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Une méditation sur Jonas

Les inventions de Dieu : un gros poisson de secours, un « kikajon » et un petit ver piqueur de racines...

Jonas était un homme respectable. Dans son village tout le monde reconnaissait en lui un prophète. Ceux qui avaient une importante décision à prendre venaient auparavant lui demander son avis et beaucoup en tenaient compte comme si c’était l’avis même de Dieu. Et puis Jonas était très fier d’appartenir au peuple que Dieu aimait. C’était un tout petit peuple, mais il avait un destin tout particulier : seuls les compatriotes de Jonas connaissaient la vérité, tous les autres hommes étaient dans l’erreur et ne méritaient vraiment pas qu’on s’intéresse à eux.

Mais voilà qu’un jour Jonas entend un appel de Dieu : « Va à Ninive, la grande ville, pour y parler de ma part. » Ça ne lui plaît pas du tout. Ninive est très loin à l’est ; pour y aller, il faut traverser des déserts. Ninive est une énorme ville dans laquelle il se sentirait tout perdu. Et surtout les Ninivites ne sont vraiment pas des gens intéressants. Ils ne pensent qu’à l’argent et à la guerre. Dieu est vraiment fou de vouloir l’envoyer là-bas. Jonas lui ne l’est pas : il part dans l’autre sens et s’embarque pour l’Espagne.

Il ne sait pas, lui le prophète, que quand Dieu a une idée dans la tête, il n’est pas prêt à y renoncer.
A la suite d’une grande tempête, Jonas se retrouve tout seul dans la mer. Tout est perdu.
Non ! Car Dieu fait une première invention : un « gros poisson de secours » qui ouvre une gueule immense et avale Jonas. Pendant trois jours il va séjourner bien confortablement dans son estomac.
Mais là il fait noir et Jonas a le temps de réfléchir et de se dire qu’il a sans doute fait une grosse bêtise.
Aussi quand le « gros poisson de secours » le recrache sur une plage et qu’il entend à nouveau la voix de Dieu : « Va à Ninive la grande ville pour y parler de ma part », il ne refuse plus. Il se met en route en se disant que, finalement, si le Dieu qui l’a sauvé de la noyade empêche qu’il ne soit lynché, cela ne serait pas si mal de pouvoir dire à ces affreux Ninivites que le Seigneur a vu tous leurs crimes et qu’il va leur infliger la punition méritée.

Arrivé à Ninive, il se met à parcourir les rues en criant de plus en plus fort : « Encore quarante jours et Ninive est détruite. » Il trouve que cette phrase sonne vraiment bien. Puis il monte sur une colline et s’y installe dans une cabane pour assister au spectacle de l’anéantissement de la ville.
Au bout de quarante jours, rien ne se passe : les Ninivites se sont repentis et Dieu a décidé de pardonner.

Jonas entre dans une colère noire, reprochant à Dieu de l’avoir ridiculisé. Il s’assied en plein soleil en disant qu’il ne lui reste plus qu’à mourir.

C’est alors que Dieu fait une deuxième invention. Il fait pousser un « kikajon ». Vous ne savez pas ce que c’est ; moi non plus, les traducteurs de la Bible non plus. Pour faire croire qu’ils savent tout, ils écrivent souvent « un ricin », mais un ricin ne pousse pas en une nuit pour devenir un arbre assez grand pour que Jonas puisse y trouver une ombre protectrice qui va lui redonner le moral ! Il se dit alors que ça n’est pas tellement grave que Dieu n’ait pas encore détruit Ninive, puisqu’il l’aime tellement que pour lui, Jonas, et pour lui seul, il a inventé ce merveilleux « kikajon » auprès duquel on est si bien. Plus besoin de penser aux Ninivites !

Mais voilà qu’intervient la troisième invention : le « petit ver piqueur de racines » qui piquera le « kikajon ». Celui-ci séchera si vite qu’au matin Jonas, de nouveau menacé d’insolation, retrouve toute sa colère.
Alors Dieu lui parle à nouveau : « Tu te fais bien du souci pour ce kikajon qui ne t’a rien coûté, qui a poussé en une nuit et qui a séché en une nuit, et moi je ne me mettrais pas en soucis pour Ninive cette grande ville où des dizaines de milliers d’hommes et de femmes ne savent pas distinguer le bien du mal... »

Dans la Bible, l’histoire s’arrête là. On peut imaginer que Jonas est rentré dans son village, qu’il y a repris son activité de prophète mais qu’il est devenu un prophète tout différent : il ne laisse plus penser à ses compatriotes qu’ils sont les privilégiés de l’amour de Dieu, mais leur affirme que ce dernier s’intéresse, autant qu’à eux, à ces étrangers que jusque là ils ont détestés ou méprisés.
Mais j’aime plutôt à penser qu’il est resté à Ninive où, à cause de Dieu, il a découvert que ces hommes et ces femmes, dont tant de choses jusque là l’avaient séparé, étaient devenus pour lui des frères, des sœurs.

Jonas a dû traverser d’immenses déserts pour arriver à Ninive. Tout près de nous, quantité de gens vivent dans des quartiers où les services publics sont insuffisants, où l’habitat se dégrade, où les commerçants ferment, où les écoles ne peuvent pas jouer leur rôle éducatif, à tel point que les familles les plus stables se sentent obligées à faire tout leur possible pour en enlever leurs enfants.
Je suis triste quand je vois que dans ces quartiers les églises sont de moins en moins présentes et que même des chrétiens évitent de s’y installer. Considérons-nous ces « banlieues » comme aussi inaccessibles que l’était Ninive pour Jonas le jour où il reçut son premier appel ?
Je pense qu’il est grand temps que Dieu invente de nouveaux « gros poissons de sauvetage », de nouveaux « kikajons », de nouveaux « petits vers piqueurs de racines » pour nous pousser hors de nos murs et pour susciter des hommes et des femmes qui sachent qu’ils ont à être présents dans ces quartiers, même si c’est plus facile et bien tentant de rester dans nos conforts paroissiaux.

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A. HERRENSCHMIDT
Info

Bulletin paroissial n° 12-2003 de l’Eglise Evangélique Luthérienne de France, Secteur Est.

(re)publié: 01/06/2015
1ère public.: 01/01/2004