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Le virus de la foi

Ou l’Eglise et la vie, au fil des siècles, avant la Réforme

 

Clotilde (Vème s.)

Parmi Ies peuples barbares qui ont envahi la Gaule romaine au 5ème s., Clovis, roi des Francs, fut le premier à se convertir au christianisme sous la « douce » et persévérante influence de sa jeune épouse Clolilde (vers 496). Cette conversion fut le fait politique majeur du règne de Clovis dont le trône était ainsi légitimé par I’Eg1ise. Il a pu s’appuyer sur elle autant que l’Eglise s’est appuyée sur lui, pour étendre son royaume du Rhin jusqu’aux Pyrénées. La couronne de l’Eglise, tombée de la tête des derniers empereurs romains , a surnagé dans la tempête des invasions germaniques et s’est posée de nouveau sur la tête des premiers rois barbares... à cause d’une femme. Est-ce à tort qu’on dit que les femmes mènent le monde ?

Les barbares (Vème s.)

En vertu du proverbe : la faim fait sortir le loup du bois, on suppose que les grandes migrations germaniques vers l’ouest aux IVème et Vème s. ont eu des causes climatiques. Des hivers d’une rigueur extrême en Asie ont probablement chassé les Huns hors de chez eux, faute de nourriture vers des contrées plus accueillantes. Les Huns ont délogé les Alains qui ont délogé les Ostrogoths qui ont délogé les Wisigoths qui ont délogé...

Les Francs se sont installés en Ile-de-France, les Angles et les Saxons en Angleterre, les Burgondes en Bourgogne et en Suisse, les Alamans en Allemagne, les Lombards en Lombardie... Les Vandales , quant à eux, ils se sont évanouis peu à peu en cours de route, ne laissant d’eux en souvenir qu’un vilain mot dans le dictionnaire.

Les monastères, (VIème s.)

Les règles de la vie monastique fixées par St Benoît quand il a fondé le premier ordre religieux vers 540 (les Bénédictins, ont servi de schéma à tous les ordres religieux qui seront créés par la suite : engagement à vie, répartition équilibrée des temps de prière, de célébration, de travail intellectuel et de travail manuel. Règles d’une extrême rigueur qui n’étaient pas conçues pour séduire les tièdes !

La papauté, lasse des controverses dogmatiques des siècles précédents, favorisa l’extension des monastères dans les campagnes que le christianisme n’avait pas encore atteintes, et leur évolution vers une vie moins contemplative, plus ouverte au monde, à l’accueil des malades, des pauvres, des pèlerins , des étudiants.

C’est par les monastères - peintres miniaturistes et copistes - que la culture antique et médiévale s’est transmise à travers le Haut Moyen-Age pour déboucher dans les universités, au 13ème s.

Le droit divin, (VIIème s.)

Depuis la mort du bon roi Dagobert, les véritables maîtres des royaumes francs ont été les maires du Palais - les premiers ministres. Ce qui a valu, comme chacun sait, aux rois successifs de 639 à 751 d’être appelés élégamment les rois fainéants .

A la requête de l’assemblée des leudes, le roi Chilpéric III, sans descendance, a été déposé en 751 et Pépin le bref, maire du Palais d’Austrasie, proclamé roi à sa place. Mais Pépin n’était pas de lignée royale et, très scrupuleux, il ne voulait accepter le titre de Roi que d’une autorité supérieure... qui n’existait pas. Il s’est alors tourné vers le pape Etienne II qui l’a sacré Roi à Reims en 754. C’est ainsi que la royauté en France est passée sous l’autorité morale et souvent temporelle de l’Eglise. Tous les rois de France jusqu’à Charles X en 1824 ont été sacrés par l’Eglise, ce qui renforçait leur autorité issue de droit divin, et presque toujours à Reims.

Le roi

Aux temps médiévaux, le roi n’est qu’un seigneur parmi les autres, n’ayant autorité physique que dans son propre fief, souvent moins puissant que d’autres, tel le redoutable duc de Bourgogne. Mais il bénéficie d’une autorité morale, reconnue des autres seigneurs et .appréciée du petit peuple, du fait de son sacre par l’Eglise qui lui confère le titre unique et respecté de représentant temporel de Dieu sur la terre.

Le lien de dépendance unissant par serment les uns aux autres certains seigneurs possesseurs de fiefs - lien qu’on nomme vassalité, sorte de code d’honneur moral et coutumier - a joué en faveur de l’extension du domaine royal à travers le Moyen Age et de sa suprématie finale récoltée par le rusé Louis Xl.

La nature

Durant le Haut Moyen Age, et bien au-delà, la nature était pour l’homme une ennemie impitoyable. Le combat incessant auquel elle le provoquait, se livrait à armes inégales.

