Pentateuque (les notes tiennent compte de l’état actuel de la recherche qui a beaucoup progressé dans ce domaine) ; les lettres de saint Paul (beaucoup moins misogyne qu’une mauvaise lecture a voulu le présenter) ; I’épître aux Hébreux (la structure d’ensemble de l’œuvre est présentée de façon très éclairante). Enfin, et c’est son plus grand mérite, elle garde une belle qualité littéraire et on a grand plaisir à la lire.

La Bible en français courant vise un public qui ne possède qu’un vocabulaire réduit. Elle est très utile pour une pastorale biblique en milieu défavorisé. Mais un « débutant » n’appartient pas nécessairement à ce milieu.

La Bible pastorale qui reprend la traduction (revue et corrigée) des moines de Maredsous peut se révéler utile. La présentation est élégante avec de sobres indications de lecture en marge. Originalité : un appendice indique l’utilisation des textes dans la liturgie chrétienne (aussi bien romaine que byzantine) mais également juive.

Une présentation

Bible pastorale, Brépols, Turnhout, 1997

Voici l’ancienne Bible de Maredsous, déjà révisée par le P. Passelecq en 1968, accompagnée de plusieurs éléments nouveaux : une introduction générale, avec 6 cartes et une chronologie, de brèves introductions à chaque livre biblique, des notes pastorales et exégétiques tout au long du texte, un lexique d’une cinquantaine de pages et enfin des tables liturgiques.

Les notes pastorales, qui justifient le nom de cette Bible, sont bien mises en valeur dans la grande marge de gauche, en caractères gras. A la différence des notes exégétiques, en bas de page, qui donnent des informations littéraires, historiques, géographiques, ces notes pastorales proposent, en quelques lignes, un résumé et une interprétation du passage. Elles suggèrent parfois aussi des pistes de réflexion pour notre époque. Leur perspective est plutôt celle de Vatican II, avec son souci de présenter la révélation du Dieu d’amour comme une bonne nouvelle pour tous les hommes ; la foi et la morale chrétienne appellent à une relation de confiance en Dieu et à certaines valeurs humanistes, contre les forces du mal. Ces notes sont évidemment plus fréquentes dans le Nouveau Testament et dans certains livres de l’Ancien.

Certaines de ces notes pastorales s’achèvent par des renvois à des textes de référence citant les passages bibliques concernés : ce sont les textes du concile Vatican II, le Catéchisme de l’Eglise catholique, et deux grands documents du Conseil Œcuménique des Eglises (Baptême, Eucharistie, Ministère, et Confesser la Foi Commune). Ces références se trouvent surtout dans le Nouveau Testament ; elles suggèrent des pistes de lecture d’intérêt très inégal... à la mesure de l’utilisation de la Bible dans l’enseignement de l’Eglise.

En fin de volume, les longues tables liturgiques indiquent quelles sont les lectures bibliques dans la liturgie juive (pour les sabbats et fêtes), dans la liturgie byzantine (pour chaque jour) et dans la liturgie catholique (les différents lectionnaires, y compris les sacrements et rituels, les “diverses circonstances”, et les messes votives). Enfin une table inverse rassemble tous ces emplois suivant l’ordre biblique des textes ; ce qui permet une foule d’observations : entre autres, elle atteste la diversité des lectures juives et chrétiennes du Premier Testament et les différences de leurs centres de gravité : le Pentateuque pour les juifs ; les Prophètes et les Sages pour les chrétiens. Dans le Nouveau Testament, la complexité des divers cycles de lecture (dimanches, semaines, etc.) et des deux calendriers (catholique et byzantin) rend plus difficiles les comparaisons.

A la dernière page de cette Bible figure une liste de références de 77 textes de l’Ancien Testament et 33 du Nouveau Testament ; ils sont considérés comme des “clefs de lecture” pour découvrir l’essentiel de la Bible, en dehors des psaumes et des évangiles. Certains de ces choix sont surprenants, par exemple Gn 23 (l’achat de la tombe de Sara) et non Gn 22 ; Gn 49 (les bénédictions de Jacob) ; 2S 1 (l’élégie de David sur Saul et Jonathan) ; Ac 7 (le discours d’Étienne) ; Rm 9-11 (Israël dans l’histoire du salut) etc. Mais tant mieux si cela peut encourager à lire des textes moins connus parce que difficiles !

Dans cette Bible, quelques habitudes catholiques discutables ont été maintenues :
- Les Psaumes sont d’abord numérotés selon la Vulgate, puis selon l’hébreu (probablement à cause du lectionnaire liturgique).
- Pour le Siracide, la tradition et la numérotation des versets sont celles de la Vulgate.
- Dans le livre de Tobie, les principales additions de la Vulgate sont citées en note.

A la différence des autres bibles catholiques modernes, les références bibliques comportent un point et non une virgule entre le numéro du chapitre et celui du verset : cette originalité est-elle bien utile ?

Les lecteurs initiés à la Bible seront étonnés de trouver des affirmations suspectes, comme les quatre traditions du Pentateuque, avec la datation du Yahviste au temps de Salomon (p. 4). Divers points de détails appelleraient des corrections. En Gn 2, 23, ishsha (femme) n’est pas le féminin de ish (homme), mais forme avec lui un jeu de mots. Faire des Chroniques et d’Esdras-Néhémie un “unique ouvrage” est difficile : la dualité des auteurs est devenue évidente.

Quelques regrets aussi du côté de la typographie. En général, on suppose que le lecteur a une bonne vue : le texte biblique en prose est disposé en une seule colonne très large et non en deux petites. Le lexique est imprimé en corps très petit. Il faut même une loupe pour consulter trois des cartes de l’introduction, franchement illisibles (p. 21, 23 et 26).

Concluons : Cette Bible est-elle vraiment « pastorale » ? Se prête-t-elle à un usage commode en catéchèse, en liturgie, dans un groupe de prière ? Oui et non. Les notes forment ici une sorte de guide de lecture continue : elles fournissent explications et interprétations (comme dans quelques autres Bibles), mais sans devenir une prédication (comme dans la Bible des Communautés chrétiennes). Le lecteur attend d’être accompagné, guidé, éclairé sur tout ce qui le fait buter ; il trouvera ici de bons éléments, mais restera souvent sur sa faim, surtout s’il n’est pas déjà initié à la lecture de la Bible. Le lexique est volumineux, mais il faut aller le consulter de sa propre initiative. Et même là, bien des questions fondamentales ne sont pas abordées de manière pédagogique. Cette Bible me semble s’adresser plutôt à des croyants adultes, nourris d’une catéchèse et bien insérés dans la tradition et la liturgie catholiques. Il reste encore fort à faire pour rendre la Bible plus accessible aux croyants, jeunes et adultes, qui ne la fréquentent guère.

 
Joseph STRICHER

Prêtre du diocèse de Metz et exégète.
Directeur du Service Bible Evangile et Vie. († 16/12/2015)

(re)publié: 01/09/2005
1ère public.: 31/08/2002