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Pierre, Thomas, Philippe...

Trois apôtres - et pas des moindres ! Trois compagnons de Jésus que St Jean met en scène dans cette longue méditation de la fin du chapitre 13 et du chapitre 14 de son évangile... Trois apôtres qui, manifestement, ont bien du mal à comprendre les propos de Jésus... Trois apôtres qui, je crois, nous ressemblent étonnamment !

Il y a Pierre, tout d’abord.

Il pose une question simple à Jésus : « Seigneur, où vas-tu ? » Mais Jésus a la manie de ne pas répondre directement aux questions... et il faudra un peu plus tard que Thomas revienne à la charge pour que les apôtres obtiennent enfin cette réponse de Jésus : « Je pars vers le Père ».

Pierre ne comprend pas. Jésus a beau lui dire que lui, Pierre, est pour l’instant incapable de le suivre, il démarre au quart de tour et, confiant dans ses propres forces, sûr de lui-même, il dit à Jésus : « Pourquoi ne puis-je te suivre maintenant ? Je donnerais ma vie pour toi ! » Malgré toute sa fougue et sa sincérité, Pierre n’a pas encore compris que seul le Ressuscité peut nous donner la force nécessaire pour le suivre. Lui qui nous a précédés doit revenir nous chercher pour nous prendre avec lui, nous entraîner dans son sillage : « Quand je serai allé vous préparer une place, je reviendrai vous prendre avec moi. »

Pierre n’avait pas encore fait l’expérience de sa lâcheté, de son reniement, de son péché. N’ayant pas encore touché du doigt sa propre infidélité, il ne soupçonnait pas encore la difficulté du chemin. N’ayant pas encore pleuré sur son péché, il ne savait pas encore ce qu’était l’amour de Dieu.

Seul un pécheur, et un pécheur pardonné, peut bien parler de Dieu... Seul un aveugle peut accepter de se laisser réellement guider par un autre... Personne ne trouve tout seul le chemin qui mène au Père... Personne ne peut, par ses propres forces, avancer sur ce chemin. Il nous faut l’Esprit du Ressuscité !

Frères chrétiens, une première conversion nous est offerte aujourd’hui : l’apôtre Pierre nous apprend en effet comment nous pouvons être les pierres vivantes de l’église : en accueillant comme un don la grâce du Ressuscité qui, seul, préside à la construction de son église.

Il en résulte que nous ne pouvons pas prétendre construire l’église, si nous ne prions pas. Nous ne pouvons pas prétendre construire l’église, si nous n’accueillons pas la puissance de vie du Ressuscité dans ses sacrements. Nous ne pouvons pas prétendre construire l’église, si nous ne reconnaissons pas le travail de l’Esprit-Saint, qui ne nous a pas attendus pour travailler dans le coeur des hommes !

Il y a sans doute là pour nous une première conversion à faire...

Après l’apôtre Pierre, c’est au tour de Thomas d’intervenir... un Thomas un peu agacé par tout ce mystère... au point qu’il ne peut s’empêcher de dire à Jésus : « Tout cela, c’est bien gentil, mais pour s’engager sur un chemin, encore faut-il savoir où l’on va ! Nous ne savons même pas où tu vas, comment veux-tu que nous en connaissions le chemin ? » ... Logique, le Thomas !

La réponse de Jésus bouscule une fois de plus notre logique : « Je suis le chemin, la vérité, la vie. » Cela veut dire : ne rêvez pas. N’espérez pas prendre une autre voie que la mienne pour me rejoindre. D’ailleurs, celui qui suit mes traces me côtoie avant même de m’avoir rejoint ! Car je ne suis pas seulement la Vérité qui vous attend au bout du chemin, ni seulement la Vie dans laquelle vous entrerez au terme de votre histoire... Je suis encore le Chemin qui mène à l’une et à l’autre !

Oui, avec Thomas, une deuxième conversion nous est proposée : s’il est vrai qu’on ne va à Dieu que par Dieu, s’il est vrai qu’on ne découvre Dieu qui est Amour qu’en s’engageant soi-même dans l’amour du prochain, il nous faut, pour construire l’église, progresser dans l’amour du prochain.

Après Pierre et Thomas, il faut pour finir évoquer, même brièvement, Philippe.

Car même si, pas plus que les premiers, il ne comprend grand chose aux paroles de Jésus, son bon sens et sa naïveté me le rendent éminemment sympathique.

« Depuis le temps que tu nous parles de ton Père, dit-il à Jésus, le plus simple serait que tu nous le montres... Montre-nous le Père, et ça nous suffit ! On ne t’en demande pas davantage ! »

J’aime à croire que Jésus avait assez d’humour et d’affection pour Philippe pour sourire d’une telle naïveté... Mais il est vrai que sa réponse - « qui m’a vu a vu le Père » - est et demeurera toujours pour nous le point central de notre foi.

Pour connaître l’Inconnaissable, Celui que nul homme n’a jamais vu, Jésus livre à ses disciples du connu, à savoir sa propre existence à lui, cet ami qu’ils ont côtoyé depuis quelques temps déjà, avec qui ils ont pêché sur le lac de Tibériade, avec qui ils ont mangé et bu, avec qui ils ont marché sur les routes et chemins de Palestine. Comme sur la route d’Emmaüs, Jésus invite ses disciples à changer de regard pour relire leur passé : « Depuis si longtemps que je suis avec toi, Philippe, et tu ne me connais pas ? »

Il se pourrait bien que le Seigneur adresse à chacun de nous la même question : « Tu dis ne pas me connaître ? ... mais, regarde là où je t’ai conduit au fil des mois et des années ! Regarde ce que j’ai fait de ta vie ! Il y a si longtemps que je suis avec toi, et tu ne me connais pas ! »

Entrons ensemble dans l’eucharistie du Seigneur : avec Pierre, dépouillons-nous de toute suffisance : ce n’est pas nous qui sommes les maîtres d’œuvre de la construction de l’Eglise ; c’est Dieu !

Et puis, avec Thomas et Philippe, vérifions que nous ne reléguions pas le Christ à l’horizon de notre vie, Lui qui est non seulement la Vérité et la Vie, mais encore le Chemin qui y mène !


Philippe LOUVEAU
 
(re)publié: 01/06/2018
1ère public.: 30/11/2000