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Réflexions générales

Le catéchuménat

I. Le parcours des catéchumènes

1. Le pré-catéchuménat

C’est le temps de la première évangélisation qui peut durer parfois plusieurs années jusqu’à l’entrée en catéchuménat, où l’Église les reçoit et les inscrit comme chrétiens catéchumènes. Une célébration d’entrée en catéchuménat marque cette étape.

2. Le catéchuménat

Commence alors le temps du catéchuménat, qui est un temps d’apprentissage de la vie chrétienne, avec des moments de catéchèse et la célébration de rites spécifiques. Ce temps mène à l’appel décisif, célébré d’ordinaire le 1er dimanche de carême.

L’appel décisif

Après maturation de leur foi et au terme du catéchuménat, les catéchumènes sont appelés par l’Évêque, à recevoir dans la prochaine célébration de Pâques les sacrements de l’initiation chrétienne. Lors de la célébration, chacun est appelé par son nom, parfois un nom nouveau qui est inscrit sur des registres confiés à la prière de l’Église. L’appel décisif est le moment où l’appel de Dieu est manifesté solennellement. L’Église exprime sa sollicitude envers les catéchumènes.

3. Le carême

L’étape suivante, plus courte et plus intense, correspond au carême et du combat spirituel. Ce temps appelé « de la purification et de l’illumination » conduit à la réception des sacrements dans la nuit du samedi Saint au dimanche de Pâques.

Les sacrements de l’initiation

À l’issue de cette période de cheminement spirituel, les catéchumènes reçoivent les sacrements par lesquels tout chrétien est initié. Ces sacrements sont au nombre de 3 : le baptême, la confirmation et l’eucharistie.

4. Le temps de la mystagogie

Un temps est ensuite proposé pour approfondir et comprendre le mystère célébré dans ces sacrements (temps dit de la « mystagogie »). Les nouveaux baptisés ou « néophytes » participent alors à la vie et à la mission de l’Église au sein de la communauté des chrétiens.

II : Le catéchuménat

À Pâques, la célébration des baptêmes, notamment d’adultes mais aussi de jeunes, manifeste davantage le sens profond de cette grande fête chrétienne. C’est Jésus, le Christ qui, par sa mort et sa résurrection, ouvre le croyant à une nouvelle naissance pour vivre en alliance avec Dieu. C’est le don du Christ qui est chemin, vérité et vie.

La célébration de la nuit du Samedi Saint au dimanche de Pâques est « une veille en l’honneur du Seigneur » durant laquelle les catholiques célèbrent Pâques, passage des ténèbres à la lumière, victoire du Christ sur la mort. C’est pourquoi, dans la nuit, le feu nouveau et le cierge de Pâques sont allumés, puis la flamme est transmise aux fidèles. C’est aussi durant cette veillée – ou Vigile pascale – que sont célébrés les baptêmes d’adultes. Ils sont l’occasion pour les fidèles de renouveler les promesses de leur baptême. À l’issue de leur chemin de catéchuménat, vécu depuis plusieurs années, cette nuit pascale constitue un sommet pour leur initiation chrétienne.

Au coeur de la vigile, les rites spécifiques aux sacrements d’initiation sont parlants : la plongée dans l’eau, symbole de mort et de vie, passage à la résurrection dans le Christ. On est baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Au sortir de l’eau, les nouveaux baptisés seront revêtus du vêtement blanc. Ils le porteront au cours de certaines célébrations du temps pascal. S’ils sont confirmés ce soir-là, il y aura le rite avec le saint chrême, la marque de l’Esprit Saint. Avec toute l’assemblée, ils recevront le cierge allumé. Tels des porteurs de la lumière de foi dans leur vie, ils participent à la liturgie eucharistique et communient pour la première fois.

Ce qui est beau à voir et non moins significatif, c’est la joie rayonnante de ces nouveaux baptisés. Cette émotion profonde et toute simple mais qui en dit long sur la transformation humaine et spirituelle qu’ils sont en train de vivre. Ils sont les mêmes hommes, les mêmes femmes qu’auparavant mais tout autre quand même puisque résolument disciples de Jésus de Nazareth.

Le catéchuménat une aventure spirituelle

L’itinéraire catéchuménal des adultes conduit normalement à la réception des trois sacrements de l’initiation chrétienne (le baptême, la confirmation et la première communion) au cours de la même célébration. Un adulte baptisé qui n’aurait pas été catéchisé, qui n’aurait pas reçu le sacrement de confirmation, ou qui n’aurait jamais communié, peut être accueilli dans un groupe catéchuménal pour se préparer à l’un ou l’autre sacrement. Pour eux tous, c’est l’occasion de vivre ce cheminement en Église, au sein d’une communauté paroissiale locale qui les soutient.

