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Entre « C’est quoi l’Eucharistie » et « C’est par tradition... »

Quelle attitude avoir, et que dire, face à de futurs mariés (qui ont 2 enfants de 7 ans et 6 mois, et 13 ans de vie commune) qui, lorsqu’en préparant les chants de leur mariage,
- à ma question : « Y aura-t-il une Eucharistie ? » me répondent : « C’est quoi l’Eucharistie ? » ;
- à ma question : « Pourquoi vous mariez-vous à l’église ? » répondent : « C’est par tradition et pour le père de la mariée, qui est décédé il y a dix ans. »


À vous lire, je suppose que, dans votre paroisse ou secteur pastoral, vous aidez les couples à préparer musicalement la célébration de leur mariage.
C’est un beau service et, comme prêtre, j’apprécie la manière dont quelques-uns le rendent dans ma paroisse. Bravo, donc ! :-)

Je n’ai aucun mal à comprendre que ce service vous fait - douloureusement parfois ! - toucher l’inculture religieuse de beaucoup de jeunes couples, mais j’aimerais seulement vous encourager en soulignant le fait que cette mission que vous avez reçue fait de vous, avec le prêtre ou le diacre qui préside et les couples qui ont probablement accueilli les futurs mariés, un visage de cette Eglise que sollicitent les futurs mariés dont vous parlez.
Autant dire que votre attitude est déterminante pour l’image que ce couple va pouvoir se faire de l’Eglise aujourd’hui !

Va-t-il être accueilli avec bienveillance (celle-là même dont Jésus fait preuve dans ses rencontres rapportées dans les évangiles) ou bien jugé comme « ne-faisant-pas-les-choses-dans-l’ordre-et-comme-prévu-par-l’Eglise » ? Entre l’Eglise de leur village en 2011 et ce qu’il identifie comme étant le message de Jésus, ce couple va-t-il pouvoir au moins pressentir une certaine continuité ?
Ou bien nos propos désabusés, amers et peu fraternels vont-ils au contraire alimenter les préventions que ce couple peut avoir à l’encontre de l’institution ecclésiale ?
Va-t-on accueillir ces futurs mariés comme des frères dont l’amour nous réjouit et que l’on veut aider à s’insérer peu à peu dans cette Eglise dont ils font partie tout comme nous ? Ou bien les considérerons-nous comme des clients ponctuels dont on n’attend rien sinon un chèque en règlement de la prestation à l’église ?

Je comprends bien que vous aimeriez entendre de leur part quelques convictions religieuses qui vous permettraient de vous sentir sur la même longueur d’ondes.
Le prêtre qui les a rencontrés, aussi ! Il a peut-être eu la même première réaction que vous... Mais, même lui, qui a sans doute pu les rencontrer assez longuement et recueillir quelques confidences, ne leur aura sans doute pas posé la question aussi directement que vous. Ne sommons pas les gens d’exprimer leur foi dès le premier contact, quand nous mêmes avons parfois du mal à en rendre compte ! Ils risquent de prendre cela pour un examen de passage et se fermer au lieu de se sentir en confiance pour pouvoir risquer, dans leurs mots qui ne sont pas nécessairement les nôtres, une petite expression de leur amour et/ou de leur foi.

Quand on souffre - et croyez bien que j’en souffre autant que vous ! - de ne voir aucune réponse à la perche que l’on tend pourtant, il faut que nous nous disions (aussi bien les prêtres que les laïcs !) qu’il nous est donné de faire seulement un petit bout de chemin avec ces couples, et que d’autres prendront le relais après nous. Comme dit le psaume : « L’un sème, l’autre moissonne ! »... Dieu n’en a certainement pas fini avec ce couple, même si nous ne voyons pas, nous, comment aller plus loin avec lui maintenant !

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André KÉRYGME

Curé de Port Saint Nicolas

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(re)publié: 01/07/2011