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Ecclésiologie

Vatican II : ce qui ne sera plus tout à fait comme avant

Du 11 au 14 mars 1999 s’est tenu au château de Klingenthal en Alsace, co-organisé par la Fondation Jean XXIII pour les sciences religieuses de Bologne, par la Fondation Goëthe de Bâle-Klingenthal et par l’archevêché de Strasbourg, un colloque consacré à la période finale du concile Vatican Il, sous le titre : « Vatican II au but ? Espoirs. Craintes. Déceptions. Perspectives »

Nous reproduisons ici la conclusion des actes du colloque, publiés par Alberto MELLONI et Joseph DORé sous le titre « I volti della fine concilio, Saggi di storia e di teologia sulla conclusione del Vaticano II (testi di ricerche di scienze religiose, n° 27) », Bologna, Società Editrice il Mulino, 2000, 420p.

I . Introduction

1. Compte tenu de ce que le Concile paraît avoir été au moment précis où il s’achève, compte tenu de ce que sont devenus à travers lui ceux qui l’ont fait et vécu, compte tenu enfin de la manière dont commencent d’en opérer la compréhension ceux qui en assurent la première réception, que peut-on dire :

- du changement qu’a apporté avec lui Vatican II,
- de ce qu’il a rendu ou caduc ou possible par sa tenue même,
- de ce par quoi il fera de toute manière date dans le devenir maintenant bimillénaire de l’église à laquelle Dieu a donné de le vivre ?

« Qu’est-ce qui ne sera plus tout à fait comme avant ? » : voilà bien en effet, concernant le dernier concile, une question qui à la fois ne peut, par définition, être posée qu’au moment où il s’achève tout en le situant déjà par rapport à ce qui le suivra, et qui pourtant ne lui imputera aucune problématique anticipée puisque n’est aucunement exclue - au contraire - l’hypothèse que les exploitations à venir pourront emprunter bien des directions !

L’avenir pourra assurément avoir plusieurs manières de différer de l’« avant », de « n’être plus » tout à fait comme lui. Et l’on n’aura aucunement prédéterminé ces « manières » en précisant seulement comment et pourquoi elles ne pourront que se démarquer plus ou moins, et d’une façon ou de l’autre, par rapport à ce qui aura précédé.

2. Quitte à simplifier quelque peu, on présentera et précisera ainsi ce qui, une fois Vatican II tenu, ne sera effectivement plus tout à fait comme avant. Disons qu’aura assez nettement changé une certaine manière de comprendre et de vivre respectivement :

- l’organisation et le fonctionnement internes de l’Eglise (l’ad intra = chapitre III),
- et la compréhension du rapport réciproque de l’église et du monde (l’ad extra = chapitre IV).

Cette façon de présenter nos observations aura, entre autres, l’avantage de se conformer à la plupart des manières jusqu’à maintenant utilisées pour rendre compte du Concile, et pour classer tant son programme que ses travaux et ses résultats.

II. Le style de Vatican II

Avant toutefois de considérer successivement chacun de ces deux points pour eux-mêmes, il est indiqué d’enregistrer une première donnée, car elle les caractérise et les conditionne à la fois tous les deux, dans la mesure où il faut bien reconnaître en elle l’illustration principale du « style » général de ce Concile unique entre tous.

1. Comme A. Melloni le note à juste titre en introduisant l’ouvrage, le Concile oecuménique contemporain qu’est Vatican II ne lègue à ceux auxquels il s’adresse ni décrets disciplinaires à appliquer, ni formulaires officiellement prescrits à professer, ni anathématismes à faire valoir, ni canons à mettre en oeuvre. En cela, il se démarque nettement bien entendu, dût un cardinal Siri curieusement s’en étonner, de la plupart des conciles qui l’ont précédé dans l’histoire bimillénaire de l’église. Si le concile de Trente a condamné le protestantisme et Vatican I le rationalisme et le fidéisme, et si un concile du xxe siècle aurait assurément pu condamner à son tour l’athéisme, le communisme ou le nazisme (ou même les armes thermonucléaires), cela n’a justement pas été le choix de Vatican II...

Cela ne signifie certes nullement que Vatican II n’assume pas la tradition de ses devanciers, ni qu’il n’en poursuive pas l’élan. Cela traduit seulement, de la part des Pères conciliaires en leur immense majorité, la décision de transmettre autre chose, précisément, que des prescriptions, des réglementations et des condamnations. On peut dire que la volonté délibérée est ici, en même temps que de communiquer des enseignements, de faire passer un esprit et, pour autant, de ne pas négliger de s’occuper des institutions.

2. Des enseignements et donc une visée de réflexion, des institutions et donc une intention d’action, et les deux choses sous l’inspiration et pour l’incarnation d’un certain esprit : il y a là, en somme, quelque chose comme un premier « acquis irréversible » de Vatican II, et naturellement pas le moindre.

