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Études spécialisées

Les grandes batailles de Qumrân

Depuis leur découverte il y a une cinquantaine d’années, les manuscrits de Qumrân ont autant provoqué la curiosité du public que l’intérêt de la recherche scientifique. Pourquoi ? D’où vient cette passion qui pousse tant de chercheurs de nationalités et de sensibilités différentes à s’acharner sur ces milliers de petits fragments récupérés au fond des grottes pour tenter d’en dévoiler les secrets ?

Au moment où naissait l’Etat d’Israël, après la catastrophe de l’Holocauste, surgissaient du désert des témoins directs de la vie et de la pensée de ces juifs contemporains de la période qui marqua le plus profondément la pensée de l’Occident : celle de la naissance du christianisme mais aussi celle qui verra s’opérer la grande transformation du judaïsme biblique dont surgira le judaïsme des rabbins.

Selon les premières annonces, toute une bibliothèque de textes religieux contemporains du deuxième temple était en train d’être récupérée, et chaque morceau acheté aux bédouins ou retrouvé par les archéologues apportait une nouvelle lumière sur cette période. L’époque de rédaction de ces documents était antérieure et ils étaient tous conservés dans leur langue d’origine, sans les modifications (pour ne pas dire tergiversations) qu’exige nécessairement le passage dans une autre culture, libres donc de toute intervention des orthodoxies postérieures.

Ces documents promettaient de saisir sur le vif les grandes transformations, jusque-là restées énigmatiques, de la pensée religieuse à cette période-clé. Et parce que ces manuscrits étaient censés être antérieurs au processus par lequel furent fixées les écritures saintes des deux grandes religions, ils allaient nous permettre aussi de comprendre pourquoi certains écrits avaient été choisis plutôt que d’autres, comment s’était établi le texte sacré, comment s’était formé le canon de la Bible. Au fond, ces manuscrits permettaient de réécrire l’histoire de la pensée religieuse de l’Occident, parce qu’ils pouvaient mener à redécouvrir les sources du christianisme et à retrouver le judaïsme originaire d’avant la catastrophe. Et pour l’Etat qui était en train de naître après tant de siècles en tant qu’héritier de l’ancien Israël, quel meilleur cadeau que ces témoins directs d’une époque antérieure à la destruction de l’Etat juif par les Romains ? Rien d’étonnant alors, devant l’ampleur des enjeux soulevés, que l’histoire de la recherche qumrânienne de ces cinquante dernières années se lise comme une succession de batailles entre savants, comme une guerre dans laquelle tous les coups seraient permis.

De quand datent les manuscrits ?

La question de l’authenticité des manuscrits fut assez rapidement réglée. Le souvenir de l’affaire Sapira (un antiquaire de Jérusalem qui avait presque réussi à vendre au British Museum un faux manuscrit biblique et qui, une fois démasqué, avait fini par se suicider) était encore trop frais dans les mémoires pour que les nouveaux manuscrits fussent accueillis sans soupçon. Mais assez vite, dès la première campagne de fouilles de la Grotte 1 en 1951, les preuves de leur authenticité furent livrées : des recherches archéologiques scientifiquement contrôlées permettaient de découvrir quelques fragments provenant des mêmes manuscrits que ceux achetés aux bédouins, prouvant ainsi l’authenticité des pièces achetées.

La bataille de leur datation, en revanche, fut plus longue à gagner. Très tôt, une première preuve de l’antiquité globale des manuscrits avait été fournie par l’archéologie, qui avait livré l’âge de la céramique qui leur était associée (jarres, lampes à huile, etc.) et par l’analyse au carbone 14 des résidus organiques des ruines de Qumrân et des tissus qui enveloppaient certains documents.

Les manuscrits eux-mêmes étaient trop précieux pour être soumis à cette analyse, qui aurait exigé leur destruction. Leur datation reposait fondamentalement sur l’analyse paléographique, dont la précision était contestée par un certain nombre de chercheurs. C’est seulement à partir de 1987, avec le développement de nouvelles techniques d’analyse spectrométrique, qui n’exigent qu’une quantité infinitésimale de matière, que de nouveaux tests ont été entrepris. Les investigations effectuées par des laboratoires de Zurich et Tel Aviv en 1991 et par l’Université d’Arizona en 1994 sur plus de cinquante manuscrits ont confirmé avec une précision étonnante la datation proposée par la paléographie et prouvé incontestablement l’âge des manuscrits : tous avaient été copiés avant la destruction de Jérusalem par les Romains, et leur grande majorité provenait des 2e et 1er siècles avant J.C.

