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Le Bon Berger

Bruegel l’Ancien (c. 1525-1569), gravure, c. 1565.

C’est un tumulte sans nom. Le M. Jourdain de Molière en dirait sans doute : « il y a du mouton dedans ». Dedans, dehors, partout, Bruegel emplit sa page de brebis, ne laissant aucun espace vide. A l’arrière-plan elles sont agressées par des loups. Le berger de droite est prêt à s’enfuir, tandis que celui de gauche affronte courageusement la bête, en un combat à l’issue incertaine.
Au premier plan, au centre, massive, une bergerie abrite un autre troupeau. Illusoire sécurité ! L’abri est attaqué de toutes parts par des voleurs massifs, violents et vulgaires.
La légende en latin attribue ces mots au Christ, représenté en bon berger : « Pourquoi brisez-vous les côtés et le toit de ce refuge fait pour abriter mes brebis ? Pourquoi agissez-vous comme le font les loups et les voleurs ? »
En d’autres termes, il pose la question du mal qui frappe le troupeau, se gardant bien d’y répondre mais agissant pour le sauver.
Seul élément stable de la composition, le Christ mène son troupeau hors de la bergerie devenue dangereuse, alors qu’il leur dit, toujours selon la légende : « Séjournez ici en toute sécurité, pénétrez sous ce toit, car je suis le bon pasteur et ma porte est largement ouverte. »

Que de paradoxes ! Un refuge aussi dangereux que le plein air. Où trouver un refuge sûr ? Le linteau de la porte donne la réponse « je suis la porte des brebis. »
Le danger est partout. Il n’y a pas d’abri sûr pour le troupeau. Pas de toit pour se cacher ou se reposer.

Seule la proximité du Christ peut le sauver. Il est d’ailleurs le seul berger que les brebis regardent et suivent, « parce qu’elles écoutent sa voix, qu’Il les connaît » (cf. Jn 10, 27).
C’est une sécurité au risque des chemins du monde, qui n’est pas liée à un lieu, mais repose uniquement sur le lien de confiance établi entre le berger et son troupeau. Seule cette suite du Christ peut nous apporter la Vie éternelle. Il ne nous invite pas à bêler paisiblement dans un enclos ou une bergerie. Il nous invite à l’aventure à sa suite, une sorte de pâque permanente, d’exode de chaque jour.

Saurons-nous quitter nos fausses sécurités pour ne trouver notre abri que dans le Seigneur Jésus ?
Avons-nous assez de cette confiance pour croire que Lui seul, uni au Père, peut nous donner la vie éternelle, et qu’en le suivant, jamais nous ne périrons, personne ne nous arrachera de sa main ? (cf. Jn 10, 28)

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Venceslas DEBLOCK

Prêtre du diocèse de Cambrai, responsable de la Commission d’art sacré.

(re)publié: 05/05/2020