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Le Nouveau Testament est-il anti-juif ?

La projection du film de Mel Gibson, les émissions d’Arte sur l’origine du christianisme relancent la question de savoir si les écrits du Nouveau Testament ne sont pas responsables eux-mêmes de cet anti-judaïsme qui a conduit à l’effroyable drame de la shoah.

Dans cette question fort difficile, des distinctions s’imposent. Il existe dans le monde gréco-romain un fort anti-judaïsme de nature sociologique, entretenu par le fait que les juifs mènent une vie à part, dans les nombreuses cités du monde méditerranéen. Il suffit de relire les pages terribles de Tacite sur les juifs pour s’en convaincre. A titre d’exemple, citons ce texte : « Chez ce peuple règne une honnêteté têtue, une pitié toujours prête, mais à l’égard de tout ce qui n’est pas juif une hostilité haineuse. » (Histoires, V,4-5)

Sauf Luc, les principaux auteurs du Nouveau Testament sont d’origine juive, Paul y compris ! Les querelles entre frères ennemis, comme dit D. Marguerat, sont les pires. Les accusations contre l’hypocrisie des pharisiens dans l’évangile de Mathieu sont à mettre au compte d’une polémique, hélas généralisante, mais elles sont moins vives que les accusations du Maître de Justice et de ses partisans à Qumrân contre le judaïsme officiel du temps. Surtout on ne saurait oublier que Matthieu, en rapportant la polémique de Jésus contre la doctrine des pharisiens, fait l‘application aux chrétiens tentés par l’autoritarisme : « Pour vous, ne vous faites pas appeler Maître, car vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères. » (Mt 23,8).

Parmi les publications qui permettent de faire le point sur ces questions difficiles, je recommande vivement le Cahier Evangile n° 108. Résumant ses travaux antérieurs, S. Légasse nous met en garde contre une lecture naïve de la Passion qui charge tous les juifs, alors que seules les autorités du temple sont les responsables des accusations portées contre Jésus devant le tribunal de Pilate. D. Marguerat, A. Marchadour, M. Trimaille nous permettent de comprendre le drame de l’éloignement progressif de l’Eglise naissante par rapport au judaïsme. La guerre juive de 66-70, se terminant par la destruction du temple de Jérusalem, a joué un rôle majeur. Ouvert jusque là à des mouvements divers, le judaïsme pour survivre se resserre sur la torah, interprétée selon les principes des maîtres pharisiens. Désormais, comme il est dit à l’aveugle-né (Jn 9,28), il faut choisir : être disciple de Moïse ou disciple de Jésus. La double appartenance devient impossible. L’Evangile de Jean, dans sa facture actuelle, ne peut se comprendre que d’après cet arrière-plan. Par ailleurs, le christianisme recrute ses nouveaux membres avant tout dans le monde gréco-romain. Les chrétiens d’origine juive deviennent de plus en plus minoritaires et marginalisés.

Fallait-il abandonner pour autant les écritures de la première Alliance ? Ce fut une tentation. Luc au contraire nous montre comment ces écritures témoignent d’une volonté divine de salut universel qui trouve son point culminant en Jésus de Nazareth, mort et ressuscité. Comment comprendre alors l’élection d’Israël ? Le risque était de l’interpréter en un sens restrictif, comme le marquent les lois de pureté si importantes dans la vie des juifs orthodoxes. Paul et Luc redécouvrent l’élection comme mission, mission d’ouverture universelle : Jésus est le nouvel Adam qui prend en charge la destinée de tous les hommes, ses frères. Comment les juifs seraient-ils alors exclus du plan de grâce et de miséricorde, dont Paul témoigne dans son épître aux Romains qu’il est irrévocable (Rm 11,29) ?

De cette tension dramatique, l’issue ne peut être espérée que de la miséricorde de Dieu. Il n’empêche que, pour nous chrétiens, une conversion s’impose : tout en relisant nos textes fondateurs, sans esprit de polémique, nous n’oublierons pas d’y découvrir notre vocation de chrétiens à être les témoins actifs de la miséricorde de Dieu, révélée en Christ, une miséricorde qui s’étend à tous les hommes sans exception. La nouveauté du christianisme n’a pas fini de nous interpeller !

Lecture conseillée :
Cahier Evangile n° 108 : Le Nouveau Testament est-il anti-juif ? Diffusé par le Service Evangile et Vie, 8 rue Jean Bart, 75006 Paris, France.

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(re)publié: 01/06/2004