Menu
Études spécialisées

La révélation de l’Esprit-Saint dans l’Evangile selon St Jean

Si nous faisions un tour de table pour nous dire où nous découvrons le Saint Esprit dans les évangiles, nous parlerions certainement de l’Esprit recouvrant Marie de son ombre a l’Annonciation (Lc 1:35). Nous évoquerions sans doute aussi cette magnifique scène introduisant la prière d’action de grâce de Jésus « exultant sous l’action de l’Esprit Saint » (Lc 10:21-22). Nous ferions à la scène du baptême de Jésus une place particulière puisque dans cet épisode Jésus est investi comme Messie et aussi grâce a l’Esprit, qui pourtant demeure muet, est mis en attitude de Fils recevant parfaitement la parole du Père (Lc 3:21-22 ; Mt 3:13-17 ; Mc 1:9-11).

« Le premier geste de l’Esprit, à peine descendu sur Jésus, est de le pousser au désert pour qu’il y vive après le passage par l’eau, le second acte de l’Exode. » (Cahiers Evangile, no. 52) : c’est la scène des « tentations » (Mt 4:1 ; Lc 4:1 ; Mc 1:12).

Il me semble qu’il faut pourtant réserver a saint Jean une place toute particulière car il est contenu dans le quatrième évangile un enseignement sur l’Esprit Saint, dans la mise en scène évangélique bien sûr, donné en partie par Jésus lui-même au fil des chapitres. Il faut donc en prendre la mesure surtout parce que les destinataires de cet enseignement sont les membres de la communauté du « disciple que Jésus aimait » (Jn 13:23).

Cette communauté de saint Jean qui se révèle en particulier dans les « discours d’adieu » (Jn 13:33 à 16:33) est une communauté « post pascale ». Bien des aspects des discours d’adieu nous montrent qu’elle est déjà en situation de persécution. La révélation en plénitude de l’Esprit Saint par Jésus est une promesse d’assistance. C’est aussi bien plus que cela comme on le verra plus loin.

Quels sont donc les passages de Saint Jean où l’Esprit est mentionné ?

Jean 1:32-33 : « Et Jean (baptiste) porta son témoignage en disant : »J’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. Et je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, c’est lui qui m’a dit « Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer sur lui, c’est lui qui baptise dans l’Esprit saint. »

Jean 3:5.6.8.34 : « En vérité, en vérité. je te le dis : nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu... Ce qui est né de la chair est chair et ce qui est né de l’Esprit est Esprit... Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit.. .En effet, celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu qui lui donne l’Esprit sans mesure... »

Jean 7 :(38)-39 : « Celui qui croit en moi, comme l’a dit l’Ecriture : »de son sein couleront des fleuves d’eau vive« ... Il (Jésus) désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui : en effet il n’y avait pas encore d’Esprit parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. »

Jean 19:30 : « Dés qu’il eut pris le vinaigre, Jésus dit : Tout est achevé. Et inclinant la tête, il remit l’Esprit. »

Jean 20:22 : « Ayant ainsi parlé, il (Jésus) souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit. »

Les extraits des chapitres 1, 3 et 7 annoncent le don de l’Esprit en lien avec le baptême. Les deux versets des chapitres 19 et 20 quant à eux montrent que le don de l’Esprit est aussi lié à la glorification de Jésus. Par sa mort et sa résurrection Jésus transmet l’Esprit au monde (cf Jn 7:39 et Jn 16:5-7).

Comme le dit justement la note (o) de la Traduction oecuménique de la Bible (T.O.B.) à propos de Jn 20:22, « l’Esprit sera la puissance de salut que les disciples manifesteront désormais en communion avec Jésus (cf Jn 15:26-27). »

Il y a un statut tout à fait particulier des discours d’adieu comme on l’a vu plus haut. Quels sont précisément les extraits de ces chapitres qui mentionnent l’Esprit Saint ?

Il s’agit de Jn 14:16-17 ; Jn 14:26 ; Jn 15:26-27 ; Jn 16:7-8 ; Jn 16:13-15). Le tableau en annexe donne les références et les textes concernés sont cités intégralement.

