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Théologie morale

La charité : le moral, le social et le théologal

Cherchant à exprimer la dimension religieuse de l’amour, le mot « charité » est souvent employé, dans les traductions françaises de la Bible, pour traduire le grec « agapè » (322 occurrences du verbe, du substantif et du participe dans le seul Nouveau Testament !) [1].

Il est censé exprimer l’essence même du Dieu révélé en Jésus [2] et comme le résumé de tout ce à quoi l’Ecriture appelle l’homme en retour [3]. à ce double titre, la charité est donc considérée par l’Eglise catholique comme la vertu théologale par excellence, la plus grande à recevoir de Dieu, la plus difficile à vivre... et donc hélas la plus facile à caricaturer !

Les quelques lignes qui vont suivre voudraient, en cette dernière année de préparation au grand jubilé de l’an 2000, redonner tout son poids théologique et spirituel à cette vertu théologale, en protestant contre la réduction morale ou sociale qui en est souvent faite, y compris parfois par les chrétiens eux-mêmes !

I. Au-delà de la vertu et de la morale, la charité !

I.1. Un repère nécessaire...

Quand on parle de quelqu’un de « charitable », difficile de ne pas penser aussitôt à une vertueuse attitude faite de bienveillance et de patience. De prime abord, la charité semble bien avoir partie liée à la vertu.

I.1.1. Deux commandements qui n’en font qu’un

On le sait en effet, l’originalité du judaïsme puis du christianisme en matière de morale ne réside pas dans le contenu de leurs préceptes, mais bien plutôt dans l’insistance avec laquelle ils lient les deux tables de la Loi, la religion et la morale, autrement dit la relation à Dieu et la relation aux hommes, la première bousculant la seconde et la seconde vérifiant la première.

Radicalisant cette perspective, Jésus répond à l’homme qui lui demande quel est le premier commandement en citant non seulement le premier mais encore le deuxième, et en justifiant ainsi son ajout : « Le deuxième lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Mt 22/39).

Avec Jésus, il n’est plus possible de dissocier le culte et la morale. St Jean le dira on ne peut plus clairement : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu et qu’il déteste son frère, c’est un menteur : celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas. Oui, voilà le commandement que vous avez reçu de lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. » (1 Jn 4/20-21).

Quant à St Paul, se souvenant probablement des mises en garde jadis adressées par les prophètes [4], il invitera les chrétiens de Rome à ne pas se tromper de culte : « Je vous exhorte donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel. Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait. » (Rm 12/1-2).

Ainsi donc, la vie morale devient pour les disciples de Jésus lieu de vérification de l’expérience spirituelle et la charité fraternelle apparaît comme la conséquence nécessaire d’une authentique rencontre avec Dieu, comme un reflet de la charité divine elle-même.

I.1.2. La charité divine modèle de la charité fraternelle

Déjà dans l’Ancienne Alliance, il s’agissait, en observant les commandements, d’agir « comme » le Seigneur au temps de l’Exode (cf. Dt 10/18ss), le motif invoqué en l’occurrence n’étant pas une simple solidarité naturelle, mais l’histoire du salut !

Il s’agit donc, en se montrant charitable, d’imiter Dieu, d’imiter son Christ, modèle de l’amour désintéressé : « comme je vous ai aimés... aimez-vous les uns les autres » (Jn 13/34)... « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. » (Jn 15/9)... « Je leur ai révélé ton nom... pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux . » (Jn 17/23,26)... « Quant à nous, aimons, puisque Lui nous a aimés le premier. » (1 Jn 4/19)...« Cherchez à imiter Dieu... » (Ep 5/1)... « marchez dans l’amour, comme le Christ qui vous a aimés » (Ep 5/2).
I.2. ... mais un repère radicalement insuffisant !

On le voit, l’accueil du don de Dieu, de son amour, invite en retour à une transformation progressive des comportements dans le sens d’une plus grande charité à l’égard du prochain. Mais, sauf à confondre la sainteté avec la vertu, on ne saurait réduire la charité dont nous avons à témoigner avec l’exemplarité d’une vie morale irréprochable. Nous sommes en effet appelés à la sainteté... pas à la vertu ! Le comportement moral ne qualifie pas, à lui seul, la foi chrétienne ; il n’en est que la conséquence.

