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Antoine de Padoue, ou de Lisbonne (1195-1231)

Contemporain de François d’Assise (1181-1226), Antoine de Padoue naquit en 1195 (?), à Lisbonne. Son père, Martin, et sa mère, Maria Taveira, forment une famille aisée mais sans liens avec celle de Godefroy de Bouillon comme il fut écrit. Il reçut au baptême le nom de Fernand et dès l’âge de 8 ans, est inscrit à l’école-cathédrale voisine ouverte aux clercs et aux enfants pauvres. A l’âge de quinze ans, il entre chez les Chanoines Réguliers de Saint-Augustin de Lisbonne puis au couvent de Coïmbra, centre d’études réputé où Antoine acquit un grand savoir théologique basé sur les commentaires des textes bibliques, comme il était d’usage à l’époque. Il y sera témoin pourtant du relâchement de la vie religieuse et des abus de pouvoir des princes et prélats à cette époque Il y aurait été ordonné prêtre vers l’âge de 25 ans.

En 1220, quand les restes des premiers martyrs franciscains furent ramenés du Maroc au Portugal, il demanda à être admis au couvent franciscain des Oliviers et devient frère Antoine. Il eut l’autorisation de partir au Maroc pour évangéliser les Maures. Mais une grave maladie l’obligea à revenir au Portugal. Au cours du retour, une violente tempête fit dériver son bateau sur les côtes de Sicile. Après un déplacement à Assise où il entendit François, il vécut un an dans un petit monastère à Forli, au nord-est de Florence, dans la solitude et la contemplation.

En 1222, à l’occasion de l’ordination de frères mineurs à Forli, il dut remplacer au pied levé le prédicateur de la conférence. Il y montra un exceptionnel talent d’orateur. Ses supérieurs décidèrent alors de l’envoyer prêcher en Italie, à Bologne, Padoue et en France (1224-1227) à Limoges, Toulouse, le Puy, Montpellier. On dispose d’un soutien écrit de François d’Assise. A Brive-la-Gaillarde, il fonde un couvent ; on montre encore la grotte dans laquelle il aurait résidé. A cette époque, l’hérésie des Albigeois, issue des courants gnostiques, se propageait dans tout le midi de la France. Par ses prédications et lors des débats publics, appelés « controverses, il réussit à ramener à l’Eglise bon nombre de ceux qu’on a appelé « Cathares ». Il revient en Italie fin 1226, année de la mort de François d’Assise, pour un Chapitre réunissant les « Custodes » (les supérieurs) dont Antoine, Custode de Limoges pour toute la province du Languedoc.

Elu provincial de Milan, il se consacre à la prédication et au sacrement de la réconciliation dans toute l’Italie du Nord, tout en assurant le gouvernement des frères. Son activité débordante lui valut un succès considérable auprès des populations de tous âges, de toutes conditions, dans les églises comme en plein air. On ne dénombre plus les lieux, couvents et chapelles par lesquels il serait passé. Le pape Grégoire IX appela celui qu’il appelait le « Trésor vivant de la Bible » pour régler un différent qui concernait l’accord de la Règle approuvée en 1223 et le Testament de François, au sujet de la possession des biens, de l’usage de la propriété. Au cours des derniers mois « il s’appliquait à prêcher, à enseigner et à entendre les confessions jusqu’au coucher du soleil, très souvent à jeun ». Après dix ans d’apostolat, dont près de 4 en France, il meurt, près de Padoue, à la suite d’un collapsus cardio-vasculaire dû au surmenage, le vendredi 13 juin 1231, à l’âge de 36 ans. On rapporte que, se sentant mourir, il se fait apporter le sacrement de l’Eucharistie, et murmure : « Je vois mon Dieu, il m’appelle à lui. » Sa célébrité est telle, par le nombre de miracles rapportés, que le pape le canonisera un an plus tard. D’abord enterré à Padoue, des restes furent ensuite distribués en de nombreux monastères, églises. La dernière ostentation des reliques de Padoue eut lieu devant une foule immense en 2010. Il est l’un des saints les plus populaires et on trouve sa statue dans presque chaque église.

