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L’Annonciation, de Nicolas Poussin

Cette Annonciation, peinte par Nicolas Poussin à Rome en 1657, est une invitation à la prière. Le père Venceslas Deblock nous en donne quelques clefs de lecture. Cette peinture est visible à la National Gallery de Londres.

Cette Annonciation nous apparaît très simple, très pure : d’abord au niveau des éléments de son décor, laissant toute la place à la relation entre la Vierge, l’ange et l’Esprit Saint, qui participe au tableau comme un personnage à part entière.

Le décor est très économe, pourtant il situe différents éléments : d’abord il y a cette petite estrade de bois qui situe la Vierge comme quelqu’un « un peu à part », sans toutefois l’isoler. Puis il y a un rideau. Un rideau vert drapé, qui semble en partie tombé, du côté de la Vierge. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le ciel s’ouvre, le Père envoie son Fils révéler son Visage d’amour au monde, et le rideau du temple va se déchirer pour révéler Dieu dans sa gloire.

Regardons les personnages un à un. Celui de la Vierge est représenté avec les couleurs d’une juive romaine de l’époque du tableau, le XVIIe siècle (Poussin a peint cette oeuvre à Rome en 1657). En effet, dans la Rome de l’époque, les juifs devaient s’habiller de jaune. Celui du manteau de la Vierge, citron, fait ressortir la lumière froide et crue qui participe à l’intensité dramatique de la scène.

Si on s’amusait à découper la toile, autour du personnage de Marie, on pourrait y voir simplement une attitude de prière : elle est extrêmement priante, intériorisant ce qu’elle vient de lire dans son livre. Bien sûr, il s’agit de l’Ecriture, et traditionnellement dans les Annonciations, on pense au verset du prophète Isaïe : « Voici que la jeune fille est enceinte ». C’est là ce que Poussin nous présente : une jeune femme juive toute à sa méditation, à sa lecture, toute intérieure puisqu’elle a les yeux fermés, toute accueillante aussi puisqu’elle a les bras ouverts. Cette attitude d’accueil est peinte dans tout son corps et dans toute sa féminité, dans toute sa chair : son ventre se creuse, elle est presque dans la position de l’accouchement, prête à accueillir Celui qui sera le fruit étonnant de ses entrailles.

L’Esprit Saint plane au dessus d’elle, comme dans une découpe de lumière. Il la couvre de son ombre, mais aussi de sa lumière... Délicatement, cette lumière souligne le sein bientôt maternel, comme le caressant d’ombre et le creusant encore plus pour accueillir le Verbe de Dieu. Il y a un dialogue d’accueil entre tout l’être de Marie et l’Esprit Saint.

Cela pourrait suffire. Mais l’ange vient souligner pour nous ce qui se passe, et faire la relation entre la colombe et la jeune fille. Ouverts comme ceux d’un compas, ses bras désignent les deux acteurs principaux. On peut presque lire sur ses lèvres « Ne crains rien, l’Esprit Saint te couvrira de son ombre ». Agenouillé, dans un vêtement presque liturgique, en bon messager divin, il fait le lien entre le ciel et la terre. Discret, il n’intervient pas dans l’intense expérience spirituelle vécue par Marie et contemple l’oeuvre de l’Esprit qu’il est chargé d’annoncer.

Etonnante, cette Annonciation nous donne une magnifique catéchèse sur la prière, le lieu secret où l’Esprit surgit et vient creuser notre désir. Puissions-nous à l’école de Marie, rencontrer sur nos routes des messagers divins, ailés ou non, qui nous inviteront à accueillir la grâce et à contempler sa fécondité en nous.

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(re)publié: 01/03/2015
1ère public.: 01/03/2007