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Les tableaux

Le bénédicité (vers 1655)

Charles Le Brun

Paris, musée du Louvre.


Voici le temps du repas. Temps de l’intimité familiale retrouvée après la dispersion des travaux de la journée.
Une famille simple, traditionnelle. Une mère toute de douceur. Un père à l’imposante stature ; un enfant tourné vers cette figure paternelle.
Une famille en sa maison, mais qui n’y vit pas repliée. Une famille dont l’horizon est largement ouvert.

Entrons dans le mystère de cette famille.

Portons notre regard sur le père. Son métier nous est donné à contempler, par ses outils de charpentier disposés au sol. Outils rudes, comme la lourde masse de pierre, mais travail qui peut être délicat comme le pied de table finement tourné solennellement encadré par les pans de la nappe.
Ce père étonne. Le regard songeur, il ne s’est pas assis pour partager le repas. Mangerait-il debout, sandales aux pieds, bâton à la main, comme jadis les Hébreux au soir de la Pâque ?


Oui, ce Joseph a des allures de Moïse. Tout comme la montagne au loin, d’où s’élève une colonne de nuée, a des allures de Sinaï.
Comme au Sinaï, Dieu se révèle, d’ailleurs, le rideau ici est levé. Nous sommes en présence de Dieu, et Joseph le sait.

Silencieuse, contemplative, Marie écarte doucement le pan de son voile. Comme pour dégager son oreille et mieux entendre. Il s’agit d’écouter. Ecouter son enfant, ou écouter le maître pour faire tout ce qu’il dira.

L’enfant regarde, vers Joseph, ou peut-être au-delà, vers Celui qui est vraiment Père. Enfant éblouissant, dont le vêtement se confond avec la nappe, et dont le visage a une blancheur d’hostie.

Ils sont trois, comme les trois côtés de étrange table triangulaire, triangle aussi formé par les doigts de l’enfant. L’artiste le croyait : en la Sainte Famille, c’est une image terrestre de la divine trinité céleste qui nous est donnée.

Regardons la table du repas. Quelques pommes, symbole du Salut. Du pain, sans doute du vin dans un vase couvert, posé au sol ; à moins qu’il contienne l’eau des ablutions rituelles. En cet étrange repas pascal, pas d’agneau. Un couteau pourtant désigne la victime : seul le manche est visible, mais sa lame est bien dirigée vers l’enfant, véritable agneau pour la Pâque, véritable hostie eucharistique.

Destinée à surmonter l’autel de la chapelle des maîtres charpentiers, l’œuvre est bien eucharistique. La Sainte Famille se fait action de grâce. Pour toutes les familles.

Elle révèle nos familles comme de véritables mystères. Mystères d’Exode où chacun est invité à marcher pour grandir en liberté. Mystères de Pâques où chacun est invité à recevoir la vie offerte et à offrir sa vie. Mystères où Dieu se rend présent et se révèle.

Pour entrer dans le mystère, il faut écouter le Christ, l’enfant de la Sainte Famille. Il faut l’écouter nous révéler le passage de Dieu en nos familles, lieux d’humanité. Humanité blessée parfois, mais humanité en marche vers le salut offert.

 
Venceslas DEBLOCK

Prêtre du diocèse de Cambrai, diplômé de l’Ecole du Louvre, responsable de la Commission d’Art Sacré du diocèse de Cambrai

Venceslas DEBLOCK

Prêtre du diocèse de Cambrai, diplômé de l’Ecole du Louvre, responsable de la Commission d’Art Sacré du diocèse de Cambrai

(re)publié: 01/07/2017
1ère public.: 01/01/2014