Notre exposé comportera trois remarques
- Première remarque : Les discours d’adieu et l’Esprit Saint.
- Deuxième remarque : Qui est le « Paraclet » ?
- Troisième remarque : Analyse du contenu des textes en Jn 14-16.

Première remarque : Discours d’adieu et Esprit Saint

Les discours d’adieu en saint Jean ouvrent la seconde série d’expressions concernant l’Esprit Saint. Cet ensemble est concentré sur quelques chapitres et offre un condensé théologique fort comme on va le voir. Plusieurs points méritent d’être soulignés :

A partir du chapitre 13, l’évangile de Jean entre dans sa seconde partie appelée souvent le « livre de l’heure ». Il s’agit de l’heure de la croix et de la glorification de Jésus (cf Jn 2:4 ; Jn 13:1 ; Jn 17:1).

Le long discours qui suit le récit du lavement des pieds et de la trahison de Judas (Jn 13:1-32) commence en 13:33 pour s’achever en 16:33. Ce discours relève d’un genre littéraire bien connu de l’Ancien Testament et du judaïsme ancien : c’est un « discours d’adieu » au cours duquel « un patriarche ou un chef spirituel convoque les siens pour leur faire ses ultimes recommandations, leur dévoile l’avenir et souvent désigne son successeur, comme le fait Moïse à l’égard de Josué. » (dans Cahiers Evangile, no. 52)

Dans le livre du Deutéronome, Moïse en effet n’entre pas en terre promise. C’est Josué qui le relayera. Sa mission est maintenant achevée. L’adieu comprend des recommandations. Pour Moïse il s’agit pour le peuple d’être fidèle à la Loi (Dt 32:45-47).

Jésus, Lui, est Parole du Père. Ses disciples l’ont entendue cette parole... faite chair. Elle est encore proposée à la communauté des disciples à venir. Le Christ accomplit l’alliance (mot qui d’ailleurs n’est jamais employé par Jean mais qui est toujours sous-jacent) de Dieu avec les hommes.

Certes, il est impossible de suivre le Christ là où Il s’en va (Jn 13:36), mais la fidélité au Christ ouvre aux croyants accès au Père. Plus, le Père et le Fils veulent demeurer chez celui qui se montre fidèle à la Parole du Christ. Ainsi en Jn 14,23 : « Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure. » C’est dans ce contexte-là que Jésus en vient à promettre l’assistance d’un « autre paraclet », l’Esprit que Dieu donnera en son nom (Jn 14:17). Le don de l’Esprit « en vous » (Jn 14,17), écho de la prophétie d’Ezéchiel (36,26 ss) est bien le fruit du retour de Jésus vers le Père. Pourtant, on ne peut pas dire qu’Il prenne la place de Jésus auprès des siens ou qu’Il lui succède (c’est la théorie des trois âges du Père, du Fils et de l’Esprit enfin ; théorie que reprennent d’ailleurs les mouvements actuels du New age avec leurs ères successives). L’Esprit Saint intériorise dans les croyants leur lien avec le Fils glorifié. Le commentaire des textes va nous permettre de préciser cela en détails.

Seconde remarque : Qui est le paraclet ?

(ho paracièlos, en grec)

Les discours d’adieu mettent en scène un acteur : le « paraclet ». Inconnu du reste de la Bible (sauf en 1 Jn 2:1 sur lequel nous reviendrons plus bas). Avant d’en venir à la signification du mot paraclet, observons que dans les trois entretiens qui constituent les discours d’adieu de Jésus à ses apôtres, le paraclet occupe la place de choix. Il désigne l’Esprit Saint qui a reposé sur le Christ à son baptême, qui est espéré et désiré en Jn 3 et 7. Il fait l’objet maintenant d’une véritable révélation en Jn 14:16 : « Moi je prierai le Père, Il vous donnera un autre Paraclet. » Jn 14:26 : « Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom... » Jn 15:26 : « Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père... » Jn 16:7 : « Si Je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous... » Jn 16:8 : "Et Lui, (le paraclet) par sa venue, Il confondra le monde...