Il fut le premier grand théologien des Frères Mineurs, fondateur des premières écoles de théologie de l’Ordre. Dans ses 77 sermons à l’intention des prédicateurs (près de 1500 pages, 7 pages pour le plus court, 39 pour le plus long), il commente les textes des dimanches et des fêtes des saints pour en dégager le sens littéral (à partir souvent des étymologies empruntées à Isidore de Séville 560-636), spirituel, moral, mystique. Antoine, qui est dit « de Padoue » mais aussi « de Lisbonne », définit la prière « comme une relation d’amitié où l’homme dialogue avec le Seigneur », en y recommandant quatre dispositions : ouvrir avec confiance son cœur à Dieu, lui parler avec affection, lui confier nos attentes, le louer et le remercier.

Il est souvent représenté avec une fleur de lys, un évangile à la main, l’Enfant Jésus sur le bras, en souvenir d’une apparition qu’il aurait eu, le tenant sur ses bras, toute une nuit. On l’invoque toujours pour retrouver des objets perdus. Cette pratique trouverait son explication dans le fait qu’à Brive, un novice, après lui avoir dérobé ses commentaires sur les Psaumes, les lui aurait rapportés après qu’Antoine eut prié pour les retrouver. Son culte est très répandu en France, mais aussi dans le monde par l’entremise des navigateurs du Portugal, pays dont il est le patron, ainsi que des marins, des naufragés et des prisonniers. Très vénéré en Italie, son culte sera propagé en France par l’immigration italienne après la Première Guerre mondiale.

Il est fêté le 13 juin.
Il est déclaré « docteur évangélique de l’Eglise » en 1946.


TEXTES CHOISIS

A. La Parole et sa prédication.
1. « Celui qui écoute la Parole sans la mettre en pratique ressemble à un homme qui observe sa physionomie dans un miroir. Il l’observe, part et oublie comment il était » (Jc 1,23-24). Remarque que le miroir n’est autre qu’un verre très mince. Il est appelé miroir parce qu’il renvoie la lumière ou bien parce que les femmes en s’y regardant contemplent la beauté de leur visage. Le miroir symbolise la sainte Écriture. Dans sa splendeur il y a le reflet de notre naissance : où, comment et pourquoi nous sommes nés. D’où nous sommes nés concerne la bassesse de la matière ; comment nous sommes nés, la fragilité de la substance ; pourquoi nous sommes nés, la dignité de la gloire dans laquelle, si nous mettons la Parole en pratique, nous resplendirons comme le soleil.
2. La prédication est comme un arc formé d’une tige en bois et d’une corde. Elle doit posséder le bois de l’Ancien Testament et la corde du Nouveau. L’arc est solidement tenu en main lorsque la prédication est soutenue par l’exemple… Les actes en disent plus que les mots. Que vos paroles enseignent, que vos actes parlent.
3. On raconte qu’un loup, voyant la lune au fonds d’un puits, crut voir une fourme de fromage. Sur le conseil du renard, il descendit au fond du puits, mais il n’y trouva rien et fut déçu. Lorsque les paysans s’en aperçoivent, ils le massacrèrent sous une tempête de pierres. Il y a des religieux qui, dans le puits de la vanité du monde, croient apercevoir une lune lumineuse. Sur le conseil du renard, sa propre chair, le sot croit que ce qui est passager et instable est authentique et durable. Et le pauvre rêveur plonge des hauteurs de la contemplation dans le puits des convoitises et ainsi, comme l’homme qui descendait de Jéricho, tombe au milieu des brigands, ses propres sens, qui le dépouillent, le couvrent de blessures et s’en vont en le laissant à demi-mort… Notre Samaritain est Jésus.

