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Réflexions générales

Les emplois du mot « sacrement » et sa signification

 

Un engagement à la suite du Christ

Aux origines, le mot latin sacramentum, sous la plume de Tertullien (vers 200), fils d’officier romain et juriste distingué, désignait le serment à l’entrée du service militaire ou lors d’une accession à la fonction publique. Dans une église persécutée, les sacrements chrétiens sont marqués par l’engagement vis-à-vis du Christ. Un engagement qui peut coûter la vie. Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie vers 112 écrit ainsi à l’empereur Trajan : « ....les chrétiens avaient l’habitude de se réunir à jour fixe avant le lever du soleil, de chanter entre eux alternativement un hymne au Christ comme à un dieu, de s’engager par serment non à perpétrer quelque crime, mais à ne commettre ni vol, ni brigandage, ni adultère, à ne pas manquer à la parole donnée, à ne pas nier un dépôt réclamé en justice ; ces rites accomplis, ils avaient coutume de se séparer et de se réunir encore pour prendre leur nourriture qui, quoi qu’on en dise, est ordinaire et innocente »

Les signes du mystère de Dieu

Les Pères de l’église vont élargir la signification du mot sacrement. Ils vont l’enrichir de ce qu’exprimait le mot mystère. Pour Augustin, au 3e siècle, les sacrements sont des signes de Dieu. Ils désignent une réalité divine présente dans une réalité humaine. Dans les catéchèses des sacrements, les Pères parleront des signes de salut posés par le Christ dans l’évangile, des signes de la foi de l’Eglise : le Baptême et l’Eucharistie bien sûr, mais plus largement encore l’onction d’huile, le credo appelé « symbole », le Notre-Père...

« Dans l’église primitive, on appelait sacrements les événements historiques, les paroles de l’écriture, les éléments du culte religieux qui laissent transparaître l’action du salut réalisé par le Christ et qui permettent donc à l’éternel de se manifester dans le temps et même de s’y rendre présent comme constituant sa véritable réalité intérieure » (Ratzinger, cité par Mgr Coffy, Église signe de salut au milieu des hommes, 1971, Centurion).

Une constellation de signes

Progressivement le mot « sacrement » en est venu à désigner seulement les sept sacrements, c’est-à-dire les sept grands rites officiels de l’église. Depuis le concile de Vatican II, I’emploi du mot s’est considérablement élargi. Tout en désignant au sens strict les rites chrétiens, il est employé aussi pour désigner le Christ et l’église, par exemple. Il s’enrichit ainsi de ce que traduisait son ancêtre le mot « mystère », et renoue avec une perspective de communication chère aux Pères de l’église : il n’est plus considéré comme un en-soi. Le sacrement n’est pas seulement un rite dans le sens restreint d’une démarche formelle, administrative, mais un signe dans un contexte de communication entre des partenaires. Le Christ est sacrement de Dieu pour les hommes, et l’église est sacrement du Christ. Et les sacrements prennent sens parce qu’ils manifestent la foi au Christ, I’appartenance à son église et parce qu’ils manifestent que le mystère de Dieu et de son salut est à l’oeuvr ! e da ns le concret des expériences humaines du don de soi, du pain partagé, de la conjugalité, de l’exercice des responsabilités, dans l’affrontement de la maladie... Recevoir un sacrement, c’est en quelque sorte pour celui ou celle qui le reçoit devenir sacrement du Christ pour autrui.

 
Michel SCOUARNEC

Prêtre du diocèse de Quimper

(re)publié: 31/05/1996