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Bernardin de Sienne (1380-1444)

Contexte historique. Le XVe siècle est celui de la transition entre le Moyen-Age et la Renaissance (1453 : prise de Constantinople ; 1492 : Christophe Colomb découvre l’Amérique). Gutenberg invente les caractères en plomb (1454). La guerre de Cent Ans oppose dynasties anglaises et françaises. En France, Jeanne est condamnée au bûcher en 1431. Le dominicain Fra Angelico (1395-1455) commence à peindre les murs des cloîtres. Le schisme d’Occident (1378-1417) qui divise la chrétienté à la suite de l’élection de deux papes, l’un à Avignon, l’autre à Rome, prend fin avec Martin V. Les factions guelfes et gibelines s’entre-déchirent et nombreux sont les morts de part et d’autre. L’affaiblissement sensible des vocations dans l’ordre franciscain provoque le retour à l’observance primitive de la Règle de Saint François dans une société devenue très libertine.

Bernardin Albizesca, de famille noble, est né le 8 septembre 1380 (année de la mort de Catherine de Sienne) en Toscane, à Massa Maritima, près de Sienne dans laquelle son père tint le rôle de premier magistrat. A l’âge de 7 ans, il a perdu tous ses parents et se voit confié à ses tantes et oncles. De caractère affable et gai, il affiche très tôt une grande piété. Après des études classiques, il lit les Pères de l’Église et les œuvres d’auteurs franciscains comme Jacopone de Todi (1230-1308, auteur du Stabat mater dolorosa). Il étudie aussi le droit (droit civil et droit canon), et s’enrôle dans une confrérie d’assistance aux malades, près du grand hôpital Santa Maria della Scala de Sienne. Il y montre un dévouement admirable pendant la peste qui désola Sienne en 1400, si bien qu’on lui confia la direction de cet établissement. Il n’avait que 20 ans.

Le prédicateur. En 1402, il entre chez les Franciscains de la Stricte-Observance ; y fit profession le 8 septembre 1403 et fut ordonné prêtre le 8 septembre 1404. Il se consacre alors à la prédication, surtout dans l’Italie du Nord, tandis qu’il résidait, de préférence, dans les ermitages. À partir de 1417, ayant prêché à Milan, sa renommée de prédicateur devint manifeste et on l’appelait de toutes les villes de l’Italie, pour des auditoires de plusieurs milliers de personnes, les hommes séparés des femmes par des draps ou des cordes. « Voilà déjà plusieurs années, dit-il, que je supporte cette fatigue de la prédication, et je ne connais pas de meilleure fatigue. C’est pourquoi j’ai résolu de laisser toute autre œuvre. Je ne confesse ni homme ni femme et ne m’occupe que de semer la parole de Dieu. » Les sermons pouvaient durer quatre heures et plus, contrairement aux recommandations de François d’Assise. S’adressant au peuple comme aux responsables des cités, il prêchait pour la paix entre les factions guelfe et gibeline, contre les usuriers, « ces vendeurs de larmes » qui pesaient lourdement sur le peuple, pour la justice dans les affaires, la pénitence, contre les mœurs trop frivoles. Mais aussi contre les juifs, les sorcières, les hérétiques.

Il réveilla la dévotion au saint Nom de Jésus. Il invitait les édiles à inscrire sur les murs des édifices le nom de Jésus, au moins les 3 lettres IHS (à partir d’une transcription latine erronée du grec IHΣOYΣ, Ι = J, Η = É et Σ = S, en minuscules ιης, surmonté d’un trait horizontal pour signifier qu’il s’agit d’une abréviation et qui deviendra une croix) que l’on a interprété plus tard par Iesus Humani Salvator, Jésus sauveur des hommes. Il prêchait et bénissait les foules avec un panneau avec ce monogramme peint en lettres (gothiques) d’or dans un soleil symbolique entouré de douze rayons. Il en faisait imprimer des images qu’il distribuait. Un petit dessin à la plume, tracé sur un registre du parlement de Paris, représente Jeanne d’Arc tenant à la main un étendard sur lequel figure le trigramme conforme au type de saint Bernardin. Son dernier mot sur le bûcher sera « Jésus ». L’Eglise protestante de Genève l’a choisi comme emblème. Ignace de Loyola l’inscrivait en tête de ses lettres et il figure au milieu du blason du pape François. Quelques religieux dominicains le dénoncèrent à Rome, l’accusant de magie et d’idolâtrie par l’utilisation de cet emblème. Il prêcha beaucoup sur la Vierge Marie, au point qu’on a considéré qu’il fut à l’origine de la mariolâtrie médiévale dénoncée par Luther. « Lorsque j’y arrivai, dit-il, les uns me voulaient frit, les autres rôti. » Saint Jean de Capistran prit sa défense auprès du pape Martin V. Celui-ci approuva la dévotion au Nom de Jésus et voulut faire de Bernardin l’évêque de Sienne, ce qu’il refusa pour garder sa liberté de parole. En 1530, la fête du Saint Nom de Jésus fut accordée aux Frères mineurs par Martin V, étendue à l’Eglise universelle en 1722 au 2e dimanche après l’Epiphanie. Supprimée par la réforme liturgique de Vatican II, elle fut rétablie par Jean-Paul II au 3 janvier.