Le temps du catéchuménat : un temps de conversion

Au-delà du formalisme de ces étapes, c’est toute la démarche intérieure qu’il faut susciter, favoriser et accompagner. Le catéchumène découvre qu’en fait il demande la vie nouvelle dans le Christ. Il prend conscience qu’il s’agit du franchissement du mystère pascal. C’est pourquoi il est important de vivre au moins une fois l’ensemble du cycle de l’année liturgique. Demander les sacrements de l’initiation, c’est vouloir être uni au Christ, vivre de sa vie. Avec lui, il faut passer par la mort à ce monde. En lui, il faut recevoir la grâce de Dieu pour être déjà participant de son Royaume, fils et fille du Père. C’est pourquoi il est nécessaire de prendre la route de la conversion qui entraine bien au-delà de la réception d’un statut social ou de la revendication d’une appartenance à une communauté. Cela ne suffit pas de rencontrer le Christ. Il faut devenir prêt à l’accueillir dans sa vie, le « revêtir » comme dit saint Paul aux Galates (Ga 3,27). À travers cette dynamique de passage, nous pouvons apercevoir que le catéchuménat est ce lieu du processus intégral de la maturation de la foi. Ce « processus de croissance », comme aime à le rappeler souvent le pape François, n’a pas de fin et doit mobiliser tous les disciples du Christ.

Des demandes qui bousculent les uns et les autres

Accompagner des personnes qui demandent à vivre avec le Christ dans l’Église n’est donc pas une mince affaire. Mais qui va faire route avec eux sur ce chemin de découvertes ? Il faut trouver des accompagnateurs, faire en sorte qu’ils se forment, qu’ils comprennent qu’il ne s’agit pas seulement de donner un enseignement mais d’être des témoins de la foi vécue. L’accompagnateur que la communauté locale choisit pour soutenir le catéchumène, est lui aussi un disciple en chemin pour vivre du Christ. C’est bien sur le terrain de la vie familiale, professionnelle, de quartier… que le Christ va se révéler progressivement. Une écoute attentive des catéchumènes permet de discerner avec eux les appels du Christ pour aller plus loin dans la relation avec lui.

Relecture de la vie et familiarité avec les récits biblique se conjuguent en ouvrant la porte à la rencontre en vérité et en profondeur avec le Christ. C’est le cheminement de la conversion qui progresse. En route avec le catéchumène, l’accompagnateur est également renvoyé à scruter son propre cheminement intérieur. Et cette démarche personnelle est à vivre indissolublement en équipe. L’ensemble des catéchumènes et des accompagnateurs forme une cellule d’Église où se développe la vie fraternelle et spirituelle, ainsi que la connaissance de Dieu. C’est à la fois l’école de la prière et de la charité. Et comme toujours pour ces deux dimensions, la vie d’équipe sera un espace de vérité et de croissance pour tous les participants.

Et cette équipe, quelle que soit la richesse de sa vie, ne peut pas être repliée ou fermée sur elle-même. Il s’agit aussi que le catéchumène trouve sa place dans la communauté chrétienne locale, sa paroisse et que l’assemblée chrétienne accueille ses nouveaux membres.

Elle porte ainsi, de manière collective, la responsabilité de sa croissance et de transmettre la joie de l’Évangile.

Un itinéraire catéchuménal à plusieurs dimensions

Si l’Église accepte d’être ainsi sollicitée, interpelée, maintenue en mouvement, elle doit offrir trois niveaux d’implication pour concourir à l’épanouissement de la personne et de la démarche du catéchumène. Le choix d’une ou d’un accompagnateur doit tenir compte des sensibilités et des cultures. Il doit être proposé en fonction de la personne et non des disponibilités. En respectant une histoire personnelle, il s’agit d’aider les catéchumènes à discerner les appels du Christ au coeur de leurs désirs, pour donner consistance à cette demande de baptême, ce saut pascal dans la vie du Christ. La relecture de vie avec l’accompagnateur permet de mesurer le chemin parcouru, les étapes franchies et de prendre conscience du développement des modalités de l’accueil du Christ dans la vie. Le cheminement catéchuménal est aussi une affaire d’équipe où les catéchumènes se disent l’un l’autre leurs questions et leurs découvertes ; les accompagnateurs se forment ; ensemble ils expérimentent dans le groupe une dimension de fraternité. Ils font l’expérience d’un chemin dans la foi qu’ils n’avaient peut-être pas imaginé, ni les uns, ni les autres. C’est pourquoi il n’est pas rare d’entendre les accompagnateurs dire qu’ils se retrouvent « évangélisés par les catéchumènes ».

Comme tout élément de la vie ecclésiale, la préparation d’adultes aux sacrements de l’initiation chrétienne (et pour certains à la confirmation ou la première communion), a une dimension communautaire. L’enjeu est d’accompagner le catéchumène qui devient membre de la communauté chrétienne. Celle-ci est sollicitée pour déployer un esprit d’accueil et d’ouverture en vivant l’amour-charité à la fois lors de rencontres de formation, de temps de célébration ou d’initiatives au service de la solidarité. Il est bon d’inviter les catéchumènes aux groupes de prière, de partage de la Parole, de parcours de foi, de services de la vie chrétiennes de telle ou telle catégorie des membres de la communauté, d’oeuvres d’entraide et de charité, d’engagement solidaire, d’actions missionnaires … Ce sont autant d’espaces où le catéchumène est à accueillir déjà pendant son itinéraire vers son baptême, pour qu’il puisse expérimenter, avec ses frères et soeurs qui les vivent, toutes ces dimensions de la vie chrétienne.

