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Église recherche syro-phénicienne - Urgent

Elle est syro-phénicienne dans l’évangile de Marc (Mc 7, 24-30), cananéenne dans celui de Matthieu (Mt 15, 21-28).
Mais les deux textes racontent la même histoire : une femme, étrangère, païenne, demande à Jésus de guérir sa fille. Et comme celui-ci refuse vertement, estimant que sa mission s’adresse d’abord aux enfants d’Israël, la femme insiste. Et Jésus change d’avis. Il répond à cette femme dont il ne sait rien. Et sans doute que là, un tournant se vit dans sa mission : il entre dans la compréhension que le désir du Père est plus large encore, à la dimension de sa Création, en fait.
Résumons : Jésus se laisse convertir par une femme (quel scandale !) étrangère et païenne (là, c’est la totale). Je ne suis pas sûr qu’autour de lui, scribes, pharisiens et autres pisse-vinaigre aient apprécié.
J’aime cette page d’Evangile, je l’ai mentionnée ou mise en scène dans plusieurs de mes spectacles.
Alors que l’Eglise se démène devant une crise grave, elle me revient avec force.

Car en Eglise, ces semaines-ci, les voix ne manquent pas pour chercher ce qu’il faudrait faire. Je m’en réjouis : la disputatio, l’échange de points de vue, la discussion (respectueuse de celui qui a un avis différent, cela va de soi, mais ça va aussi bien quand on le dit) est une vieille tradition en Eglise, et elle a bien souvent porté fruit. La sclérose vient plus souvent de l’absence d’échange. Mais il me semble qu’au cœur des points de vue, deux tendances se dessinent, soutenues avec plus ou moins de talent. Certaines tribunes nous font réfléchir, d’autres non.

Une première tendance espère que l’Eglise osera s’ouvrir à d’autres voix que la sienne, au nom d’une compétence particulière, que la foi soit partagée ou non ; que l’Eglise osera s’interroger pour ouvrir plus sa façon de vivre, la relire, l’adapter là où c’est nécessaire. Dans une humilité foncière, ancrée dans la prière où l’Esprit Saint peut nous aider à lire les signes des temps. Car il s’agit bien d’attitude, plus que du fond de la foi, encore que quelques expressions mériteraient d’être sérieusement revues, à la lumière des découvertes humaines. Quelle est notre attitude dans le monde ? Celle du lavement des pieds, ou une position idéalisée et durcie ? Celle de la bienveillance ou du « non » à tout ce qui n’est pas issu du sérail ? Croyons en une Eglise « semper idem » ou « semper reformandam » ? Une Eglise en chemin avec l’humanité cabossée, ou une Eglise en surplomb ? Nous montrons-nous comme donneurs de leçons ou en hommes et femmes nous aussi empêtrés dans nos limites et nos péchés, soucieux pourtant de grandir en sainteté, de chute en chute, pas à pas, puisant nos forces en Dieu et non pas dans l’illusion de nos propres forces ?

L’autre tendance est celle du repli : la crise s’expliquerait par un laxisme doctrinaire et spirituel uniquement. Pour réagir, la solution serait de ne jamais contester la doctrine, d’obéir, de se préoccuper de rester à flot dans la tourmente, sans rien changer, surtout. Et prier, comme si la prière pouvait remplacer la conversion et la réflexion à plusieurs. Surtout, ne pas réfléchir, ne pas se remettre en question, ne pas écouter. L’inverse de ce que fait Jésus devant la Syro-phénicienne, en fait.

Le temps est favorable. Ouvrons grandes nos oreilles et nos cœurs. Imitons Jésus, qui se laisse convertir par une femme étrangère. Ecoutons ce cri déçu du monde, et ce cri déçu en nous, devant le désastre, alors qu’un Trésor de vie éternelle nous est confié pour le porter au monde.
« Eglise parfois trop masculine et trop sûre d’elle, ayant régressé en compréhension humaine, recherche femme(s) et hommes(s), milieu, religion et sexualité indifférentes, pour favoriser conversion interne. Bonne volonté, humilité et intégrité exigées. Compétences humaines spécifiques bienvenues. URGENT. »

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(re)publié: 01/04/2019