Le réformateur. En 1438, Bernardin devint vicaire général de l’Ordre franciscain, et y développa la réforme dont il devint l’ardent promoteur, y gagnant de nombreux couvents et ermitages d’Italie. Il envoya des missionnaires en Orient, dans l’espoir de permettre un rapprochement avec les chrétiens séparés, ce qui devint la visée du concile de Florence où il eut l’occasion de s’adresser lui-même aux Pères grecs (1439). Le pape Eugène IV, en 1443, le désigna comme prédicateur d’une croisade contre les Turcs, mais il ne semble pas avoir eu l’occasion de s’acquitter de cette charge. Ayant démissionné de sa charge de Vicaire de l’Ordre, il reprit ses tournées de prédication vers le royaume de Naples, mais il était très fatigué et usé. Il attrapa une fièvre maligne, la dysenterie, à Aquila, où il mourut, le 20 mai 1444, dans le couvent de cette ville, la veille de la fête de l’Ascension, tandis que les frères chantaient l’antienne : « Père, j’ai manifesté ton nom aux hommes… Je viens vers Toi. » Il fut inhumé dans l’église du couvent. De nombreux miracles lui furent attribués, si bien que le pape Nicolas V le canonisa 6 ans plus tard, le 24 mai 1450.

Bernardin de Sienne est considéré comme le plus grand prédicateur du XVe siècle. Il prêchait habituellement en italien, dans un style populaire et plein d’images et d’interpellations des auditeurs, avec beaucoup d’humour. On possède huit volumes de ses sermons, dus en partie, aux notes tachygraphiques sur tablettes de cire d’un auditeur. En outre il rédigea en latin des commentaires de textes. On lui doit le premier traité : « Sur les contrats et l’usure. » Il y traite de la propriété privée, de l’usure, de l’éthique du commerce, de l’estimation des prix, de la défense de l’entrepreneur. Il est le patron des publicitaires. A Antibes, une chapelle restaurée dédiée à saint Bernardin rappelle l’existence des Pénitents blancs, confrérie d’origine franciscaine toujours présente (Montpellier).


1. De l’incarnation. L’incarnation est le moment où « l’éternité vient dans le temps, l’immensité dans la mesure, le Créateur dans la créature, Dieu dans l’homme, la vie dans la mort, … l’incorruptible dans le corruptible, l’infigurable dans la figure, l’inénarrable dans le discours, l’inexplicable dans la parole, l’incirconscriptible dans le lieu, l’invisible dans la vision, l’inaudible dans le son, … l’impalpable dans le tangible, le Seigneur dans l’esclavage, …la source dans la soif, le contenant dans le contenu. L’artisan entre dans son œuvre, la longueur dans la brièveté, la largeur dans l’étroitesse, la hauteur dans la bassesse, la noblesse dans l’ignominie, la gloire dans la confusion ».

2. Le nom de Jésus est la gloire des prédicateurs, parce qu’il fait annoncer et entendre sa parole dans une gloire lumineuse. …Par conséquent, il faut faire connaître ce nom pour qu’il brille, et ne pas le passer sous silence. C’est ainsi que la prédication de saint Paul, comme un fracas de tonnerre, comme un incendie violent, comme le soleil à son aurore, faisait disparaître l’incroyance, dissipait l’erreur, mettait en lumière la vérité, à la manière dont la cire se liquéfie sous un feu intense. En effet, il mettait partout le nom de Jésus : dans ses paroles, ses lettres, ses miracles et ses exemples. Il louait le nom de Jésus continuellement, il le chantait dans son action de grâce.