Que faire devant des inondations qui dévastaient tout ? Devant des incendies fréquents provoqués par la foudre ? Devant des froids intenses qui gelaient les rivières, comme en 1410 où l’hiver fut un terrible tueur de pauvres gens ? Devant des sécheresses interminables qui brûlaient terres et récoltes provocant d’effroyables famines (1033 - 1176...) ? Devant les épidémies qui décimaient hommes et bêtes ? Devant des hordes d’animaux sauvages et affamés ? - Fuir ou mourir... et prier Dieu.

Mais en dehors de ces fléaux cycliques ou ponctuels, la nature était aussi une amie. La terre donnait ses fruits, ses grains, ses légumes ; la forêt, son gibier, ses chataîgnes, ses champignons ; la rivière, son eau claire et ses poissons. Le tout sans colorant, ni conservateur. Le paysan (90% de la population), même si le seigneur était dur et cruel, ne mourait pas de faim, et pour cause : il était à la source des nourritures terrestres... et n’était pas plus bête qu’aujourd’hui !

L’Art roman, (Xlème s.)

Véritable révolution dans l’architecture au XIème siècle, l’art roman est une technique de construction des voûtes et toitures en pierre, sans le soutien de charpente en bois - (Technê, en grec, signifie Art) -. L’art roman a donc rendu les églises et cathédrales infiniment moins vulnérables à la foudre. De la période du Haut Moyen Age, il ne nous reste que très peu d’archives, celles-ci ayant brûlé périodiquement, dans les églises où elles étaient officiellement conservées, sous l’effet de la foudre bien plus que par les guerres.

Le château fort

Si on devait honorer le Moyen- Age féodal d’une bannière, elle comporterait assurément d’un côté une cathédrale et, de l’autre côté, un château fort. Le château fort n’est pas seulement la demeure du seigneur. C’est le drapeau de pierres qui symbolise l’unité du fief et rappelle à chacun qu’on a tous besoin des autres, qu’on est tous au service du même maître et non d’une idée abstraite de patrie ou de nation. C’est aussi le refuge où paysans, artisans des bourgs, clercs et soldats se replient en cas de danger et parfois pour des semaines ou des mois. Bref, le château fort, c’est la sécurité sociale des temps féodaux !

Mais c’est aussi le centre culturel, riche de la tradition originale de chaque fief selon la personnalité des seigneurs successifs.

La bourgeoisie

La société féodale, en l’absence d’autorité royale centralisée, s’est spontanément organisée en îlots autonomes autour du château fort. Chaque catégorie sociale a sa fonction : les paysans nourrissent, les gens d’armes protègent, les clercs prient et soignent, le seigneur organise.

Mais autour de ces blocs sociaux distincts, se coule le liant des artistes et des artisans. Poètes trouvères, jongleurs, acrobates, amuseurs publics...- pour les artistes ; forgerons, barbiers, potiers meuniers, porteurs d’eau, verriers, comptables, bouchers, veilleurs de nuit, sculpteurs, joailliers banquiers... pour les artisans ; tout un petit monde qui vaque à sa besogne, au long du jour que rythme la voix forte et grave de la cloche de l’église qui résonne jusqu’au fond des campagnes. Ainsi, artistes, artisans et marchands, vivant dans les bourgs, chacun de son propre travail, ont constitué peu à peu, à la force du poignet, depuis le XIème s., la classe bourgeoise qui s’est largement répandue et enrichie au fil des siècles jusqu’à égaler la noblesse et devenir pour elle une rivale puissante et redoutable qui triomphera lors de la Révolution française en 1789.

Les pélerinages

Si nous avions vécu au Moyen Age, que nous soyons homme ou femme, nous aurions certainement fait au moins un pélerinage dans notre vie, pour raison de foi, de coutume, de pénitence... ou d’ennui. En ces temps médiévaux, les pèlerinages vers les lieux saints ont couvert les routes d’Europe de foules considérables. Les itinéraires traditionnels étaient jalonnés d’abbayes et de monastères florissants qui se sont transformés peu à peu en véritables hôtelleries et centres commerciaux où les pèlerins pouvaient se reposer, se restaurer, se remettre à neuf corps et âmes.

Succès surprenant de ces pèlerinages pour lesquels les fidèles s’absentaient de chez eux des mois entiers pour parcourir à pied, rarement à cheval, des centaines, voire des milliers de kilomètres :
 Paris - Mont St Michel = 300 km
 Aix-la-chapelle - St Jacques de Compostelle = 2000 km
 Vézelay - Jérusalem = 5000 km...
 et autant pour le retour !
Certains n’en sont pas encore revenus.

