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Lire l’évangile de Luc

Avec le temps de l’Avent commence une nouvelle année liturgique au cours de laquelle l’Eglise catholique et une bonne partie des églises protestantes nous proposent de lire l’évangile de Luc. Cet évangile est séduisant, composé par l’un des conteurs les plus doués de la Bible. Qui est-il ? Nous ne le savons pas. Les écrivains de l’Antiquité ne signaient pas leurs textes. Mais une tradition fort ancienne dit qu’il s’agit de Luc, le « cher médecin » mentionné par Paul dans sa lettre aux Colossiens (Col 4,14). Certains commentateurs pensent que Luc a accompagné Paul dans ses voyages et qu’il a tenu un journal de bord. L’hypothèse est séduisante, mais impossible à vérifier. On peut être sûr par contre que l’auteur du troisième évangile est le même que celui des Actes des Apôtres. Les deux textes sont les tomes un et deux d’un ouvrage adressé à Théophile.

Un livre dédicacé

L’évangile de Luc comporte une dédicace très instructive qui est une véritable chaîne de transmission. Tout commence par des témoins oculaires qui ont accompagné Jésus depuis les origines. Ils ont participé à la vie publique de Jésus. L’évangéliste n’écrit pas un roman. Il relate des faits réels qui se sont déroulés quelque part en terre d’Israël. Mais il ne le fait pas à la manière d’un journaliste, à chaud. Il écrit ce que des témoins racontent et interprètent. Il consulte également des écrits. Combien y en a-t-il ? Qui les a composés ? Nous ne le savons pas, mais, en lisant le texte de Luc, nous nous rendons compte que l’auteur a repris presque l’intégralité de l’évangile de Marc. Il a repris également des discours de Jésus qui ne sont pas dans Marc mais qu’on peut lire en Matthieu. Luc et Matthieu ont probablement puisé dans un document commun que Marc ignorait. Luc rapporte enfin des actes et des discours de Jésus qu’on ne trouve nulle part ailleurs et qui constituent un tiers de son évangile.

Cher Théophile

Qui est Théophile ? Ne s’agirait-il pas d’un personnage inventé, un lecteur idéal en quelque sorte. En grec, langue dans laquelle l’évangile a été écrit, le mot Théophile signifie en effet « ami de Dieu ». Tout un programme pour un lecteur. Mais on peut penser également que Théophile est un personnage réel, de rang social assez élevé, qui a été le sponsor de Luc et qui lui a fourni le parchemin et l’encre ainsi que le scribe. Luc lui fait un récit ordonné pour le conforter dans sa foi. Voilà une clé essentielle pour comprendre le texte. Il est écrit après Pâque par un croyant qui s’adresse à un autre croyant. La lumière de Pâque est omniprésente dans le texte. Elle l’irradie de l’intérieur.

Finalement, même s’il est dommage que nous ne puissions pas mettre un visage sur l’écrivain et le premier destinataire de ce message de bonheur (tel est le sens du mot évangile) nous pouvons, sans difficulté, nous identifier à Théophile, l’ami de Dieu.

Un récit ordonné

Le plan de l’évangile est simple. Après la dédicace, les 4 premiers versets, commence l’évangile de l’enfance. Luc y raconte l’annonce de la naissance puis la naissance proprement dite de deux enfants : Jean-Baptiste et Jésus. Il entrelace la trame de deux destinées. Cette façon d’écrire était courante au premier siècle. Pensons aux « Vies parallèles » de Plutarque. Le lecteur peut ainsi comparer deux personnages, faire des rapprochements, saisir également les différences. Dans l’évangile, nous comprenons facilement la supériorité de Jésus sur Jean-Baptiste. Nous découvrons également dans les deux premiers chapitres tous les qualificatifs de Jésus. Par la voix d’envoyés célestes ou d’êtres humains inspirés par l’Esprit Saint, nous apprenons que Jésus est Fils de Dieu, Christ, Sauveur, Seigneur. L’évangile de l’enfance joue le rôle d’un lever de rideau. Tous les thèmes développés par la suite y sont déjà suggérés.

Vient la vie publique de Jésus en Galilée (Lc 2,1 à Lc 9,50). Luc nous raconte de nombreuses guérisons. Il nous montre comment Jésus s’attaque aux forces du mal et sauve malades et pécheurs. Cette partie comporte peu de discours sauf les Béatitudes et la parabole du semeur.

A partir de Lc 9,51 commence la troisième partie. Jésus entame un grand voyage à Jérusalem, la ville de son destin. Nous y trouvons les principales paraboles de Jésus. Beaucoup d’entre elles ne figurent que dans l’évangile de Luc. A part une brève halte dans la maison de Marthe et de Marie, Jésus marche sans arrêt, emmenant ses disciples à sa suite et les initiant à l’apostolat.

La quatrième partie débute par l’arrivée de Jésus à Jérusalem (Lc 19,29). Elle se déroule entièrement dans la capitale. Jésus fait une entrée royale dans la ville, prend possession du Temple et entreprend d’y enseigner. Des vagues successives d’opposants se présentent devant lui et cherchent à le prendre au piège.

Au début du chapitre 22 (Lc 22,1), Satan vient frapper les trois coups de la passion. Le procès, la condamnation et l’exécution de Jésus sont décrits comme l’assassinat d’un juste. Jésus meurt d’une mort exemplaire en pardonnant à ses bourreaux.

Le chapitre 24 conclut l’évangile. Il est le récit des événements du jour de Pâque avec les femmes au tombeau, les disciples d’Emmaüs, l’apparition aux disciples et l’ascension de Jésus. Le livre se termine là où il a commencé, à Jérusalem. Le tome deux, les Actes des Apôtres, commence au même endroit, mais s’achève à Rome. Il raconte comment l’œuvre de salut entreprise par Jésus est continuée par sa communauté poussée par le souffle de l’Esprit envoyé par le Ressuscité d’auprès du Père.

Bonne lecture.

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(re)publié: 30/11/2000