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Fête de saint Joseph - La fuite en Egypte, Arcabas (1926-2018)

Huile sur toile, 81 x 100 cm, coll. particulière.


Sur les flots comme hérissés de vaguelettes, la barque vogue paisiblement. A son bord, se trouvent une mère et son bébé protégés par un géant bleu, un rameur à la posture de gondolier, et un âne placide tout étonné de se trouver à bord.

Le rameur, plongé dans l’ombre, ressemble à Charon, le passeur du fleuve Styx, qui conduisait les morts aux enfers dans la mythologie grecque. Il s’agit bien de mort et de vie : ce couple fuit la fureur du roi Hérode pour protéger leur enfant. Devant eux, l’eau s’éclaircit. La vie est devant.

Arcabas choisit un motif original pour peindre la fuite en Egypte racontée par l’évangéliste Matthieu. La haute stature de Joseph rappelle son rôle décisif : c’est lui qui prend la mère et l’enfant pour les conduire à l’abri, selon le commandement divin reçu en songe.
Alors que le rameur, la mère et l’enfant sont traités avec un certain réalisme, la figure de Joseph, sorte de fantôme au visage dédoublé, étonne.
En effet, Joseph semble tourné vers deux réalités, un œil regardant droit devant, et l’autre plus haut ; une main de chair délicatement posée sur l’épaule de Marie, et l’autre désignant le ciel et l’étrange motif peint par l’artiste : une croix d’ocre et une colombe en plein vol.

Joseph, comme Marie, est docile à L’Esprit Saint. Il se laisse guider par lui. Et lors de la fuite en Egypte, il protège le Fils de Dieu de sa première croix, alors qu’il est trop petit pour la porter lui-même. Joseph est l’homme de la vie concrète, père nourricier et protecteur quotidien. Là est sa mission.

En peignant la Sainte Famille sur un bateau, accompagnée d’une colombe, Arcabas associe la fuite en Egypte à l’arche de Noé : comme au temps du déluge, Joseph est choisi par Dieu pour contribuer au Salut de l’humanité. Comme un temps du déluge, avec le Christ, une nouvelle Création émerge.


L’enfant blotti dans les bras de sa mère est en sécurité. Il étend joyeusement les bras vers la colombe, comme si c’était un jouet. Ce faisant, il accueille aussi déjà la croix.

Le large fond de feuilles d’or exprime que ce qui se joue là est divin. Sous ses allures de scène paisible, le drame du Salut est mis en scène. Joseph, guidé par le Seigneur, décide et agit. Il se donne pour protéger l’enfant-Dieu et sa mère, comme jadis Noé se donna pour sauver la Création divine.

Discret aux yeux des hommes, Joseph est grand aux yeux de Dieu.

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Venceslas DEBLOCK

Prêtre du diocèse de Cambrai, responsable de la Commission d’art sacré.

(re)publié: 19/02/2020