À propos de « Violence »

Pour résumer ce long article en utilisant l'Intelligence artificielle de Mistral AI, Paris, France, d'abord une vérification que vous êtes un être humain...

Les grandes surfaces, n’en déplaisent aux petits commerçants, sont des lieux magiques, outre qu’on y trouve presque tout à profusion, il arrive qu’on y fasse des rencontres riches de sens.

J’y étais l’autre jour et sur le point de conclure, il me restait à payer mes achats quand soudain une lourde bouteille, une bonbonne de soda s’écrase sur mon pied, la douleur est si vive qu’elle m’arrache un cri, la douleur est insupportable, je m’abaisse pour me frotter le pied et la douleur persiste. A ce moment-là, le client qui me précède, propriétaire présumé de la bouteille me regarde et me dit avec l’air de celui qui s’y connaît : « vous ne trouvez pas que vous en faites un peu trop, ce n’est jamais qu’une bouteille, en plastique ». Il me fallut faire effort pour ne pas lui sauter à la gorge et lui balancer sa bouteille sur le crâne. J’avais envie de taper, d’injurier, d’hurler, d’être violent. Après avoir payé ma note, je lui ai dit : « à propos, c’est sur mon pied, que je sache, que votre bouteille est tombée et je suis bien le seul à savoir ce que j’ai senti. Je peux vous dire que ça m’a fait mal et que ça me fait encore mal ». Là-dessus, silence profond autour et alentour et je suis sorti, les conversations ont repris, j’ai eu l’impression qu’elles me concernaient .Je fais l’hypothèse que le propriétaire de la bouteille a commenté l’événement, probablement a-t-il recherché des assentiments, il ne devait pas être le seul à penser que j’en faisais trop. J’ai cru deviner un ricanement et l’envie me reprit d’aller lui régler son compte.

Depuis, ça va mieux, merci. Ce n’est pas le coup sur le pied qui a impulsé ma violence. Je n’avais pas vu l’acheteur de soda, j’étais tout entier à la douleur que ça me faisait, concentré sur mon pied gauche, étranger au reste du monde, sans conscience. Le tambour n’entend pas la mélodie, il n’entend que les coups qu’on lui donne sur la peau. J’étais donc douleur, l’œuf de pigeon, l’hématome malencontreux du cou de pied. C’est vrai que les banlieues les plus paumées, là où sévit 50 voire 60% de chômage, où tout manque et surtout le nécessaire ne sont pas les plus violentes de France. DENAIN, DUNKERQUE sont plus paisibles que ces banlieues qui côtoient les villes les plus riches de l’hexagone. Contrairement à une idée communément admise, la violence n’est pas directement liée à la blessure, la souffrance, l’injustice, la frustration. Ce qui m’a rendu fou de rage et violent c’est de ne pas être reconnu, entendu dans la souffrance que j’éprouvais. Qu’on puisse nier, imaginer que j’en faisais trop, ajoutait le ressentiment à la douleur. Et c’est pour être reconnu, accepté que m’est venue l’idée, à mon tour de faire souffrir : Je vais lui faire ce qu’il m’a fait et il sera contraint d’admettre, de reconnaître, d’accepter ma situation. Les témoignages abondent et les contre témoignages aussi pour attester l’idée qu’une source notoire, sûrement pas exclusive, mais principale, de la violence réside dans le fait d’être ignoré, pas entendu et reconnu dans les sentiments qu’on éprouve. Au chapitre des contre-témoignages, me revient ce que raconte Alice MILLER à propos d’HITLER, enfant, qui n’obtenait que ricanements aux messages de peur et de détresse qu’il exprimait.

Dans les quartiers sensibles, ce qui marche c’est lorsqu’on réussit à les réunir : jeunes, postiers, éducateurs, policiers, concierges, habitants et que les émotions peuvent se « dire ». Lorsque la colère se formule, la peur s’exprime, les souffrances parlent et perlent, alors le miracle s’opère, l’inextinguible soif de reconnaissance commence à être étanchée, parfois une seule goutte suffit à éteindre des incendies de haines qu’on croyait éternelles et les voilà qu’ils coopèrent.

Auprès d’enfants battus, ce qui marche aussi, c’est la parole enfouie qui enfin se libère, c’est la reconnaissance de souffrances endurées dans le silence méprisant. Passage obligé pour éviter que demain ça ne recommence. Enfant abusé, parent abuseur, c’est le cycle de la violence sans cesse alimenté aux sources de la souffrance non reconnue.

Ce n’est pas de limites, de police, de valeurs restaurées dont ont besoin jeunes et moins jeunes dans les lycées, mais de respect. Tant que les affects ne sont pas entendus, reconnus, acceptés, réprimer, recadrer, réglementer, revient à augmenter la rage, c’est remettre de la poudre à la bombe, l’huile sur le feu : ça n éteint rien, ça attise.

L’homme à la bouteille n’a pas fini de m’apprendre. Certes, il aurait pu dire autre chose que ce qu’il a dit et les effets eussent été bien différents. Souvent en pareilles circonstances les auteurs demandent qu’on les excuse et ajoutent qu’ils ne l’ont pas fait exprès. Si vous tardez à acquiescer, si vous tardez à lancer : « c’est pas grave », par exemple, vous avez droit souvent à de l’impatience et une répétition coléreuse… de l’explication, « je ne l’ai pas fait exprès que je vous dis ». Notez bien que cette formule m’agace prodigieusement et que je n’ai aucune envie de dire que ce n’est pas grave, car sur le coup et à cause du coup, c’est grave précisément. Je viens de comprendre pourquoi cette formule ne vaut guère mieux que l’autre. J’ai mal, j’attends acceptation de ma souffrance, j’attends qu’on la reconnaisse, au lieu de cela, celui par qui le trouble est advenu demande que je me déprenne de ma souffrance pour manifester à son endroit l’acceptation qu’il ne me donne pas… Je suis au rouet, c’est une torture incroyable.

Cette double méprise n’est point rare et me rappelle à quel point il paraît difficile d’accepter les sentiments auxquels on se trouve mêlé. Ainsi les parents sont-ils peu enclins à accepter les sentiments de leurs enfants, surtout si ces sentiments résultent de la vie commune, les conjoints, les enseignants aussi sont souvent dans la même difficulté. Et bonjour les justifications, dénis de toute sorte, tentatives de récupération éducative...Tu verras demain si cela t’arrive… sans compter les accusations d’avoir mal pris, comme s’il fallait, quand on est récepteur, ménager la susceptibilité de l’émetteur. C’est le monde à l’envers.

Comment se fait–il qu’il y ait tant d’obstacles à l’acceptation des sentiments d’autrui notamment lorsqu’ils sont proches ? Peut-être à cause de la culpabilité ? C’est pourtant avec de l’acceptation que la relation se développe… A ce sujet me revient la réflexion, d’Alice MILLER j’en ferai le mot de la fin : « toutes les vies et toutes les enfances sont pleines de frustrations, il ne peut pas en être autrement ; car même la meilleure des mères ne peut pas satisfaire tous les désirs et tous les besoins de son enfant. Cependant ce n’est pas la souffrance des frustrations qui entraîne le trouble psychique mais l’interdiction de cette souffrance, l’interdiction de vivre et d’exprimer la douleur des frustrations subies.

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Jean-Paul DONCKÈLE

Docteur en sciences de l’éducation
Psychosociologue
Philosophe

Publié: 01/04/2026