A qui les attribuer ?

Une bataille plus longue, et pas encore tout à fait terminée, a été celle de l’origine des manuscrits. Beaucoup d’identifications de première heure (avec les caraïtes médiévaux, avec des zélotes, voire avec des judéo-chrétiens) furent définitivement abandonnées après que la datation des manuscrits se fut montrée incompatible avec ces identifications. Il est vrai que certains champions de l’identification avec des groupes chrétiens (comme R. Eisenman ou B. Thiering) continuent à postuler cette thèse, avec plus d’imagination que de rigueur scientifique, mais l’évidence est incontournable : le cadre historique des protagonistes des événements dont nous parlent les manuscrits de Qumrân n’est pas celui de la révolte contre Rome au 1er siècle de l’ère chrétienne, mais les 2e et 1er siècles avant J.C.

Le travail de pionnier de Dupont-Sommer, et d’autres savants des années cinquante, avait fait pencher la balance de façon décisive en faveur des Esséniens comme étant le groupe juif avec lequel la communauté de Qumrân présentait la plus grande affinité. Ces travaux avaient tracé une série impressionnante de parallèles entre les descriptions des Esséniens faites par des auteurs classiques (comme l’historien juif Flavius Josèphe et le philosophe juif Philon d’Alexandrie) et les éléments caractéristiques de la communauté décrits dans les manuscrits.

La force de la démonstration était telle que pendant presque trente ans, l’hypothèse essénienne fut considérée presque comme un dogme et elle est encore aujourd’hui la plus répandue. Mais cette hypothèse, qui permettait d’expliquer les données apportées par les premiers manuscrits publiés, notamment ceux de la grotte 1, ne suffit pas à expliquer l’ensemble des données depuis que les trésors de la grotte 4, avec sa grande diversité de manuscrits, sont devenus accessibles.

N. Golb a essayé de résoudre le problème en sevrant tout rapport des manuscrits avec les ruines de Qumrân (qu’il identifie comme une forteresse) et avec la communauté qumrânienne (dont il nie l’existence). Pour lui les manuscrits proviendraient des diverses bibliothèques de Jérusalem, et auraient été déposés là en sécurité devant l’avancée de l’armée romaine, conservant ainsi les écrits de tous les courants confondus du judaïsme de la période du deuxième Temple. Selon lui, ces textes représentaient l’ensemble de la production littéraire du judaïsme de l’époque.

Cette interprétation se heurte à une série de difficultés insolubles, et elle a été, avec raison, rejetée par l’ensemble des chercheurs : Qumrân n’est pas une forteresse, et son type de construction ne ressemble en rien aux forteresses hasmonéennes ou hérodiennes de la région ; le rapport entre les grottes (particulièrement la grotte 4) et les ruines de Qumrân a été prouvé par l’archéologie ; les diverses grottes contiennent le même type de manuscrits, souvent les mêmes compositions, et copiées par les mêmes scribes ; et malgré la diversité réelle du contenu des manuscrits, il n’y en a pas parmi eux un seul qui puisse être identifié comme une oeuvre pharisienne, le groupe le plus puissant et le plus grand dans le judaïsme de l’époque.

L. Schiffman, de son côté, a souligné avec force les affinités de certaines prescriptions légales de documents provenant de la grotte 4 avec la halakhah des Sadducéens et postule une origine sadducéenne et non pas essénienne à la communauté, qui aurait été fondée par des prêtres sadducéens dissidents, en désaccord avec la façon dont était célébré le culte du Temple de Jérusalem. Mais ces affinités, réelles mais très rares et limitées aux domaines de la pureté et de la halakhah rituelles, n’expliquent pas d’autres positions halakhiques non sadducéennes bien plus abondantes et ne donnent pas raison sur les éléments d’organisation communautaire qui apparaissent dans les écrits de la communauté de Qumrân. Elles sont aussi contredites par certaines idées théologiques figurant dans les manuscrits comme la croyance dans la prédestination et aux anges, explicitement niés par les Sadducéens aux dires de Flavius Josèphe.