Les croisades, (Xlème - XIIIème s.)

Destinées à porter secours aux chrétiens d’Orient contre l’envahisseur turc musulman et à libérer le tombeau du Christ des mains des Infidèles, les croisades, sous l’impulsion du Saint-Siège, ont rassemblé en Europe des milliers d’hommes périodiquement entre 1095 et 1291.

A l’idéal chevaleresque qui imposait au guerrier le devoir de défendre le peuple de Dieu, s’est mêlé la croyance populaire selon laquelle le pèlerinage vers le tombeau du Christ avait valeur de rédemption. C’est pourquoi la première croisade leva en 1095, et une armée inorganisée de paysans « au chômage » - on l’a vu - qui échoua (Pierre l’Ermite) et une armée de soldats qui, sous la conduite de Godefroy de Bouillon, s’empara de Jérusalem en 1099.

En 2 siècles, huit croisades quittèrent ainsi l’Europe pour l’Orient afin de contenir la menace constante des musulmans. En 1291, la chute de St Jean d’Acre consacra l’échec militaire des croisades.

En Normandie, la très célèbre tapisserie de Bayeux , attribuée à la Reine Mathilde, raconte l’épopée de son valeureux époux : la victoire française de Hastings et la conquête de l’Angleterre, en 1066. Fait unique dans l’histoire du monde et qui valait bien 70 mètres de tapisserie : un duc de France, roi d’Angleterre !

Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, se prétendait héritier du trône d’Angleterre. Mais comme il y avait de la contestation dans l’air, il dut conquérir par les armes son titre de roi. Il réussit en fait ce que Napoléon et Hitler n’ont réussi qu’en rêve :`débarquer en Angleterre. En réorganisant l’administration, il fit de la monarchie anglo-normande l’état le plus puissant d’Europe.

En ce temps-là, les histoires de familles royales ont souvent eu des répercussions guerrières bien que, depuis l’avènement des carolingiens, la règle est que l’aîné des fils devienne l’héritier en titre du trône paternel afin d’éviter les pugilats sanglants.

La reine

Au Moyen Age, la reine était sacrée au même titre que le roi. Fort de cet exemple royal, la vie sociale et familiale s’est modelée sur le principe d’une certaine équivalence entre l’homme et la femme. L’enseignement diffusé surtout dans les monastères - la Bible étant alors la source fondamentale de tout savoir profane et religieux - l’était autant par les moniales que par les moines, pour les femmes que pour les hommes. Les femmes pouvaient exercer les métiers n’exigeant pas la force masculine : médecin, apothicaire, teinturière, copiste, miniaturiste, religieuse, etc.

Dans certains fiefs, les femmes votaient. La vie familiale reposait sur l’équilibre père - mère, bien que dans quelques autres, le meurtre d’une femme était puni d’une moindre peine que celui d’un homme ! Mais à la Renaissance les choses changeront : l’imitation du modèle antique se fera au profit du pater familias. Marie de Médicis, épouse de Henri IV, sera la dernière reine qui sera sacrée. Son rôle ira en s’effaçant, faisant place à la favorite. Et de nouveau, la vie sociale se modèlera sur les mœurs royales.

« Les Français changent de mœurs selon l’ âge de leur roi... Le Prince imprime le caractère de son esprit à la Cour ; la Cour à la Ville ; la Ville aux provinces. L âme du souverain est un moule qui donne la forme à toutes les autres. » Montesquieu

Les chroniqueurs

Entre le chroniqueur du Moyen Age et l’historien des Temps modernes, il y a la même différence qu’entre le peintre et le photographe. Les peintres et les chroniqueurs traduisent un portrait, un paysage, une scène villageoise ou guerrière, selon leur propre écho, leur propre vision, sans trop se soucier de la vérité des faits. Par contre, à l’inverse, les historiens s’efforcent, comme les photographes, de capter les faits bruts, sur le vif, sans complaisance, sans parti pris, sans vouloir rien démontrer, en homme de science... même s’il travaille sur archives.

Le Moyen Age, avec son goût de 1a légende, des fabliaux et du roman, n’a guère secrété d’historiens. Mais les récits des nombreux chroniqueurs - Villehardouin, Joinville, Froissart...- par recoupement entre eux constituent des documents historiques extrêmement précieux, aussi subjectifs soient-ils.