B. L’incarnation. Le propre des noces est d’unir deux personnes : l’époux et l’épouse. Si les deux familles sont en désaccord entre elles, le mariage habituellement les unit, puisque celui d’un parti prend une femme appartenant à l’autre parti. Entre nous et Dieu, il y avait une grande discorde ; pour l’éliminer et établir la paix, il a fallu que le Fils de Dieu prît son épouse dans notre parenté… Finalement le Père lui-même donna son consentement et envoya son Fils qui s’unit à notre nature dans la chambre nuptiale de la Vierge Marie.

C. Le Christ.
1. Pour écrire, sont nécessaires trois choses : le papier, l’encre et la plume. Les mains du Christ furent, en quelque sorte, le papier ; son sang, l’encre ; les clous, la plume. Le Christ nous écrivit dans ses mains pour trois raisons. Premièrement pour montrer au Père les cicatrices des plaies qu’il avait subies pour nous et obtenir sa miséricorde : deuxièmement, pour ne jamais nous oublier ; troisièmement, il écrivit dans ses mains ce que nous devons être et ce que nous devons croire. Ne sois donc pas incrédule, chrétien, nouveau Thomas, mais croyant.
2. Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène sur une très haute montagne (Mt 17,1) La montagne, par sa hauteur, désigne la vie sainte : c’est là qu’on trouve le Seigneur. Mais crois-moi, la montée est difficile, la montagne est élevée. Veux-tu la gravir plus facilement ? Procure-toi l’échelle dont parle le livre de la Genèse (Gn 28,12-13 - l’échelle de Jacob). Cette échelle comporte deux montants (Ex 34,1 - les deux tables de la Loi) et six marches. L’échelle désigne Jésus-Christ, les deux montants sa nature divine et humaine, les six marches : son humilité et pauvreté, sa sagesse et miséricorde, sa patience et « son obéissance jusqu’à la mort sur la croix » (Ph 2,8). L’échelle est dressée. Montez donc, prélats de l’Eglise et fidèles de Jésus-Christ ! Contemplez « combien le Seigneur est bon » (Ps 33,9) et descendez pour secourir et conseiller, car c’est de cela que le prochain a besoin.
3. Que voulez-vous me donner, dit le traître, et je vous le livrerai ? Oh douleur ! On met à prix une chose qui est inestimable. Dieu est trahi, vendu pour un vil prix ! « Que voulez-vous me donner ? » dit-il. O Judas, tu veux vendre le Fils de Dieu comme s’il était un vil esclave, comme un chien mort ; tu ne cherches pas à donner le prix que toi tu donnerais, mais celui des acheteurs. « Que voulez-vous me donner ? » … Le Créateur peut-il être acheté par une créature ? Dis-moi : en quoi t’a-t-il offensé ? Quel mal t’a-t-il fait pour que tu dises : « Je vous le livrerai » ? … Combien de Judas Iscariote encore de nos jours, qui en échanges de quelques avantages matériels, vendent la vérité, livrent leur prochain et se pendent à la corde de la damnation éternelle. … « Abraham, il est dit dans la Genèse, prit le bois de l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac » Et Jean : « Et il sortit, portant sa croix, et vint au lieu dit du Crâne ». O humilité de notre Rédempteur, O patience de notre Sauveur. Il porte, seul, à la place de tous, le bois pour y être suspendu, crucifié et y mourir.

D. L’Esprit Saint.
Et ils commencèrent à parler en différentes langues, selon que l’Esprit Saint leur donnait de s’exprimer (Ac 2,4).Celui qui est rempli de l’Esprit Saint parle différentes langues. Les différentes langues sont les divers témoignages en faveur de Jésus Christ, comme l’humilité, la pauvreté, la patience et l’obéissance : nous les parlons lorsque nous les montrons aux autres en nous-mêmes. La parole est vivante lorsque les œuvres parlent. Que cessent, je vous prie, les paroles et parlent les œuvres. Nous sommes pleins de paroles, mais vides d’actions et donc maudits par le Seigneur qui a maudit le figuier sur lequel il ne trouva point de fruit, mais uniquement des feuilles. Les apôtres parlaient selon que l’Esprit Saint leur donnait de s’exprimer. Heureux celui qui parle selon ce que l’Esprit lui suggère, non selon ce qu’il pense.