Du reste, s’il s’agissait simplement d’« être en règle » par rapport à des principes moraux, force serait de constater que ceux posés par Jésus sont proprement impraticables. Qu’il s’agisse en effet de l’amour des ennemis (Mt 5/38-48) ou du pardon des offenses (Mt 18/21-22), de l’amour conjugal (Mt 19/1-12), du partage des richesses (Mt 19/16-24) ou de l’exercice du pouvoir (Lc 22/24-27), la barre est fixée si haut [5] qu’elle semble inaccessible et suscite immanquablement de la part des disciples la question : « Mais alors qui peut être sauvé ? » (Mt 19/25 ; cf. Lc 13/23).

La vertu se construit à coups de volonté, d’efforts et d’ascèse ; la charité se reçoit comme un don de Dieu (Mt 19/26 ; Rm 5/5 et 15/30) qui culmine avec un pardon offert alors même que nous n’en sommes pas dignes, alors même que nous peinons à traduire concrètement les exigences morales de l’évangile et qu’on trouverait autour de nous bien des incroyants plus vertueux que nous.

Si c’est une vertu, précisons donc que la charité est une vertu théologale qui, comme telle, se réfère directement à Dieu [6], qui en est d’ailleurs non seulement le modèle mais encore la source.

II. Au-delà d’un nécessaire engagement social, la charité !

II.1. Un engagement nécessaire au nom de l’efficacité et d’une certaine crédibilité de l’amour que l’on prétend porter au prochain

On connaît le paternalisme auquel a pu donner lieu une charité réduite à l’aumône et aux seules relations interpersonnelles [7]. Par défaut d’analyse et sous couvert de charité, nombre de catholiques ont en effet préféré, au début de ce siècle, soigner les effets plutôt que de s’attaquer aux véritables causes économiques, sociales et politiques des situations de misère qu’ils voulaient combattre.

Dans ce contexte et par réaction, beaucoup, stimulés d’ailleurs par les thèses d’un marxisme vulgarisé, se sont détournés d’une charité ainsi caricaturée pour s’engager dans le combat syndical et politique réputé plus efficace pour transformer la société.

Ruineuse alternative à laquelle le magistère de l’Eglise fit face en élaborant peu à peu une doctrine sociale, au sein de laquelle le principe de solidarité tient une place essentielle. Voulant corriger une approche trop individualiste de la charité et relisant l’enseignement social de ses prédécesseurs, le pape Jean-Paul II note en ce sens que Pie XI qualifiait déjà la solidarité de « charité sociale » [8]. Et lui-même de poursuivre cette réflexion dans trois grandes encycliques [9], se plaisant à souligner notamment « les nombreux points de contact entre la solidarité et l’amour qui est le signe distinctif des disciples du Christ (cf. Jn 13/35). » [10]

Les évêques de France ne font pas autre chose lorsqu’ils cherchent, eux aussi, à réconcilier les chrétiens avec l’engagement au sein des structures économiques et politiques : « Le service du bien commun à des niveaux divers est une forme particulièrement importante de la justice et de la charité. Les dérives de la politique politicienne ne doivent pas faire oublier la grandeur de la fonction politique » [11].

Le catéchisme de l’église catholique peut donc désormais affirmer sans complexe : « La solidarité est une vertu éminemment chrétienne. Elle pratique le partage des biens spirituels plus encore que matériels. » (n° 1948).

II.2. Au-delà de la solidarité...

On vient de le voir, il est légitime d’associer la solidarité à la charité... à condition toutefois de ne pas réduire la seconde à la première. Sans sous-estimer en effet l’importance du combat à mener au sein de toutes les structures sociales pour qu’elles soient bien au service de la personne, il est clair cependant que le témoignage rendu à l’évangile ne saurait s’y réduire. Le Royaume que l’Eglise annonce et qui est inauguré dans la résurrection de Jésus ne s’identifie à aucune réalisation politique terrestre. Le même pape qui revendique la prise en compte par les chrétiens des réalités économiques, sociales et politiques, sait aussi leur rappeler la nature profonde de la charité : « A la lumière de la foi, la solidarité tend à se dépasser elle-même, à prendre les dimensions spécifiquement chrétiennes de la gratuité totale, du pardon et de la réconciliation. Alors le prochain n’est pas seulement un être humain avec ses droits et son égalité fondamentale à l’égard de tous, mais il devient l’image vivante de Dieu le Père, rachetée par le sang du Christ et objet de l’action constante de l’Esprit Saint. Il doit donc être aimé, même s’il est un ennemi, de l’amour dont l’aime le Seigneur, et l’on doit être prêt au sacrifice pour lui, même au sacrifice suprême : ‘Donner sa vie pour ses frères’ (cf. 1 Jn 3/16). » [12]

Nous touchons là peut-être la différence essentielle entre la solidarité et la charité. L’une se justifie en raison, l’autre n’a d’autre motif qu’elle-même ; la première est un dû, la seconde est un don ; on peut exiger un comportement solidaire, on est toujours émerveillé des initiatives de la charité.