Si nécessaires que soient assurément les dispositions législatives, juridiques et même, pourquoi pas, pénales, celles-ci n’en doivent pas moins être doctrinalement fondées. Et c’est bien pourquoi, en même temps qu’il voulut lui-même produire des « Déclarations » et des « Décrets » pertinents dans l’ordre de l’« application », Vatican II tint à élaborer également des « Constitutions », et donc comporte bel et bien la proposition d’enseignements fondamentaux. Certes, le fait qu’il s’agisse d’enseignements toujours étroitement liés à la situation historique de l’église et à la condition également historique de ses membres, et pertinents par rapport à celles-ci, a conduit à accentuer le caractère pastoral des prises de position de Vatican II. Mais on devra par-dessus tout y prendre garde et ne pas s’y méprendre : le pastoral n’exclut pas ici le doctrinal ; il l’assume au contraire. Il s’agit simplement d’un doctrinal qui porte effectivement le souci et se donne efficacement les moyens de sa pertinence historique, de sa fécondité concrète et, aussi, de sa possible crédibilité dans l’aujourd’hui.

Que le doctrinal soit ici pastoral et qu’on ne cède ni à l’illusoire fuite dans l’idéologie ni à la facile, et alors toujours suicidaire, contestation de la tradition, on en a la preuve dans le fait que le Concile s’est aussi préoccupé, en même temps donc que de donner des enseignements, de faire vivre les institutions. C’est-à-dire, pour être précis : tout aussi bien d’améliorer le fonctionnement d’un certain nombre de celles qui existaient avant lui que d’en fonder des nouvelles.

Au-delà (et, aussi bien, en deçà) toutefois des enseignements donnés et des institutions rénovées ou fondées, c’est un esprit qui paraît caractériser par dessus tout Vatican II. Un esprit avec minuscule, dû à l’Esprit avec majuscule. Si l’on pourra dire, dans un instant, que ce Concile a apporté quelque chose de marquant tant à l’autocompréhension et au fonctionnement interne de l’église qu’à son rapport à l’ensemble de ce qui n’est pas elle, c’est justement dans la mesure où, docile au Souffle créateur, inspirateur et purificateur du Dieu vivant qui l’avait convoqué, il a su en tirer pour lui-même un esprit qui l’a conduit.

III. L’organisation et le fonctionnement interne de l’église

Le premier domaine dans lequel Vatican 11 apporte des enseignements et des orientations qui feront date concerne la conception et la vie mêmes de l’église - ainsi que, par voie de conséquence, l’ensemble de son organisation et de son fonctionnement considérés comme tels.

3.1 De l’événement à l’enseignement

Lorsque, immédiatement appuyé par le cardinal Frings, le cardinal Liénart se leva dans l’aula dès la toute première séance du Concile et fit remarquer que, pour les évêques catholiques du monde entier ici rassemblés, il y avait mieux à faire que d’entamer illico les débats selon les seules voies tracées au préalable par les organismes de la Curie, il donnait le ton qui allait être celui de toute l’assemblée conciliaire. Commençons par faire connaissance entre nous, dit-il alors en substance. Partageons nos interrogations et nos propositions : nous sommes venus ici pour nous exprimer et nous entendre les uns les autres sur nos responsabilités de pasteurs de l’église, et pour nous laisser éclairer par l’Esprit Saint à la faveur de notre rassemblement autour de Pierre. Nous manquerions ces objectifs si nous nous laissions seulement prescrire, sans même avoir pu faire entendre notre voix à leur propos, les questions auxquelles il conviendrait que nous nous « arrêtions », dans tous les sens de ce terme.

On pourrait ici multiplier les rappels d’attitudes et de comportements, d’interventions et de prises de position qui, tout au long du Concile et tant de la part des Pères que des papes eux-mêmes, traduisirent - et plus d’une fois d’ailleurs à l’étonnement tant des experts que des observateurs - le même esprit que celui qui inspirait ainsi, dès le premier moment, le cardinal Liénart. Cela nous donne l’occasion de souligner avec force d’entrée de jeu ce premier point : le Concile vécut déjà dans son événement même ce que devait apporter, d’autre part, son enseignement.

3.2 Un mystère de communion

Tous les participants et tous les observateurs le notent, tant c’est l’évidence même : au-delà de son économie propre et de son fonctionnement interne qui viennent d’être évoqués, Vatican II a, dans son enseignement surtout, pris ses distances par rapport à une vision de l’église qui la décrivait et la concevait avant tout comme une société hiérarchique constituée et fonctionnant à partir de son seul sommet, tant dans l’ordre du gouvernement que dans celui de l’enseignement et du comportement.

