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Le dénombrement à Bethléem

Le dénombrement à Bethléem. Pierre Bruegel (c.1525-1569), 1566.

Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts. Huile sur bois. 115,5 cm x 163,5 cm.

C’est un village de chez nous, le plus traditionnel qui soit. Un village de l’ancien temps, dirait-on.

Un bâtiment fortifié, au fond, semble assurer la pérennité de ce village. Mais à bien y regarder, il est en ruines. Plus de sécurité, c’est le temps de la vulnérabilité.
Et ce n’est pas cette frêle charpente qui s’élève, aux allures de cabane enfantine, qui pourra assurer ce rôle.
Mais où est la vie ? c’est bien la question ! dans les ruines du passé ou dans l’avenir même incertain ? Un arbre mort et un arbre vivant nous posent la question.

La neige est tombée, abondamment, recouvrant tout et atténuant les formes et les reliefs. Pas moyen d’échapper à cette neige et à ce froid.

Pas moyen non plus d’arrêter le quotidien sous prétexte de neige. Chacun vaque à ses occupations. Il faut vivre et survivre, et pour cela, transporter les marchandises, tuer le cochon, ramasser le bois mort.

La neige et la glace ont tout bouleversé. Pour les plus jeunes, c’est un jeu, et c’est avec une naturelle aisance qu’ils se déplacent et jouent.

Pour les adultes, c’est bien plus périlleux. Les pas se font hésitants et prudents.
Voilà que les plus jeunes marchent mieux que leurs aînés !
Une famille trébuche sur la glace. Tandis que le père porte l’enfant, sa femme traîne une lourde épée, improbable armement pour faire face à l’instabilité ambiante !

Devant elle, une autre famille. Un homme, charpentier peut-être, puisqu’il porte une scie, une jeune femme de bleu vêtue, assise sur un âne, chargée d’un ballot de linge. Les voyageurs sont accompagnés d’un bœuf.

Tous se dirigent vers ce qui semble être une auberge du temps du peintre. Une auberge pourtant frappée des armes des Habsbourg qui répriment durement les Flandres, terre de Bruegel, séduite par les thèses luthériennes.

Après tout, être occupé par des Romains ou des Espagnols, où est la différence ? Dans les deux cas, on doit bien s’y faire. On est obligé de s’y faire, de se laisser compter ou de se laisser imposer.

On se sent opprimés ou inquiets, vulnérables ou maladroits, mais que peut-on faire ? On ne peut pas empêcher la neige de tomber, on ne peut pas relever les ruines d’un ancien fort, on ne peut pas non plus chasser l’occupant.

Peut-être qu’on subit ce monde instable…
Mais Dieu choisit d’y naître. Dieu choisit ce monde inquiet, instable.

L’auberge qui tient lieu de bureau de recensement ne porte pas que les armes de l’occupant. Son enseigne est une couronne de feuillage délicatement poudrée de neige. La couronne des vainqueurs antiques, qui surmonte le châssis d’une fenêtre dessinant nettement la croix.
La porte est surmontée de pains ronds, et une petite cruche est accrochée à proximité. Symboles discrets de la foi catholique de l’artiste, signes surtout de l’eucharistie qui récapitule l’univers entier, jusqu’en ses contradictions et ses questionnements.

Nous pouvons bien avancer d’un pas inquiet et maladroit en ce monde où tout change. Dieu le visite, et nous pouvons y recueillir sa présence toujours nouvelle.

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(re)publié: 01/12/2015