Lorsque Pie XII parle de cette « loi de solidarité humaine et de charité qui nous assure que tous les hommes sont vraiment frères » [13], il cherche à fonder cette affirmation sur deux arguments de raison (d’une part une communauté d’origine, d’autre part l’égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes) avant d’évoquer le sacrifice du Christ. Les droits de l’homme sont de cet ordre, comme la maxime morale universelle qui stipule : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse ! » [14]. Placé dans des circonstances analogues, tout homme serait enclin à réagir de cette façon. On en déduit une norme pour déterminer ce qu’un homme est en droit d’attendre de son semblable. Ainsi un comportement mû par un sens de la solidarité est un comportement généreux mais toujours raisonnable, c’est-à-dire qu’on peut le comprendre et qu’il faut même chercher à le généraliser, par la contrainte s’il le faut [15].

Il n’en va pas ainsi de la charité qui, ainsi qu’on le verra plus loin, va au-delà du raisonnable et de ce qu’on est en droit d’attendre du seul esprit de solidarité.

Prenons l’exemple du respect de la vie humaine.

Au nom de la solidarité qui lie tous les humains, l’interdit du meurtre se retrouve dans toutes les sociétés. Mais partout ce principe souffre quelques exceptions, à commencer par la légitime défense. Il est en effet couramment admis qu’on est davantage tenu de veiller à sa propre vie qu’à celle d’autrui [16], ce qui se traduit par le proverbe : « Charité bien ordonnée commence par soi-même ! » [17]. Aucune société humaine ne peut exiger de ses membres la conduite héroïque du sacrifice de soi. Elle admet plutôt que, pour chacun de ses membres, sa propre vie soit plus précieuse que celle d’autrui et donc qu’en cas de conflit de valeurs, ce soit celle-ci qui l’emporte et dicte l’attitude de chacun.

Les choses changent avec le précepte biblique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lév 19/18 ; Mt 22/39). En effet, il s’agit d’accorder désormais autant de valeur à la vie de l’autre qu’à la mienne propre... ce qui peut conduire à des choix difficiles !

Mais la charité dont témoigne le Christ Jésus va plus loin encore : pas de plus grand amour en effet que de donner sa vie pour ceux qu’on aime [18]... et c’est à un tel amour que nous sommes conviés à mesure de notre conversion !

III. La plus grande des trois vertus théologales

Parmi les dons de Dieu, cette prééminence accordée à la charité remonte à St Paul lui-même [19]. Et l’Eglise, bien évidemment, ne dit pas autre chose [20].

On peut néanmoins se demander si la définition que le Catéchisme de l’Eglise Catholique croit devoir en donner est très heureuse : « La charité est la vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose pour Lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. » [21]... On comprendrait mieux une finale ainsi rédigée : « et notre prochain comme nous-mêmes grâce à l’amour de Dieu »... Mais ce « pour l’amour de Dieu » fait question... En effet, aimer le prochain non pas pour lui-même mais pour l’amour de Dieu n’est pas la marque la plus probante du désintéressement qui doit précisément caractériser la charité ! [22]

Essayons de comprendre ici ce qui fait de la charité la première des trois vertus théologales et soulignons-en quelques aspects...

III.1. La vertu théologale par excellence

III.1.1. La charité fait connaître Dieu

Pas d’autre chemin que l’amour pour connaître Celui qui est Amour ! Là encore, St Jean va droit à l’essentiel : « Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est amour. » (1 Jn 4/7). C’est aussi simple que cela !

III.1.2 La charité témoigne de l’initiative de Dieu

En amour, Dieu a toujours l’avantage ! La charité, comme vertu chrétienne, n’est que notre réponse à la charité divine, à l’amour dont Dieu nous a aimés le premier (cf. 1 Jn 3/16 ; 1 Jn 4/10,19).

III.1.3. La charité signe la présence de Dieu

Des vertus théologales, le Catéchisme de l’Eglise Catholique dit qu’ « elles sont le gage de la présence et de l’action du Saint-Esprit dans les facultés de l’être humain » [23]. Notons que c’était déjà ce qu’exprimait, en une magnifique formule, la belle hymne latine chantée le Jeudi Saint : « Ubi caritas et amor, ibi Deus est » [24].