3. De la Vierge Marie. « Sachez que je suis épris d’une très noble dame. Je donnerais volontiers ma vie pour jouir de sa présence, et ma nuit serait sans sommeil, si j’avais passé la journée sans la voir. …Ma mère, puisque vous l’ordonnez, je vous livrerai le secret de mon cœur, que, sans cela, je n’aurais révélé à personne. Je suis épris de la Vierge bienheureuse, Marie, mère de Dieu : c’est elle que j’ai toujours aimée ; c’est elle que, brûlant d’amour jusqu’au plus profond de mon être, je désire voir ; c’est elle dont j’ai fait ma très chaste fiancée ; c’est sur elle que je voudrais toujours fixer mes regards avec la vénération qui lui est due. Mais, ne pouvant le faire ici-bas, j’ai résolu de visiter chaque jour son image. Voilà quelle est ma bien-aimée. »

4. De saint Joseph. Si vous comparez saint Joseph à tout le reste de l’Eglise du Christ, n’est-il pas l’homme particulièrement choisi, par lequel et sous le couvert duquel le Christ est entré dans le monde de façon régulière et honorable ? Si donc toute la sainte Eglise est débitrice envers la Vierge Marie parce que c’est par elle qu’elle a pu recevoir le Christ, après elle, c’est à saint Joseph qu’elle doit une reconnaissance et un respect sans pareil. Il est en effet la conclusion de l’Ancien Testament : c’est en lui que la dignité des patriarches et des prophètes reçoit le fruit promis. Lui seul a possédé en réalité ce que la bonté divine leur avait promis.

5. De Marie-Madeleine. Ô Marie, si tu cherches Jésus, pourquoi ne le reconnais-tu pas ? Voici Jésus qui vient à toi ; celui que tu demandes t’interroge. Et tu le prends pour un jardinier ! C’est Jésus, et en effet il est jardinier à sa manière : il a semé la bonne graine, dans le jardin de ton âme, et il vient maintenant en arracher les mauvaises herbes de l’infidélité. De qui parles-tu donc, quand tu dis : « Si vous l’avez enlevé ? » Qu’entends-tu par là ? Pourquoi ne pas prononcer le nom de celui que tu cherches ? Tel est l’effet du désir. Il donne à ceux qui en sont victimes l’illusion que tout le monde est au courant de ce qu’ils veulent... Mais pourquoi dis-tu, toi qui n’es qu’une femme : « Et je l’emporterai. » Joseph lui-même recula et n’osa pas détacher de la croix le corps de Jésus, sans en demander la permission à Pilate… « Et je l’emporterai. » Ô superbe audace… L’amour, en effet, range l’impossible parmi les choses qui sont en son pouvoir et souvent présume trop de ses forces.

6. Contre le luxe mondain. Faut-il vous parler des blasphèmes des pauvres, lorsque, souffrant cruellement du froid de l’hiver, ils voient la boue recouverte de ces vêtements achetés à si haut prix ; lorsqu’ils voient leur propre chair, leurs fils et leurs filles, torturés par le froid, la faim, la soif, et cela par la cruelle impiété et le dur manque de compassion de ce luxe. Ouvre tes oreilles, ô femme vêtue d’une robe à traîne, écoute avec soin, ô esprit fermé, sois attentive et considère, ô âme sourde, et tu entendras les voix de ceux qui se lamentent et qui crient vengeance à leur Dieu... Des hommes nus gémissent ; dans leur travail, ils sont torturés par le froid et la faim. On trouve de quoi charmer les yeux curieux, et l’on ne trouve pas de quoi subvenir aux besoins des malheureux. La boue trouve pour la couvrir des vêtements qu’elle ne cherche pas ; et le pauvre ne trouve pas la nourriture et le vêtement qu’il implore à grands cris !

7. Tu as un malade chez toi ? — Oui. — Ne reconnais tu pas quel bien tu fais en le soignant ? Ne l’abandonne pas pour venir à la prédication. As-tu de jeunes enfants ? — Oui. — Ne néglige rien de ce qui leur est nécessaire pour venir à la prédication. As-tu un mari et des enfants pour lesquels il faut que tu conduises le ménage ? — Oui. — Ne les quitte pas pour assister à la prédication ; si tu ne procurais pas à ta famille ce dont elle a besoin, je ne louerais pas ta venue, car il te faut mesurer la part faite à l’autel.

8. Contre les maris violents. Il est des hommes qui sauront mieux supporter une poule, à cause de l’œuf frais qu’elle pond tous les jours, qu’ils ne supporteront leur propre femme. Si, par hasard, la poule brise un pot ou un gobelet, ils ne la battent pas, pour n’être pas privés de son fruit qui est l’œuf. Ô fous à enchaîner, vous ne savez pas supporter une parole de vos femmes qui vous font de si beaux fruits ! Car, si une femme dit une parole de plus qu’il ne convient à son mari, subitement celui-ci prend le bâton et commence à la battre ; et la poule qui glousse toute la journée sans aucun repos, tu la supportes patiemment pour avoir l’œuf qui peut-être se cassera... Des maris bourrus battent leurs femmes, quand ils ne la trouvent pas assez parée, tandis qu’ils supportent que la poule fasse ses crottes jusque sur la table... Considère donc, malheureux, considère le beau fruit de la femme, et sois patient : il ne faut pas la battre pour la moindre chose. Non !...