Le chômage

Au Xème s., l’utilisation du fer (réservé jusque là à l’armée : armes, chars et armures) fut autorisée pour les outils agricoles. Conséquences incalculables ! Grâce à quoi, avec des haches et des scies, des faux et des pelles, les paysans se mirent à défricher victorieusement les terres au pied des châteaux, pour les cultiver. Et grâce à des récoltes plus abondantes, plus d’hommes ont pu être nourris. L’essor démographique qui s’en suivit aux XIème, XIIème et XIIIème s., malgré une mortalité infantile de près de 50% des naissances, provoqua un surcroît de population désœuvrée, ce qui explique le succès de la levée des armées de paysans et de soldats pour les croisades. Le problème du chômage, si crucial aujourd’hui, comme on voit, n’est pas si nouveau.

Les copistes

Le métier de copiste qui consistait à recopier à la main des manuscrits, se pratiquait en général à l’ombre des monastères. C’est grâce à une armée de copistes anonymes que les écrits bibliques, grecs, romains et autres, ont traversé le Moyen Age, en faisant des petits par centaines. A partir du VIIème siècle, les rouleaux de papyrus grecs et romains (volumen) ont été remplacés par les livres (codex) à feuilles superposées.

Quel progrès dans la pratique et dans l’esthétique ! Copistes, peintres miniaturistes, enlumineurs et relieurs ont réalisé de véritables chefs-d’œuvre, à une époque où le temps ne coûtait rien. Et quel progrès quand, au XIIème s., on a commencé à fabriquer le papier industriellement. Et quel progrès quand au XVIème s., on a commencé à imprimer le papier mécaniquement... sauf pour le métier de copiste qui en est mort sur le coup et de peintre miniaturiste qui est entré en lente agonie.

Le roman

Le Moyen Age a inventé le roman. Ce genre littéraire qui a fait de la « folle du logis » (I’imagination) une reine, a connu le destin fabuleux que l’on sait, depuis presque un millénaire.

Autour de la légende du St Graal, se retrouvent les premiers grands poètes-romanciers français : Robert Wace, Chrétien de Troyes, Marie de France, Robert de Boron, etc. Le St Graal est le vase qui aurait servi à Jésus pour la Cène et dans lequel aurait été recueilli le sang qui coula de son flanc percé par un soldat romain. La recherche du St Graal par les chevaliers de la Table Ronde, compagnons du roi Arthur - Lancelot, Perceval et Galaad - a fait rêver tout le Moyen Age.

Le roman médiéval mêle à l’inspiration chrétienne (le St Graal) et à la légende celtique (le Roi Arthur), l’idéal des XIème et XIIème s (Chevalerie) en exaltant le courage, la persévérance, la courtoisie, la pureté, la protection des faibles et donc des femmes. Quel heureux temps !

La musique

La musique au Moyen Age se mêle à la respiration quotidienne. Parmi le peuple, si personne ne sait lire, tout le monde sait chanter. Mais la musique s’évanouit dans l’instant et ne laisse aucune trace.

Au XIème s., le moine italien Gui d’Arezzo, en baptisant les 7 notes de la gamme et en les disposant sur une « portée », est à l’origine de l’écriture musicale. Il est en quelque sorte l’inventeur du filet à papillons qui attrape les notes au vol et les épingle sur papier... afin que la musique se conserve.

La musique du Moyen Age repose sur le rythme qui est naturel et spontané et non sur la mesure qui est rationnelle et composée. La musique mesurée, héritée de Pythagore, ne réapparaîtra qu’à la Renaissance. Quant aux instruments de musique, les mauvaises langues racontent que, pour une heure de concert, on en passait la moitié à accorder les instruments et l’autre moitié à jouer... faux !

La peinture, (XIIIème s.)

Antérieurement au XIIIème s., la peinture était diluée à l’eau et les oeuvres réalisées sur des murs de pierres ou des panneaux de bois. Il n’en reste aujourd’hui que peu de vestiges. Inventée au XIIIème s., la peinture à l’huile, aux nuances infinies, souple, fine, applicable sur toile s’est avérée résistante au temps et au soleil. Grâce à quoi bon nombre de toiles des peintres primitifs (Renaissance italienne - XIVème et XVème s.) sont parvenues jusqu’à nous comme des fenêtres ouvertes sur le passé, conservant en vie des paysages, costumes, scènes champêtres, villageoises ou religieuses, monuments et autres qui, sans elles, seraient à jamais engloutis dans l’oubli.

Les peintres mélangeaient eux-mêmes les poudres et l’huile et composaient leurs propres couleurs en leur donnant parfois leur nom, comme le vert Véronèse. Mais ce n’est qu’en 1842 que la peinture en tube fut inventée, ce qui libéra les peintres de leur atelier et permit aux impressionnistes d’aller peindre la nature... dans la nature et en chemin de fer.

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André STEIGER

Membre de l’Église évangélique luthérienne

(re)publié: 31/01/1999