A mon avis, l’hypothèse qui permet le mieux de fournir une explication en respectant la totalité des données aujourd’hui connues est celle désignée comme « l’hypothèse de Gröningen ». Celle-ci distingue clairement les origines des Esséniens et les origines de la communauté de Qumrân. Celles des Esséniens doivent être cherchées dans la tradition apocalyptique palestinienne des 3e-2e siècle av. J.C., alors que les origines de la communauté de Qumrân se trouvent à l’intérieur du mouvement essénien vers la fin du 2e siècle av. J.C. La communauté serait née d’une rupture à l’intérieur du mouvement et le protagoniste de cette scission serait le personnage que les textes nomment le Maître de Justice suivi par un petit groupe de fidèles parmi lesquels un bon nombre de prêtres.

Les motifs de la rupture, telle qu’elle apparaît dans les textes qumrâniens furent d’une part une interprétation particulière des normes de la Torah par rapport au calendrier, au Temple et à la ville sainte, et des normes de pureté concernant le culte, les personnes et les objets, et d’autre part une forte attente eschatologique dans laquelle le présent est perçu comme « la fin des jours ». Cette hypothèse permet d’expliquer à la fois les nombreux éléments esséniens des textes qumrâniens et aussi les nombreuses différences, et cela au niveau de l’organisation communautaire, au niveau de l’interprétation du texte biblique, au niveau de la halakhah et de la théologie.

Qui a accès aux manuscrits ?

La dernière bataille retentissante a été celle de l’accès libre à tous les matériaux. Si les controverses que l’on vient d’évoquer s’étaient déroulées dans le domaine restreint des publications de recherche spécialisée, cette dernière bataille s’est livrée dans les pages des journaux de grande diffusion. Elle concerne essentiellement les matériaux de la grotte 4 et a été, elle aussi, récemment gagnée.

Le 21 octobre 1991, les autorités archéologiques d’Israël décidèrent de donner libre accès à tous les manuscrits, y compris ceux encore inédits. Cette décision était rendue inévitable après la décision de la Huntinton Library le 22 septembre de la même année de mettre à la disposition du public les copies des manuscrits qu’elle possédait, ainsi qu’après la publication aux états-Unis, toujours en 1991, d’une édition « pirate » de la majorité des photographies des manuscrits.

Les résultats de la décision israélienne ont été d’une part la parution d’une édition complète en microfiches de toutes les photographies des manuscrits en 1993 (et dans un CD-Rom en 1997), et d’autre part l’accélération de publication des textes dans la série officielle Discoveries in the Judaean Desert : sept volumes ont été publiés ces trois dernières années (1994-96), contre sept volumes parus en vingt-sept ans de recherche (entre 1955 et 1982).

Pour comprendre les enjeux de cette dernière bataille, éclaircissons la question de la propriété des matériaux. Un principe fondamental de l’archéologie au Moyen Orient veut que les trouvailles archéologiques soient partagées, après négociations, entre l’état et l’institution qui réalise et finance les recherches. Ce principe fut appliqué aux fouilles de Qumrân et des grottes, réalisées par le Département d’archéologie de l’état jordanien, par le Musée archéologique palestinien (PAM) et par l’école biblique et archéologique française (EBAF) de Jérusalem, mais aussi aux manuscrits achetés aux bédouins par le PAM et par l’EBAF. Or, pour les acheter, le PAM et l’EBAF avaient sollicité la contribution de plusieurs institutions de divers pays comme le Vatican, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne ou les états-Unis. En contrepartie, une part proportionnelle des manuscrits achetés grâce à ces fonds devenait la propriété de ces institutions et, après leur publication, devait leur être transférée. C’est pourquoi, selon ces accords, les matériaux de la grotte 1 se trouvent aujourd’hui dispersés, une partie au Musée d’Amman, une partie au PAM, une autre partie encore à la Bibliothèque nationale de France, et parmi les matériaux de la grotte 4, publiés en 1968, le Pesher de Nahum se trouve à la bibliothèque de l’Université de Heidelberg et la Femme Folle à l’Université de Chicago...