La vie en Église dès le début

Lorsque les catéchumènes célèbrent la première étape du rituel (l’entrée en catéchuménat), ils prennent place comme membres de la communauté. Ainsi, après l’appel décisif par l’évêque, les catéchumènes sont soutenus par la prière de l’Église au cours des « scrutins » qui sont célébrés les dimanches précédents la Vigile pascale.
Avant la célébration du baptême il est opportun de proposer aux catéchumènes un lieu d’expression, d’implication ou de responsabilité dans l’Église. C’est au cours de leur itinéraire catéchuménal que des propositions peuvent ainsi leur être faites.
Au cours des scrutins vécus dans la communauté, regardons par exemple comment la page d’évangile de la Samaritaine vient éclairer cette dynamique. La Samaritaine vit son itinéraire avec le Christ mais dans la joie d’avoir trouvé Celui qui redonne sens à sa vie, elle court rejoindre sa communauté humaine et croyante. « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ! Ne serait-il pas le Christ ? » (Jn 4,29). C’est elle, femme de l’extérieur, qui vient relancer la route spirituelle de toute la communauté vers le Christ. La foi nous est donnée par le Christ mais elle n’est pas affaire individuelle, elle se vit au coeur d’une communauté de croyants capables de dons réciproques. Il est donc capital que les futurs baptisés apprivoisent l’assemblée chrétienne locale et que les chrétiens adoptent les catéchumènes sans attendre le jour du baptême.

Des obstacles sur le chemin

Bien souvent au moment de la demande d’inscription, l’annonce d’une durée de préparation, longue et non définie, étonne et fait hésiter. Mais rapidement la nécessité d’inscrire cette démarche dans un temps assez long et sans échéance préétablie devient compréhensible. Il faut du temps pour cheminer à la rencontre du Christ pour des gens pris par leur quotidien (charge de famille, emploi, et parfois d’autres engagements dans la société). Des prises de conscience s’opèrent chez les uns et les autres : que veut dire vivre avec le Christ au quotidien ?

Il semble important de mener très tôt un dialogue avec l’évêque, ou avec le service diocésain qu’il a constitué, pour présenter l’itinéraire de chaque personne. En effet, le questionnement et le discernement sont non seulement tournés vers la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne mais plus encore vers la vie chrétienne à épanouir dans toutes ses dimensions. Un catéchumène a fait l’expérience du Christ dans sa vie.

Les évêques essaient de développer le temps du pré-catéchuménat afin que les personnes demandant le baptême aient conscience qu’elles ont besoin de temps pour cheminer vers le Christ et, parfois, pour faire la clarté sur leur situation (d’abord pour pouvoir l’exprimer et ensuite pour mesurer les enjeux).

C’est un véritable temps d’accueil, d’écoute, de charité, de découverte, de premier apprivoisement entre les candidats et l’Église. L’entrée en catéchuménat sera alors une entrée dans la communauté fondée sur une connaissance mutuelle suffisante et le désir d’être baptisé. Elle signifie que la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne doit être possible après un temps d’approfondissement et de maturation de la relation esquissée tant avec le Christ que son Église et de conversion de vie à la suite du Christ.

Un nouveau souffle dans nos églises

Pour les communautés chrétiennes, l’arrivée d’adultes en chemin vers les sacrements de l’initiation apporte un renouveau de spontanéité, de stimulation, de fraîcheur.

Ils osent poser des questions : « Pourquoi tel service n’existe pas, pourrait-on mettre en oeuvre ceci, pourquoi continuer à faire ainsi... ? ». Les néophytes peuvent ouvrir des chantiers inédits ou laissés en jachère. Leurs initiatives peuvent aider en apportant un souffle nouveau. Quand un néophyte s’engage dans la catéchèse, ou ailleurs, cela fait bouger les choses. Encore faut-il que des chrétiens acceptent d’évoluer dans leurs pratiques, leurs méthodes et d’entendre des propositions nouvelles. Il s’agit de s’ouvrir et de s’enrichir mutuellement. L’Église est une chance pour les catéchumènes, pour leur vie avec le Christ. Elle a le bonheur et la mission de le partager le seul trésor : le Christ vivant. Les catéchumènes, très nombreux en France, sont aussi une chance pour l’Église d’aujourd’hui.

On « n’enchaîne pas la Parole de Dieu » (2Tm 2,9). Par l’arrivée des adultes nouveaux baptisés, Dieu vient nous surprendre pour nous rendre plus audacieux dans l’annonce de l’Évangile et la cohérence de vie des communautés chrétiennes : « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous reconnaitront que vous êtes mes disciples » (Jn 13,35).

 
Conférence des évêques de France
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(re)publié: 01/05/2017