Il semble qu’en partant de « représentations variées sur les intermédiaires entre Dieu et le monde et sur les esprits qui agissent dans le coeur de l’homme, l’évangéliste montre que l’Esprit saint agit comme Paraclet et qu’il n’est autre que l’Esprit de Dieu, envoyé au nom du Christ. » (dans Introduction à la Bible, tome III, Le Nouveau Testament, volume 4, Paris, Desclée, 1977)

D’après Xavier Léon-Dufour (dans Lecture de l’Evangile selon Jean, tome III, Paris, Seuil, 1993), ces différentes mentions du Paraclet dans les discours d’adieu laissent transparaître des milieux de vie successifs qu’il est intéressant d’énumérer :

Ainsi, dans le discours fondamental aux disciples (Jn 13:33-14:31), la communauté qui est à l’horizon par delà l’absence de son maître (Jésus) est invitée à garder foi en sa parole (Jn 14:1.11-12), en un mot à croire. Certes, elle est en bute au monde, mais elle ne subit pas encore de persécution.

Dans le second discours (Jn 15:1-16:4a), Jésus n’annonce ni son départ ni son retour aux disciples qui ne l’interrompent plus. On devine ici une communauté en conflit avec la Synagogue dont elle est pourtant issue (Jn 16:2). C’est le temps de la persévérance difficile qui sera rendue possible Si le Paraclet lui-même atteste Jésus face au monde et dans le coeur des disciples (Jn 15:26-27).

Dans le troisième et dernier discours (Jn 16:4b-33), Jésus revient sur son départ et son retour (versets 7,10 et 16). La rupture avec la Synagogue est maintenant consommée : le Paraclet confond le monde incrédule et introduit les croyants dans la vérité tout entière (Jn 16:8-13).

Qui est le Paraclet ?
(Le mot, sa fonction, son identité, son mode de présence)

Le mot : Le verbe grec parakaiéô signifie littéralement : « appeler auprès de quelqu’un » (cf. le latin advocatus qui a donné « avocat » en français et a le même sens). Le « paraclet » est donc un mot propre à la langue du monde judiciaire. 1 Jn 2:1 nous présente le Christ en tant que « paraclet » (c’est d’ailleurs le seul cas du Nouveau Testament où le Christ est ainsi désigné). Il est paraclet en raison de son sacrifice :

« Si quelqu’un vient à pécher, nous avons comme avocat (paraclet) auprès du Père Jésus Christ le Juste. C’est Lui qui est victime de propitiation pour nos péchés, non seulement les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. » (1 Jn 2:1-2)

Dans ce cas, le paraclet (Jésus Christ) est un intercesseur. Nous allons voir que dans l’Evangile selon saint Jean l’Esprit Saint en tant que paraclet a bien d’autres fonctions.

Quand Jésus dit que la fonction du paraclet est « d’être avec vous pour toujours » (Jn 14:16), Il commente son nom (être auprès de (para)...). Quand il dit qu’il s’agit d’un autre paraclet, il le réfère manifestement à Lui qui pourrait porter le même titre. En effet, Jésus ne vient-Il pas d’auprès du Père pour être avec nous ? (voir le Prologue de Saint Jean : Tourné vers le Père (Jn 1:2), Il est venu chez nous (Jn 1:14). Cet Esprit paraclet qui sera éternellement avec nous, qui est avec nous, les croyants, sera et est avec les disciples comme le Christ historiquement a pu l’être, pour les protéger et les aider : Mt 1:23 ; Mt 28:20 ; Jn 14:9 : « Je suis avec vous depuis Si longtemps... ». Tout ceci correspond à la promesse biblique fondamentale contenue dans le récit du buisson ardent ou le Seigneur promet à Moïse d’être avec lui : « Je serai avec toi... » (Ex 3:12).

Saint Jean s’essaie à dire quelle est l’identité du paraclet à travers l’apposition du verset 17 (ch 14) : « (un autre paraclet)... C’est Lui l’Esprit de vérité... » Là encore comme pour la fonction d’assistance qui est fondamentalement celle de Jésus le Fils, l’Esprit de vérité renvoie à Jésus comme vérité (Jn 14:6). D’ailleurs, cet Esprit est accueilli par ceux qui croient au Fils comme vérité, mais pas par ceux qui refusent de croire, le « monde ».

