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Le couronnement de la Vierge Marie

Enguerrand Quarton (1411-1466) 1454, détrempe sur bois, 183 x 220 cm (détail). Villeneuve-Lès-Avignon, musée Pierre de Luxembourg

Le visage de Marie a la pureté d’un lys. Parée de brocard rouge et de velours bleu, elle est couronnée par le Père et le Fils qui déploient autour d’elle leurs somptueux manteaux de pourpre royale. Ce majestueux couronnement de Marie ne serait-il qu’un mystère du rosaire, dévotion mariale outrée ? La question mérite d’être posée.
Autour d’elle, le Père et le Fils ont le même visage, celui de Jésus, selon une iconographie alors un peu datée, rappelant que c’est en Lui que nous pouvons voir le Père que nul n’a jamais vu. Entre eux, unissant leurs bouches, la blanche colombe de l’Esprit Saint déploie largement ses ailes, exprimant que Jésus est le Verbe de Dieu, sa Parole faite chair. Trois auréoles crucifères, rigoureusement identiques les couronnent. Avant Marie, c’est la Trinité qui est ici glorifiée. Mais l’artiste ferait-il de Marie une 4e personne de la Trinité ?
Pour ne pas le qualifier d’hérétique, il nous faut contempler Marie, telle que la Tradition la considère, « modèle de l’Eglise, dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union avec le Christ » [1] figure de l’Eglise achevée, c’est-à-dire de toute l’humanité invitée à l’union avec Dieu, « foule immense que nul ne peut dénombrer » (Ap 7, 9) et qui se déploie autour de du groupe central, ne laissant aucun espace vide. « Dans le ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme, la mère de Jésus représente et inaugure l’Eglise en son achèvement. » [2]
En cette reine pure, parée de magnificence par Dieu lui-même, c’est le désir de Dieu pour nous que nous contemplons, tel que l’évangéliste Jean l’exprime : « Jésus dit : “En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous.” » (Jn 14, 20)
Et si Marie est déjà dans la gloire alors que l’humanité est encore en chemin, c’est qu’elle s’est laissé entièrement couvrir par l’Esprit Saint, au jour de l’Annonciation, acceptant de porter le Fils pour qu’il partage notre condition. Quant à nous, l’Esprit de vérité que Jésus nous promet pour nous défendre et être toujours avec nous (cf. Jn 14, 16), nous est donné dans le baptême. Et nous avons sans cesse à nous mettre à son écoute, à lui faire place, pour mieux nous unir à Dieu.
Ce projet fou de Dieu peut nous sembler hors de notre portée. En Marie, nous contemplons l’humanité déjà auprès de Dieu, figure de notre vocation, « brillant déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation pour le peuple de Dieu en pèlerinage ». [3]
Marie couronnée nous est donnée comme encouragement sur le chemin qui nous conduit vers la pleine communion avec Dieu.

[1Selon l’expression de St Ambroise, reprise au Concile de Vatican II, Lumen Gentium, § 63.

[2Lumen Gentium § 68.

[3Ibid.

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Venceslas DEBLOCK

Prêtre du diocèse de Cambrai, responsable de la Commission d’art sacré.

(re)publié: 17/05/2020