Contrairement à ce que certains ont cru pouvoir prétendre, la contre-proposition du Concile ne fut pas de passer d’un modèle entendu comme monarchique à un autre qui serait, lui, démocratique mais resterait du même coup logé à l’enseigne d’une approche politico-juridique où compterait seule, au fond, la distribution du/des pouvoir(s). L’approche est d’un tout autre ordre : non pas d’abord, voire quasi exclusivement, juridico-administrative, mais bien historico-salvifique, peut-on dire pour résumer. L’église est un mystère, et un mystère de communion. Dans son amour, le Père a conçu le dessein de récapituler toutes choses, par son Fils incarné, mort et ressuscité, en leur Esprit commun. Et, à travers temps et lieux, il constitue sur la face de la terre, à la louange de sa gloire, un peuple de sauvés, de pardonnés et de sanctifiés pour les siècles des siècles.

Il faut tout de même le dire : ce n’est pas développer une ecclésiologie « de gauche » que de rappeler, ainsi, que l’église est pour et par la communion du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, et que de s’employer à faire en sorte que tout, en elle, soit au service de cela et de rien d’autre. Mais inversement, il faut enregistrer que ce ne serait plus parler de l’église que de ne voir en elle qu’un réseau, en somme planétaire, particulièrement susceptible de faire avancer certaines causes humanitaires, sociales ou politiques, ou que de ne plus voir l’enracinement christologique du Peuple de Dieu rassemblé par l’évangile du Christ et sauvé par son sang, ni sa dimension eschatologique destinée à ne trouver son accomplissement nulle part ailleurs que dans la Jérusalem céleste.

Ainsi sera-t-il clair qu’il ne peut y avoir d’église que là où le juridique et l’institutionnel d’une part, l’humanitaire et l’organisationnel de l’autre, sont au service du pneumatique et du sacramentel.

3.3 La révélation de Dieu et la liturgie de l’église

Cet aspect de mystère qu’expose bien Lumen Gentium, le Concile prend soin - autre aspect de son enseignement - d’en expliciter doctrinalement et le fondement et le déploiement. Le mystère ecclésial, nous est-il rappelé, d’une part renvoie comme à sa source à l’ensemble du processus appelé révélation ; et d’autre part appelle comme son expression l’ensemble de la célébration qui se déploie dans la liturgie. Pour que cela soit bien clair, le Concile a en effet tenu à consacrer à l’une et à l’autre - et la révélation et la liturgie - ni plus ni moins qu’une « Constitution » venant en complément de celle où il présente, par ailleurs, ce mystère de l’église que nous venons justement d’évoquer en premier.

D’un côté, tout dans l’église doit être rattaché à la souveraine intervention révélatrice du Dieu Trinité dans l’histoire. Aucune action ne pourra être reconnue salvatrice en tant que porteuse de vie, si elle n’est rapportée à l’oeuvre de grâce rédemptrice accomplie par Dieu dans la venue de son Fils en Jésus-Christ et scellée dans sa Pâque. Aucune parole ne pourra être tenue pour révélatrice en tant que porteuse de vérité, qui ne soit originée à la parole de Dieu consignée dans l’écriture et authentiquement transmise et interprétée par la Tradition ecclésiale. Il faudra donc comprendre, comme dès son discours d’ouverture du 11 octobre 1962 y invitait Jean XXIII, qu’il y a à distinguer soigneusement, dans la présentation de la doctrine chrétienne, entre la « vérité révélée », intangible et immuable, et les diverses « formulations » qu’elle est susceptible de recevoir à travers les siècles : « Autre est en effet le dépôt lui-même de la foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. » A bon entendeur salut, bien sûr... mais l’on peut prévoir que tout le monde ne se montrera pas ici apte ou disposé à entendre. Il ne faudra dès lors pas s’étonner de voir fleurir suspicions, voire obstruction, dès qu’il sera question d’inculturation ou même de (nouvelle) évangélisation, pour ne pas parler d’herméneutique. Mais qu’y pourra gagner la transmission de la foi ?

D’un autre côté, tout, de la vie de l’église comme de la vie de chacun de ses membres, doit à la fois prendre sa source et trouver son accomplissement dans la prière, le culte, la célébration, spécialement dans la forme première et ultime de celles-ci qu’est la liturgie de l’Eglise. C’est bien pourquoi le Concile a tenu à consacrer à cette dernière aussi une Constitution dogmatique qui est d’ailleurs l’un de ses fleurons. Remise en valeur de la Parole de Dieu et insistance sur la primauté de l’oeuvre salvatrice divine qu’elle proclame et que le sacrement actualise, mais aussi mise à la portée du peuple des mystères célébrés pour lui et participation des fidèles à cette célébration même : de cela il résultera nécessairement, pour la liturgie ecclésiale, des transformations diverses et toute une évolution d’ensemble qui seront diversement appréciées selon les sensibilités. Mais devra-t-on s’étonner qu’un bon nombre de croyants aient pris goût à entendre proclamer eux aussi dans leur langue les merveilles de Dieu, à être effectivement associés aux mystères célébrés pour eux, et à mieux en apprécier l’impact de conversion en leur vie même ?

