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Fête de l’Annonciation du Seigneur

(Anonyme du début du XVIe siècle, Huile sur toile, 265 x 165 cm. Milan, Pinacothèque de Brera).


Marbres, colonnes, chapiteaux dorés, sculptures… le décor est grandiose comme celui d’un temple ou d’une église. Nous sommes pourtant dans une chambre : le lit à l’arrière-plan ne permet pas d’en douter.
C’est dans ce cadre étonnant que Marie accueille l’ange Gabriel. Son visage au sourire paisible ne traduit pas la crainte et les questions que l’évangéliste Luc nous rapporte, mais une intériorité sereine et joyeuse.
Décidément, pourtant, ce décor n’a rien de réaliste. S’il prend l’allure d’un temple, c’est sans doute que ce qui se déroule sous nos yeux est sacré, et que Dieu se manifeste. Au centre, le lit aux allures de trône nuptial occupe tout l’espace, surmonté d’une curieuse boiserie. Telle un retable, elle encadre deux scènes de l’Ancien Testament, peintes en grisaille : Adam et Ève cédant au serpent tentateur, et l’ange les chassant du jardin d’Eden. Ainsi, la mémoire du péché originel est placée au centre de la scène. Alors que toute l’œuvre éclate de couleurs douces et raffinées, ces deux fenêtres noires semblent maléfiques.

Cet inquiétant souvenir ne fait que mettre en valeur la joyeuse escouade angélique qui surgit de partout, voletant partout dans le vaste espace. Souriants, ils adorent la jeune fille ou s’extasient devant elle.
Car Marie a accepté de porter le Fils de Dieu en son sein. Le peintre nous en donne tous les indices. Un ange tient au-dessus d’elle une navette d’encens, ou une lampe de sanctuaire. Peu importe, l’une comme l’autre atteste que Marie est devenue l’arche de la nouvelle Alliance. Comme l’arche de la première Alliance autrefois préservée dans le temple de Jérusalem contenait les signes de la présence de Dieu, Marie accueille en elle la présence de Dieu, son Fils.
Derrière Gabriel, deux autres anges apportent déjà les offrandes que les femmes juives portaient au Temple, après leur accouchement : un agneau et une colombe.
Ainsi, l’artiste joue de l’ambiguïté entre la chambre de Marie et le Temple de Jérusalem et nous fait parcourir l’histoire des hommes avec Dieu depuis les origines. Il déploie ainsi le thème de l’Annonciation comme la réponse salvatrice de Dieu aux hommes marqués par le péché.
Alors que les anges dansent autour d’elle, Marie accueille l’enfant promis par l’Ecriture, annoncé par les prophètes dont le buste surmonte le lit. Femme de foi, elle ne s’arrête pas à ses propres craintes, mais contemple émerveillée l’œuvre de Dieu qui n’abandonne jamais l’humanité.
Le Salut advient, Dieu vient rendre la joie au monde.

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Venceslas DEBLOCK

Prêtre du diocèse de Cambrai, responsable de la Commission d’art sacré.

(re)publié: 25/03/2020