De son côté, en 1961, l’Etat jordanien avait déclaré propriété nationale tous les manuscrits provenant de Qumrân qui se trouvaient encore au PAM et avait interdit leur sortie du pays. En échange, il accordait aux institutions propriétaires les droits exclusifs de publication des matériaux. Ces droits furent confiés aux membres de l’équipe internationale d’édition formée par les chercheurs envoyés à Jérusalem par les institutions impliquées afin de préparer la publication des manuscrits qui leur appartenaient. En 1966, la Jordanie nationalisa le PAM qui, comme le reste de la partie est de Jérusalem, tomba aux mains d’Israël pendant la guerre des Six Jours. Dès lors, les autorités archéologiques d’Israël administrent le PAM et se portent garants des droits acquis précédemment, y compris les droit exclusifs de publication des manuscrits de Qumrân. Ces questions d’exclusivité de publication résultaient donc des droits précédents de possession, qui réservaient l’accès aux manuscrits encore inédits aux chercheurs de l’équipe internationale chargés de leur publication. L’impatience du public devant le retard de la publication intégrale des textes, la frustration de certains chercheurs de ne pas avoir accès à des manuscrits dont on connaissait l’existence, et une campagne de presse habilement menée par la Biblical Archaeology Review, finirent par convaincre les autorités archéologiques israéliennes d’autoriser le libre accès à tous les manuscrits.

Les résultats de cette décision ne se sont pas fait longtemps attendre : pour la première fois depuis cinquante ans, des traductions plus ou moins complètes de tous les manuscrits ont été publiées dans plusieurs langues, offrant une vision d’ensemble de l’extraordinaire bibliothèque accumulée par la communauté de Qumrân pendant ses deux siècles d’existence. Il est vrai que personne ne peut prétendre que nous disposons de la totalité du fonds de cette bibliothèque. Nos connaissances seront toujours limitées et partielles. Mais la récente disponibilité de tous les manuscrits récupérés permet une vision d’ensemble et un nouveau regard sur les textes qumrâniens, y compris ceux déjà connus depuis longtemps : cette vue d’ensemble a déjà changé la perspective dans laquelle nous lisons aujourd’hui les écrits sectaires, les plus caractéristiques du groupe qumrânien. Et elle a changé aussi le poids relatif de ces écrits sectaires par rapport à l’ensemble de la collection.

Une idéologie sectaire ?

Les éléments apocalyptiques contenus dans les écrits sectaires continuent à être fondamentaux pour comprendre la communauté de Qumrân. L’idée que l’univers et les hommes ont été créés selon un plan divin prédéterminé, celle de la division du monde entier et du coeur de chaque homme en deux fractions opposées, la Lumière et les Ténèbres, de la lutte acharnée qui les oppose à travers l’histoire et de la victoire finale des forces du bien, continuent à définir 1’ horizon idéologique de la communauté, et aussi sa vie quotidienne : conscience de l’élection, séparation du reste du peuple, rupture avec le culte du temple, préparation à la bataille finale. Mais les textes dernièrement disponibles nous montrent clairement que l’application concrète de la loi selon l’exégèse particulière de la communauté est encore plus importante que l’eschatologie dans la vie du groupe, et que l’observance de la loi est vraiment le centre de la vie communautaire. Dans l’ensemble des textes sectaires, les sections légales sont plus étendues et ont plus de poids que les sections apocalyptiques. A Qumrân, comme dans le judaïsme en général, la halakhah prime sur la théologie.