La charité nous introduit dans l’amour trinitaire, un amour qui n’est pas fusion, mais communion. Et cet amour, il s’agit non seulement de l’entrevoir mais d’y demeurer ! (Jn 15/9-10).

III.1.4. La charité rend éternel avant l’heure

Tout passe, nous dit St Paul, même les vertus... sauf précisément la foi, l’espérance et la charité (cf. 1 Co 13/8,13). St Jean lui fait écho : « Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort dans la vie, puisque nous aimons nos frères. Qui n’aime pas demeure dans la mort. » (1 Jn 3/14).

III.2. Quelques aspects de la charité

III.2.1. Un amour qui n’est pas sensiblerie

Les évêques de France ont bien noté ce qui, de prime abord, semble être une bizarrerie : « L’évangile qui parle le plus de l’amour, celui de Jean, est celui qui parle le plus des commandements : ‘Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements’ (Jn 14/15). » [25]. C’est qu’en effet la charité à laquelle est appelé le disciple n’est pas simple affaire d’émotion, de coup de coeur. La charité est aussi affaire d’intelligence et de volonté. à ce titre, le Christ en fait un commandement... le commandement qui éclipse tous les autres (cf. Jn 13/34 ; Jn 15/12,17).

III.2.2. Un amour qui n’est pas sélectif

« Si vous aimez ceux qui vous aiment, demande Jésus à ses disciples, quelle récompense allez-vous en avoir ? Les collecteurs d’impôts eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens n’en font-ils pas autant ? » (Mt 5/46-48). Et à ceux qui n’auraient pas encore compris cette exigence d’universalité et qui voudraient ne considérer comme leur prochain que le proche parmi les proches, Jésus raconte la parabole du bon Samaritain (cf. Lc 10/25-37) : l’amour qui vient de Dieu ne se limite pas aux seules solidarités naturelles !

III.2.3. La marque de la surabondance divine

Dieu n’est pas mesquin. La charité est un amour qui va au-delà des exigences de la justice et qui pousse à donner plus qu’il n’est demandé (cf. Mt 5/40-41 ; Lc 14/12-14)). Cet excès est comme un reflet de ce trop plein de l’amour divin que l’on retrouve dans les signes posés par Jésus : les jarres d’excellent vin, à Cana, sont remplies « à ras bord » (Jn 2/7) et lorsque Jésus rassasie les foules, il reste encore douze paniers ! (Jn 6/12-13)

III.2.4. L’humble chemin du service

C’est parce que Jésus sut aimer les siens « jusqu’au bout » (Jn 13/1), qu’il voulut se faire leur serviteur, d’abord par le geste symbolique du lavement des pieds, puis par le don suprême de sa vie. Toute sa vie aura d’ailleurs été placée sous le signe du service (cf. Mt 12/18 ; Mc 10/43-45 ; Lc 22/27). Aussi, en pensant au Christ, St Paul pourra dire : « l’amour rend service » (1 Co 13/4).

III.2.5. Le signe distinctif du chrétien

Puisque Dieu, qui est amour, ne peut être connu que par l’amour, c’est cette charité qui permet d’identifier les proches du Christ (Mc 3/31-35 ; Mt 7/21-23), ses authentiques disciples (cf. Jn 13/34-35).

III.2.6. La source de bien d’autres vertus !

Il faut relire ici le célèbre hymne à la charité (1 Co 13) ou ce qu’en dit le Catéchisme de l’Eglise Catholique : « La charité a pour fruits la joie, la paix et la miséricorde ; elle exige la bienfaisance et la correction fraternelle ; elle est bienveillance ; elle suscite la réciprocité, demeure désintéressée et libérale ; elle est amitié et communion » (n°1829).

Pour conclure ces quelques pages, risquons une méditation personnelle sur le texte de St Paul auquel nous avons fait allusion ici et qui est si souvent choisi parmi les lectures du mariage à l’église...

