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Le Paradis terrestre

Bruegel le Jeune (1601-1678) c. 1630, huile sur cuivre - Besançon, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie


Tout est paisible en ce premier matin du monde. Les plus redoutables animaux sauvages, lions et léopards, n’effraient nullement écureuils et lapins ; pas de jalousie entre l’âne contrefait et le fier cheval. Animaux de nos contrées et oiseaux exotiques aux mille couleurs sont rassemblés pour un improbable portrait de groupe. Le paysage participe à cette harmonie initiale : de beaux arbres déploient leur fière ramure et les fleurs les plus rares forment de gracieuses et éclatantes compositions. L’horizon bleuté se dévoile paisiblement, sous un ciel délicatement nuancé. C’est dans ce paradis que Dieu, nimbé de lumière, coiffé d’une mitre et vêtu de pourpre, donne vie au couple primordial. (Gn 2, 21-22)
Tout ici est peint pour nous rappeler que Dieu a voulu une Création bonne et même « très bonne » (cf. Gn 1,25.31). Tout, ou presque. Un arbre est brisé et son tronc gît au sol, blessure discrète au milieu de ce tableau idyllique, comme l’annonce d’un péril imminent, celui du péché.
Le mal, devenu si puissant, nous fera-t-il oublier le projet de Dieu, dans toute sa pureté ? L’arbre cachera-t-il la forêt ?

Le passage du Livre des Actes que nous lisons aujourd’hui (Ac 11, 1-18) nous raconte la vision de Pierre à Jaffa : une grande toile descendue du ciel, contenant tous les animaux de la Création, que Dieu lui ordonne de sacrifier et de manger. Pierre, et avec lui, toute l’Eglise naissante, est face à une question essentielle : les chrétiens doivent-ils conserver les repères de pureté et d’impureté donnés par la loi de Moïse ? Faut-il les imposer à tous les convertis, même ceux provenant d’autres cultures religieuses ? Ou cette distinction doit-elle être entièrement repensée à la lumière du Christ, venu révéler le dessein d’amour du Père, et vainqueur du mal et du péché ?
Elément central de réponse, l’Evangile de Matthieu rapporte cette parole du Christ : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de sa bouche. Voilà ce qui souille l’homme. » (Mt 15, 11)
C’est ce que Pierre entend à nouveau, pendant la vision de Jaffa : « Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit. »

Dans le Christ, nous sommes invités à fixer notre regard sur le projet de Dieu, sur la grandeur de son amour qui est de toujours (Ps 24). Le Christ nous révèle le vrai combat contre le péché : celui qui se joue dans le cœur de l’homme, et non dans la Création divine.

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Venceslas DEBLOCK

Prêtre du diocèse de Cambrai, responsable de la Commission d’art sacré.

(re)publié: 04/05/2020