La proportion entre les textes d’origine communautaire et les textes qui ne montrent aucune caractéristique sectaire se trouve maintenant modifiée. Si auparavant on pouvait diviser les manuscrits découverts en deux grandes catégories, manuscrits bibliques et textes esséniens ou qumrâniens, avec éventuellement un petit reste de textes d’attribution incertaine, nous savons aujourd’hui que plus d’un tiers des manuscrits récupérés ne contient aucun élément permettant de définir leur contenu comme sectaire, une proportion qui pourrait difficilement être attribuée aux accidents de transmission. Ces textes, que l’on désigne comme « apocryphes et pseudépigraphes » ou plus généralement comme littérature « para-biblique », étaient auparavant (sauf quelques exceptions) complètement inconnus. Ils présentent une richesse et une variété de pensée étonnantes. Ils prolongent d’une part plusieurs lignes de la tradition biblique, y compris la tradition sapientielle maintenant amplement représentée par plusieurs « textes de sagesse », et ils anticipent d’autre part diverses idées que l’on croyait être des développements propres au judaïsme postérieur, voire au christianisme. Cet ensemble d’écrits non sectaires nous prouve que la communauté de Qumrân est héritière d’une tradition plus riche et plus variée que ce que nous avions osé imaginer. Et il nous montre que l’idéologie sectaire n’est qu’une partie de la pensée qumrânienne.

La bibliothèque, que l’accès à la totalité des textes nous découvre, se révèle être une bibliothèque très particulière : c’est une bibliothèque de littérature religieuse, dont la plupart des oeuvres, sectaires et non sectaires, peuvent être considérées comme littérature d’interprétation biblique. Mais cette bibliothèque est loin d’être un amalgame de textes rassemblés au hasard. L’absence de certaines compositions écrites pendant cette période, comme 1 Maccabées ou Les Psaumes de Salomon, tout comme l’absence totale d’écrits contenant des idées opposées à la pensée qumrânienne (notamment des idées des Pharisiens) nous prouve que cette bibliothèque ne représente pas l’ensemble du judaïsme de l’époque, mais qu’elle appartient bel et bien à la communauté de Qumrân. Mais l’importance, dans l’ensemble, des écrits non sectaires nous prouve aussi que la communauté de Qumrân est un phénomène moins isolé et marginal que ce que l’on voulait faire croire. L’étude des rapports précis entre les textes sectaires et les non sectaires, ainsi que de leur relation respective avec les textes bibliques demeure encore en chantier.

Quelles sont les perspectives de recherche ?

La recherche qumrânienne, après cinquante ans, se trouve en fait dans se débuts. Si les apports des manuscrits trouvés à Qumrân ont déjà complètement transformé notre manière de comprendre la croissance et le développement du texte biblique et sa fixation dans des collections « canoniques », l’appréciation des apports des textes para-bibliques et des textes sectaires reste encore en grande partie à faire. Le vrai travail d’interprétation ne pouvait commencer qu’une fois publiés tous les témoins de chaque oeuvre, souvent très différents les uns des autres. L’analyse détaillée des compositions para-bibliques nous montrera la richesse et la variété de la pensée du judaïsme du deuxième temple. L’étude des transformations révélées par les diverses copies des textes sectaires nous renseignera sur l’évolution de la pensée et sur la modification des structures de la secte qumrânienne, mais aussi sur ses rapports avec les pouvoirs politiques de Jérusalem et avec d’autres groupes à l’intérieur du judaïsme.

Mais l’histoire de la communauté et le support sociologique des textes ne pourront être pleinement dévoilés que quand le matériel archéologique aura été lui aussi intégralement publié. Depuis les rapports préliminaires des fouilles publiés par R. de Vaux, forcément sommaires et limités, et sa brillante synthèse des résultats, on attend toujours la publication intégrale des matériaux : céramique, monnaies, textiles, verres, stratigraphie, etc. Seul un premier volume, avec des photographies et des extraits des carnets de notes de de Vaux, a été livré au public. Sans les données de l’archéologie, l’étude des textes reste privée de son support historique le plus important. La publication récente d’un cadran solaire est un bon exemple de l’enrichissement que les objets retrouvés peuvent apporter à nos connaissances. La publication complète des fouilles du Khirbeh, des cimetières et des grottes, est l’élément qui manque encore pour pouvoir apprécier la « plus grande découverte archéologique du 20e siècle ».

 
Florentino Garcia MARTINEZ

Directeur du Qumrân Institute, Université de Gröningen, Pays-Bas

(re)publié: 31/10/1997