Son mode de présence : « Il sera en vous... » (Jn 14:17b : certains manuscrits lisent : « Il est en vous. »)..., mais « Il demeure (déjà) auprès de vous. » Comment donc concilier déjà présence actuelle et don à venir ? Relisons Jn 7:39 : Il (Jésus) désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui : En effet, il n’y avait pas encore d’Esprit parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié.« En la personne du Fils réside l’Esprit (voir la scène du baptême du Christ en Jn 1:33). Mais, l’Esprit tout en étant donc proche des disciples n’agit pas encore pleinement en eux aux jours du ministère du Christ. C’est son départ qui réalise parfaitement la promesse de Jr 31:1ss et Ez 36:26ss. »Je mettrai mon Esprit en vous..."

L’Esprit Saint est relié au Fils et donc ne succède pas purement et simplement au Fils à la Pentecôte comme nous l’imaginons souvent de façon trop simpliste.

L’Esprit est donné par le Père comme le Fils. Tandis que les verbes « venir » ou « aimer » peuvent avoir pour sujet le Père ou le Fils, l’Esprit lui est toujours donné, mais il ne vient pas de lui-même ou n’aime pas par lui-même. On peut ainsi dire qu’en Jn 14:16-17 il n’y a pas de personnalisation de l’Esprit, mais qu’il apparaît plutôt comme une force divine destinée à animer les croyants.

Troisième remarque : Que nous apprend l’enseignement de Jésus concernant le Paraclet ?

Jn 14:16-17 nous apprend que le paraclet non seulement accomplit l’espérance et l’attente juive de l’Esprit comblant tous les coeurs en Israël, mais aussi que l’Esprit va assister, être avec les disciples après le départ de Jésus. Saint Luc considère ainsi que le temps de l’Eglise est le temps de l’Esprit. Gardons-nous d’estimer que ce temps de l’Esprit succède tellement au Christ qu’il en vient même à l’oublier. Comme le dit admirablement la prière eucharistique IV : « Il poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification ».

Il n’y a donc pas comme tel d’âge de l’Esprit. En revanche, c’est bien en saint Jean que l’on trouve un point de départ précieux pour rechercher les relations « trinitaires » entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
Deux autres enseignements sont exposés par Saint Jean :
L’Esprit enseigne et témoigne

Il enseigne (voir Jn 14:26 ; Jn 16:13-15) : Cette activité didactique est proprement celle de la sagesse dans l’Ancien Testament (Sg 1:5 ;9:11 ;10:10). L’Esprit Saint enseignant et éducateur est comme le lecteur de la synagogue qui lit en langue vulgaire puis interprète le texte de la Bible lu auparavant en hébreu (cf Lc 4:16ss. Où Jésus fait précisément cela). En Jn 14:26, on voit que l’Esprit est dans la communauté de l’apôtre la mémoire vivante des paroles de Jésus. C’est le début de ce que nous appelons la « tradition » dont l’activité n’est autre que de chercher à entrer dans le sens et la portée des paroles de Jésus ici et maintenant, dans une re-lecture vivante.

« Suscité par l’Esprit, le souvenir ne se réduit pas à un retour sur le passé, mais selon la notion biblique de mémorial, fait revivre les événements du salut et introduit dans une connaissance plus profonde (Jn 2:22 ; Jn 7:39 ; Jn 12:16). » (Le nouveau Testament : La tradition johannique, volume 4, Paris, Desclée, 1977)

Jn 16:13-15 nous précise que l’Esprit n’est pas un répétiteur, mais qu’il a une activité de révélation (dévoilement, apocalypse...) dans la communauté croyante : Il « conduit à la vérité tout entière » (Jn 16:13). Tout ce qu’il communiquera dira aussi bien son lien au Père et au Fils (vv. 14 et 15) mais aussi il préparera les croyants à vivre cette communion et cette intimité avec le Père et le Fils (cf Jn 14:23).

On voit ici que la révélation de l’Esprit nous parle de quelqu’un et non plus seulement d’une force...

Il témoigne enfin. Cet aspect de la mission de 1’ Esprit s’enracine dans la tradition synoptique de l’Esprit assistant les disciples traînés devant les tribunaux (Mc 13:9ss). Deux passages de saint Jean (Jn 15:26 et Jn 16:8-11) explicitent cette fonction. L’Esprit assistant les croyants indique que le procès de Jésus se prolonge et oppose ceux qui croient en Lui et ceux qui s’opposent à Lui. Mais dans cet affrontement disciples/monde, le paraclet atteste que le jugement de Dieu a été prononcé en faveur du Fils. Face à l’incrédulité qui persiste, I’ Esprit de la vérité maintient vivante la Parole du Fils. S’il dénonce l’injustice de ceux qui rejettent l’Envoyé, il vise aussi à l’accueil de son message. Et c’est pour cela qu’il soutient les croyants.