9. « Tel prédicateur, disait-il, s’attaque aux désordres les plus énormes, foudroie les coupables ; qu’il introduise dans son discours quelque chose contre le clergé : aussitôt tout ce qui a été dit de plus grave contre des pécheurs scélérats est perdu de vue ; on ne se souvient que de ce qui a été dit contre les prêtres ; cela circule de bouche en bouche, comme une fable ; on ne l’oublie plus. Voici plus étrange encore. Si le peuple souffre, au sermon, de l’ennui, du chaud ou du froid, et que le prédicateur profère ou annonce seulement un petit mot contre les prêtres, contre les prélats et contre les religieux, aussitôt les dormeurs s’éveillent, les ennuyés s’égayent ; pour ceux qui souffraient du chaud, la chaleur s’est changée en fraîche rosée ; pour ceux que le froid tourmentait, à l’hiver a succédé l’été ou le printemps ; ils en oublient la faim et la soif. Et, ce qui est pis encore, les pécheurs les plus criminels deviennent, à leurs propres yeux, des justes et des saints, quand ils se comparent au clergé. »

10. Il disait aux Siennois : « Si je fusse venu ici, comme vous vouliez que je vinsse, c’est-à-dire comme votre évêque, j’aurais eu la moitié de la bouche fermée. Voyez, comme ceci. (Et il faisait le geste de fermer la bouche.) Je n’aurais pu ainsi parler qu’à bouche close. Si j’ai voulu venir comme je suis, c’est pour pouvoir parler ainsi à bouche ouverte, pour pouvoir vous dire ce que je veux, pour pouvoir vous parler à ma façon de toute chose et vous admonester ardemment au sujet de vos péchés. »


Au Nom de Jésus
Dans la tradition biblique, le nom représente le double d’une personne. Donner un nom, c’est faire exister donc dominer : ainsi l’homme s’approprie la création en donnant un nom à chaque créature. Pour l’Israélite, il n’est pas possible de connaître le nom de Dieu : « Je suis qui je suis » et donc de le nommer : les 4 lettres du tétragramme Yahvé ne sont jamais prononcées ; on l’invoquera sous différents titres : L’Eternel, le Seigneur, Tout-Puissant, Très-Haut, Elohim pour se mettre sous sa protection, faire appel à son pouvoir. Quant à Jésus (« Dieu sauve), il ne cesse de demander d’agir en utilisant son nom.

1. - « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. » (Jn 14, 13 ; Jn 15,16 ; Jn 16,23-26)
- Pierre lui dit : « De l’or ou de l’argent, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ, le Nazaréen, marche ! » (Ac 3,6)
- Etends donc la main pour que se produisent des guérisons, des signes et des prodiges par le nom de Jésus, ton saint serviteur. » (Ac 4,30)
- Ils firent amener Pierre et Jean devant eux, et procédèrent à leur interrogatoire : « A quelle puissance ou à quel nom avez-vous eu recours pour faire cela ? » (Ac 4,7)

2. « Dans le nom de Jésus se trouvent, résumés et agissants, tous les mystères de notre salut. Si nous répétons ce nom, la réalité de Jésus, à travers lui, peut nous pénétrer, nous emplir, nous imbiber de telle sorte que la parole se fasse chair en nous. Le nom de Jésus pénètre l’âme comme la tache d’huile silencieusement s’étend. Le nom de Jésus contient le monde comme, dans un rayon de lumière, se fondent les couleurs du prisme… L’invocation du nom de Jésus sur tout ce qui existe permet de transfigurer, de “christifier” l’univers, et de lui rendre son vrai sens. Seigneur Jésus, prie en moi, toi-même. Que je me taise, et que ta voix seule s’élève ! Si ta prière devient la mienne, si je te laisse prier en moi, tous les événements et toutes les créatures du monde entreront dans ma prière et seront portées par elle. Seigneur, deviens toi-même ma prière ! »

(Un moine de l’Eglise d’Orient, Jésus - Editions Chevetogne ou Jésus, simples regards sur le Sauveur - Seuil, Livre de vie)

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(re)publié: 01/04/2019