E. La Vierge Marie.
L’olivier est la plante ; l’olive, le fruit ; l’huile, le suc. L’olivier produit une fleur parfumée, d’où se forme l’olive qui est d’abord verte, puis rouge et enfin mûre. Sainte Anne fut l’olivier d’où germa la fleur au parfum incomparable de la Vierge Marie. Celle-ci fut verte, demeura vierge dans la conception et la nativité du Sauveur, avant l’enfantement et dans l’enfantement ; elle fut rouge dans la passion de son Fils, lorsque l’épée transperça son âme ; elle fut mûre dans l’Assomption d’aujourd’hui, car elle est épanouie et possède le bonheur de la gloire céleste.

F. La prière.
« Si vous demandez quelque chose au Père en mon nom… » Remarque bien ces trois mots : Père, quelque chose, en mon nom. Dieu est Père. Nous sommes ses enfants et lui disons chaque jour : Notre Père qui es aux cieux… Nous, les enfants, nous devons demander à notre Père « quelque chose ». Or, tout ce qui existe est « rien », en dehors de l’amour de Dieu. Aimer Dieu est donc ce « quelque chose » que nous devons demander de la même manière que le petit de la cigogne aime son père. On raconte, dans les livres de sciences naturelles, que le petit de la cigogne aime tellement son père que, lorsqu’il le voit vieillir, il le restaure et le nourrit. De la même manière, dans ce monde qui va vers son vieillissement, nous devons restaurer notre Père dans ses membres faibles et malades, le nourrir dans les pauvres et ceux qui n’ont aucun secours. « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40). Si nous demandons l’amour, le Père lui-même qui est Amour, nous donnera ce qu’il est, c’est-à-dire l’Amour.


Pensées diverses
1. L’oraison est une affectueuse adhésion de l’homme à Dieu ; un entretien familier et pieux avec lui ; une pause de l’âme éclairée par lui, pour en jouir dans la limite du possible…Il ne cesse jamais de prier celui qui fait le bien sans interruption.

2. Attribuez à Dieu tous les biens que vous avez reçus. Si vous vous attribuez du mérite pour quelque chose qui ne vous appartient pas, vous êtes coupable de vol.

3. « De la tête aux pieds, rien d’intact… » (Is 1,5-6). Le cœur, placé au centre, entre la tête et les pieds, entre les clercs et les laïcs, souffre et pleure pour les infirmités des deux.

4. Le riche est comme un roseau. Ses racines sont prises dans la vase, il a l’air droit en apparence, mais il est creux à l’intérieur. Si un homme s’appuie dessus, le roseau se brisera net et transpercera son âme. Les chrétiens doivent s’appuyer sur la croix du Christ comme les voyageurs s’appuient sur leur bâton avant d’entamer un long périple.

5. La nature a placé devant la langue une double barrière, les dents et les lèvres qui empêchent cette malheureuse toujours en quête de public, de s’en aller sur la place, vagabonder et bavarder sans arrêt. Serre les dents, ferme les lèvres, empêche la langue à son infâme plaisir : on ne laisse pas sortir une femme méchante ? dit l’Ecclésiastique.

Glorieux saint Antoine, tu as exercé le divin pouvoir de retrouver ce qui était perdu. Aide-moi à retrouver la Grâce de Dieu, et rends-moi dévoué au service de Dieu et de la vertu. Fais-moi retrouver ce que j’ai perdu et montre-moi ainsi la présence de ta bonté.
(Notre Père, Je Vous Salue Marie, Gloire à Dieu)


Aloyse SCHAFF
as1932 gmail.com
 
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(re)publié: 01/01/2019