Aimer... non pas aider, mais aimer ;
non pas seulement donner, mais aussi recevoir.
Aimer... non pas asservir, mais servir,
non pas posséder, mais respecter.
Aimer... non pas travailler à son compte, en solitaire,
mais oeuvrer avec d’autres, en solidaires.
Aimer... non pas céder sans discernement
à toutes les impulsions de son « bon coeur »,
mais chercher le comportement le plus responsable,
savoir dire « oui »... et « non » quand il le faut.
Aimer... non pas tant éprouver de grandes émotions, aussi intenses qu’éphémères, que choisir de durer et goûter la fidélité,
non pas seulement affaire de sentiments, mais aussi de volonté.
Aimer... non pas chercher l’exploit, la performance,
mais donner poids et sens à l’humble quotidien,
non pas d’abord une action, mais une disponibilité de tout l’être.
Aimer... non pas avoir, savoir ou pouvoir,
mais simplement aimer.
Aimer maintenant...
non pas rêver du futur, mais accueillir l’instant présent,
aimer maintenant tel que je suis
et non tel que je voudrais être.
Aimer comme Dieu...
sans limite, sans arrière-pensée,
sans regret ni amertume,
sans jamais désespérer.
M’aimer moi-même suffisamment pour que l’invitation
qui m’est faite à aimer le prochain comme moi-même ait du sens...
Aimer ceux que Dieu me donne pour compagnons de route,
bien mieux, pour frères...
Aimer Celui qui, tel un mendiant,
frappe à la porte de mon coeur et de ma vie.
Aimer... car cela couvre une multitude de péchés.
Aimer... car cela seul nous fait connaître Dieu.
Aimer... car cela seul rend éternel.
 

[1Depuis la célèbre étude d’A. NYGREN sur « érôs » et « agapè », les commentateurs ont souvent joué sur l’opposition présumée entre les deux registres, le second étant seul présent dans la Bible et susceptible d’exprimer la spécificité de l’amour chrétien.

[2« Dieu est amour » répète St Jean (1 Jn 4/8,16)

[3« si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons... nous aimer les uns les autres » (1 Jn 4/11). « Sur l’amour fraternel, vous n’avez pas besoin qu’on vous écrive, car vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres » (1 Th 4/9).
« La charité est donc la loi dans sa plénitude » (Rm 13/8-10) cf. Ga 5/14 ; Mt 22/40.

[4Qu’on aille relire ici Am 5/21-24 ou encore Is 58/3-10 !

[5« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5/48)

[6cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1812.

[7Ce que Paul RICOEUR appelle « les relations courtes » par opposition à celles qui connaissent la médiation des réalités institutionnelles.

[8Catéchisme pour Adultes, n° 570

[9Dès 1981, il publiait Laborem exercens, sur le travail humain. En décembre 1987, à l’occasion du vingtième anniversaire de l’encyclique Populorum progressio, c’était l’encyclique Sollicitudo rei socialis sur la question sociale et le développement ; et en 1991, cent ans après l’encyclique Rerum novarum, c’était l’encyclique Centesimus annus qui marquait le centenaire de la doctrine sociale de l’Eglise.

[10Sollicitudo rei socialis, n° 40

[11Catéchisme pour Adultes, n° 570

[12Sollicitudo rei socialis, n° 40

[13La citation est faite au moins à 2 reprises dans le Catéchisme de l’Eglise catholique, au n° 361 et au n° 1939

[14Reprise dans l’évangile, cette maxime devient la « règle d’or », formulée de manière positive : « tout ce que vous voudriez que vous fassent les hommes, ainsi, vous aussi, faites pour eux » (Mt 7/12 et Lc 6/31). Un impératif qui n’est clos par aucune limite et donc qui fait appel, non pas à ce qu’on est en droit d’attendre d’un sentiment de solidarité naturellle, mais au choix libre et volontaire de se faire le prochain des hommes dans l’épreuve.

[15La législation française, pour ne parler que d’elle, sanctionne la « non assistance à personne en danger »

[16St Thomas d’Aquin, Somme Théologique (IIa-IIae, q.64, art.7) ; Catéchisme de l’Eglise catholique n° 2264

[17Le paradoxe est qu’il ne s’agit précisément pas là de la charité, mais d’une considération plus réaliste qu’altruiste !

[18Cf. Jn 15/13

[191 Co 13/13

[20Catéchisme pour adultes des évêques de France, n°531 ; Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1826

[21Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1822

[22a charité « demeure désintéressée et libérale » Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1829

[23Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1813

[24« Où sont amour et charité, Dieu est présent »

[25Catéchisme pour Adultes, n° 520

Philippe LOUVEAU

A longtemps fait partie de l’équipe de PSN, est aujourd’hui curé de la paroisse St Cyr-Ste Julitte et responsable du secteur pastoral de Villejuif (diocèse de Créteil) - France

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Philippe LOUVEAU

A longtemps fait partie de l’équipe de PSN, est aujourd’hui curé de la paroisse St Cyr-Ste Julitte et responsable du secteur pastoral de Villejuif (diocèse de Créteil) - France

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© 1995-2004 Port Saint Nicolas
avril 1999

(re)publié: 01/09/2011
1ère public.: 31/03/1999