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Les disciples Pierre et Jean courant au sépulcre le matin de la Résurrection

Cette huile sur toile d’assez grande taille (1,34 m sur 82 cm) a été peinte en 1898 par Eugène Burnand, peintre réaliste suisse (1850-1921) qui est donc un contemporain de Monet, Van Gogh, etc.
On peut la voir au musée d’Orsay (à Paris).

Le titre du tableau fait directement référence à l’évangile de Jean (Jn 20, 3-4) (dans les évangiles synoptiques du matin de Pâques, on ne voit pas Pierre et Jean courir ensemble au tombeau).
L’auteur est un peintre réaliste, et ce tableau évoque ce qui est près du vécu des disciples, pas de la foi “planante”.
Aussi est-il beaucoup plus proche des évangiles que d’autres tableaux de résurrection (par exemple, le retable d’Issenheim)

Le peintre procède par touches assez grandes, sans entrer dans les petits détails. C’est très visible pour le ciel. Par contre les personnages sont très “finis”, le drapé des vêtements et toutes les nuances de reflets donnent vie au tableau.

Le cadrage est partiellement non conventionnel. Le point fort du tableau est bien sûr constitué par les deux têtes qui attirent le premier regard. On peut remarquer que le point fort classique haut gauche selon la règle des tiers est juste entre les deux têtes, ce qui va favoriser l’instabilité et encourager un va-et-vient entre les deux têtes.
Ce qui n’est pas classique, c’est que les deux personnages regardent vers le petit côté du tableau. Cela induit donc du mystère sur la scène vue et ressentie avec douleur et effroi, émotions visibles au premier coup d’œil sur le visage des personnages, qui plonge celui qui regarde le tableau dans l’inquiétude, voire l’angoisse aggravée par l’ignorance.

Le ciel dont les couleurs plus chaudes à gauche qu’à droite accentue cette inquiétude en évoquant la couleur de l’incendie. Il est difficile de savoir, tant qu’on ignore le titre du tableau, s’il s’agit d’un incendie situé à gauche du tableau, de l’aurore ou du crépuscule. De fait, il s’agit d’un paysage d’aube méditerranéenne.

L’inclinaison vers le haut et la gauche donne une impression de mouvement ou d’instabilité.
Le vêtement blanc du personnage de gauche peut faire penser à un vêtement liturgique. Les mains de ce personnage sont jointes, mais plutôt nouées que jointes pour la prière. L’autre personnage semble montrer du doigt quelque chose. De fait ses deux mains pointent vers les deux extrémités de la première diagonale du tableau.

Il est intéressant de noter que le paysage est assez peu typé pour que divers observateurs y reconnaissent un paysage “de chez eux”. Nous pouvons chacun être aux côtés de ces deux disciples au matin de Pâques.
Ces deux hommes à l’expression qui peut être interprétée de diverses manières présentent une lueur dans les yeux.
Un chrétien, qui connaît la fin de l’histoire, pourra lire de l’empressement chez Jean : « pourvu que... » semble t-il dire ; quant à Pierre, on peut l’imaginer comprenant tout à coup : « mais c’est bien sûr, Il l’avait dit et nous n’avons rien compris !!! ». Avec une telle lecture, on peut comprendre la méprise de certains, croyant voir une représentation des pèlerins d’Emmaüs rentrant en hâte vers Jérusalem. Pourtant il manquerait la joie de l’annonce du ressuscité s’il s’agissait des pèlerins d’Emmaüs.

Nous sommes donc au matin de Pâques et Pierre et Jean ne sont pas encore arrivés au tombeau (puisque Jean n’a pas encore distancé Pierre) donc ils ne voient rien… ils n’ont pas encore « vu et cru ».
Si Jean est vêtu d’un vêtement blanc, c’est peut être que lui qui a toujours été fidèle, jusqu’au pied de la croix, est depuis toujours plongé dans le Christ ressuscité.

Nous pouvons aussi, dans ce tableau, contempler la possibilité d’être à la fois dans la souffrance et en paix : l’inquiétude est lue sur les deux visages de deux hommes qui évoluent dans un paysage tout à fait paisible !!!

Ce tableau aurait pu être un sujet absolument areligieux. Il est intéressant de repérer que le Seigneur ne nous attend pas forcément là où on l’attend, et qu’il ne se signale pas systématiquement par des “accessoires” ou symboles religieux. On peut trouver le Seigneur dans une vie “sans signe extérieur de spiritualité”.
Ce matin de Pâques avant que les disciples n’aient « vu et cru », avant que le Christ ressuscité ne soit apparu à ceux qui avaient la foi, est un matin sombre où, pour les disciples, tout semble perdu, leurs espoirs anéantis. C’est à ce moment-là que le Seigneur va se manifester, de manière complètement inattendue pour eux…

En regardant ce tableau, nous pouvons méditer sur le fait que croire en Dieu n’est pas une assurance anti-inquiétude. Croire en Dieu, en Jésus, cela peut provoquer des moments de doute, d’incompréhension, l’impression d’être “lâché dans le vide” ; mais Il est avec nous jusqu’à la fin des temps et Il nous a donné son Esprit.

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(re)publié: 01/04/2016
1ère public.: 01/04/2010