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Quand peut-on dire qu’une messe est « réussie » ?

« C’était une belle messe, très réussie »... entendent parfois, au sortir d’une célébration, les grenouilles qui habitent les bénitiers.
Les équipes liturgiques qui se mettent au service de la prière commune et qui préparent les célébrations se réjouissent évidemment d’entendre de tels échos. Pourtant, ce qualificatif de « réussie » à propos d’une messe n’est sans doute pas le plus approprié pour évaluer le travail d’une équipe liturgique.
Porter un jugement sur une messe en termes de performance serait en effet ramener la liturgie à ce que nous faisons, alors que - comme aime à le dire St Benoît - elle est fondamentalement opus Dei, « œuvre de Dieu ».
Et le faire sur le mode du « ça m’a plu » ou « c’était super », avec comme principaux critères l’ambiance et/ou le nombre de participants, nous orienterait dangereusement vers la course à l’audimat et une liturgie réduite à un spectacle religieux dont on pourrait mesurer l’impact par le jeu des acteurs !

Une grande humilité et prudence s’imposent donc à l’équipe liturgique qui voudrait relire une célébration. Et sans doute lui faut-il s’interdire de le faire « à chaud », au sortir de l’église.

Quand elle s’y risquera, elle aura d’ailleurs à préciser les choses pour affiner le jugement. Celui-ci dépend en effet beaucoup du point de vue où l’on se place ! Celui de la responsable de la décoration florale ne sera pas forcément celui de l’animateur des chants, lequel ne sera pas non plus celui de la chorale ou de l’organiste ou du diacre ou du responsable des enfants de chœur ! Et ceux qui, pour avoir longtemps préparé cette célébration, auront été d’autant plus chagrinés de ce qu’ils considèrent comme des « loupés » devront savoir relativiser leur point de vue, un point de vue qui n’est en effet pas forcément partagé par les habitués de la nef ou encore les chrétiens de passage !
Du point de vue de la nef, peut-être pourra t-on dire qu’une messe s’est bien déroulée quand chacun aura été accueilli et aura pu davantage prendre conscience qu’il était membre d’un corps... quand les participants y auront découvert qu’ils ne se sont pas cooptés, mais sont convoqués ensemble... ou quand chacun aura pu trouver une nourriture à la table du Seigneur : pas seulement la communion eucharistique, mais aussi le livre des Ecritures, la table de la Parole... quand chacun aura pu se joindre à la prière commune et en sera ressorti heureux.
Du point de vue du ministère de présidence, la messe sera bien vécue quand transparaît cette vérité fondamentale qu’à travers le prêtre c’est bien le Christ qui préside ! ... ou quand tous les « acteurs » de la liturgie ont cherché à se faire place les uns aux autres au service de la prière commune, autrement dit, quand le Corps du Christ s’est donné à voir autant qu’à manger ! « Recevez ce que vous êtes et devenez ce que vous recevez ! » disait l’évêque St Augustin.

Alors, malgré l’inadéquation du langage de la « réussite » en matière de liturgie et après toutes ces considérations, peut-on néanmoins dégager un critère solide qui puisse nous faire dire d’une messe qu’elle fut « réussie » ?
J’en vois au moins un : une messe peut être considérée comme « réussie » quand les participants en ressortent transformés et meilleurs témoins de l’Evangile. « On reconnaît l’arbre à ses fruits » dit en effet Jésus !

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André KÉRYGME

Curé de Port Saint Nicolas

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(re)publié: 01/12/2009