Conclusion et ouverture en pensant a la Confirmation...

L’Esprit Saint n’est pas une force vague :
L’Esprit est relié à Jésus Christ et au Père pour nous faire précisément entrer dans le mystère de l’intimité de Dieu, de l’intimité avec Dieu. Plutôt que de se soumettre à une vision chronologique appauvrissante selon laquelle l’âge de l’Esprit succéderait à l’âge du Père (l’Ancien Testament) puis à l’âge du Fils (le Nouveau Testament), voyons combien l’Esprit Saint appelle de façon dynamique au souvenir, à l’actualisation vivante et à l’ouverture à demain ensemble. Ce n’est pas en offrant à des adolescents une vision successive laissant de côté pour ne pas dire « laissant tomber » tout ce qui précède pour accéder à une étape « merveilleuse » que nous allons les aider à tenir ensemble une cohérence, un projet. Le célèbre « voir, juger, agir » invite à penser, relire, comprendre ensemble notre vie pour bâtir aujourd’hui et demain et non pas imaginer un homme nouveau entièrement déconnecté de son réel et de ses sources. L’Esprit Saint conduit au coeur de Dieu, au coeur de l’Homme.

Alors que Saint Luc dans son récit de Pentecôte (Ac 2:3-4) éprouve le besoin de préciser qu’ensemble mais aussi individuellement, personnellement les douze apôtres reçurent l’Esprit Saint au cénacle, Saint Jean, lui, s’adresse d’abord à une communauté post pascale fondée par et sur un apôtre (lui selon la Tradition) qui cherche à vivre en fidélité (d’où l’importance du verbe « croire » en saint Jean) au Christ. Face à ceux qui ne croient pas (« les juifs », le « monde »), les disciples sont assurés de la victoire du Christ s’ils se mettent sous la garde de l’Esprit Saint paraclet présent à leurs côtés, qui assiste et même participe au procès intenté à Jésus qui se continue : voir Jn 16:8-11.
Le contexte est bien celui d’une crise (krisis signifie en grec : « jugement ») l’Esprit révèle la victoire de Jésus Christ ... Triomphe discret et de toute façon sur le « prince de ce monde » et non sur le monde lui-même en tant que création voulue par Dieu. Nous savons que les séductions ne viennent pas tant du monde que du tentateur développant séductions et mensonges de toutes sortes (cf Lc 4:6).
Le procès fait au Christ, les disciples y participent donc : l’Esprit les assiste pour leur redire que la victoire est déjà acquise. Cela est important quand on est minoritaire en tant que chrétiens. Il faut permettre aux jeunes de découvrir cette victoire du Christ avec sérénité.

Enfin, l’Esprit Saint (ceci est particulièrement net dans le crescendo final de Jn 16:12-15) veut nous faire entrer dans l’intimité de Dieu ; La « vérité tout entière » (verset 13a), « ce qui va venir » (verset 13b), c’est « la vérité une et totale du Christ glorifié en Dieu et se communiquant comme tel aux siens ». Le verset 15 du chapitre 16 de Jean montre que l’Esprit puise dans le « bien » du Fils, son trésor, c’est-à-dire le mystère de la vie qui est dans le Père et le Fils (Jn 5:26. Ce trésor de la vie éternelle, l’Esprit le communique aux croyants pour qu’ils y participent dès cette terre (Jn 17:3).

Faire comprendre sa vie, tenir bon, connaître Dieu, telles pourraient être les « missions » de l’Esprit Saint selon saint Jean auprès de celles et ceux qui l’accueillent. C’est assurément un beau programme pour l’Eglise et pour ceux qui se préparent à la confirmation.

 
Stéphane AULARD

Vicaire épiscopal du Val-de-Marne.
Curé de Vincennes (depuis septembre 2015).

st.aulard gmail.com
(re)publié: 01/06/2014