3.4 L’organisation institutionnelle

A l’intersection de l’enseignement et du fonctionnement, il est un domaine dans lequel le Concile a aussi marqué définitivement la vie ecclésiale considérée comme telle, et c’est celui de l’organisation institutionnelle, de l’articulation hiérarchique de l’Eglise.

On peut tout d’abord relever que, si l’on a pu estimer non sans raison que, des trois degrés du sacrement de l’Ordre, le presbytérat a représenté au Concile le parent pauvre (malgré le décret qui lui a pourtant été voué), un grand don a en revanche été fait à l’Eglise avec le rétablissement d’un statut permanent du diaconat. On pouvait s’attendre à ce qu’il faille un peu de temps pour exploiter ce beau fruit de Vatican II ; il n’est pas douteux, pour autant, qu’il y avait là une grâce appelée à une grande fécondité au plan de l’institutionnalité ecclésiale elle-même.

Mais c’est surtout, bien sûr, au premier des trois degrés du sacrement de l’Ordre, l’épiscopat, que se situent les apports majeurs, et appelés à être durables, du récent Concile. Une simple énumération suffit à en convaincre. La reconnaissance de la collégialité épiscopale comme étant de droit divin et, liées à elle, la proclamation de sacramentalité de l’épiscopat aussi bien que la valorisation accrue de l’importance de l’église locale ou diocésaine (Christus Dominus promulgué le 28 octobre 1965 ; Lumen gentium 23 et 26) d’une part, mais aussi, d’autre part, l’exercice de la collégialité vécue sur place au Concile, la pratique effective et concrète de la rencontre, du dialogue et du débat entre évêques et avec les instances romaines, la collaboration effective avec le Pontife romain dans le respect de sa fonction spécifique et de son autorité propre : tout cela a puissamment contribué à modifier tout un ensemble d’habitudes mentales, de conduites pratiques et même de positions doctrinales bien ancrées. Le mode d’exercice concret de la primauté pontificale (qu’il n’était pas question de remettre en cause pour autant !) et, plus encore, celui des divers organismes centraux de la Curie, s’étaient de fait quelque peu disproportionnés avec le temps, tendant corrélativement à réduire d’autant les prérogatives des évêques diocésains dans un certain nombre de domaines qui leur incombaient pourtant, au plan des modes de l’« application » du moins : liturgie, discipline, administration, etc.

A cet égard, l’intervention de Paul Vl à la fin de la deuxième période conciliaire fut décisive, dans la mesure où il y exprimait son désir d’« accueillir les voeux de ses vénérables frères dans l’épiscopat », et de leur concéder « ce qui mettra en lumière leur dignité épiscopale et rendra leur charge plus efficace et plus aisée ». Décisive fut plus encore, cependant, l’annonce faite par le même Paul Vl à la surprise générale, le 14 septembre 1965, dans le discours d’ouverture de la quatrième période : celle de la création d’un Synode des évêques dont il liait lui-même l’institution aux Conférences épiscopales, à la participation des évêques au gouvernement de l’église universelle et, enfin même, au travail quotidien de la Curie.

Certes, on a pu s’étonner que Paul Vl ait pris là une initiative par laquelle il devançait le Concile ; mais, après tout, n’était-il pas (et spécialement depuis Vatican I !) en position pour le faire ? Certes, on a pu regretter que la mise en place espérée de Conférences épiscopales restât ou modeste ou restreinte selon les uns, ou dangereuse ou prématurée pour d’autres ; mais comment ne pas enregistrer comme un changement notable et définitif, à partir justement du Concile, l’organisation effective d’un type de collaboration épiscopale jusque-là quasiment inexistant ? Certes encore, on a pu déplorer que restaient ou flous ou limités les domaines dans lesquels la structure synodale serait amenée à se prononcer, ainsi que les modalités de son articulation avec les instances romaines ; mais il était déjà considérable de lui faire place et de l’instituer non seulement dans le prolongement du Concile mais, tout compte fait, dans son esprit même.

Enfin, il ne faut pas négliger l’importance qui revient à l’institution, à Rome même, de plusieurs autres structures permanentes nouvelles Secrétariats, Commissions post-conciliaires - destinées à venir compléter les Congrégations ou Dicastères traditionnels, pour ne rien dire d’un processus d’internationalisation de la Curie déjà largement engagé au moins depuis Pie XII, mais désormais attentif à l’intégration systématique d’évêques résidentiels.

IV. La compréhension du rapport réciproque de l’église et du monde

Il n’y a pas à s’étonner qu’ayant procédé à un tel aggiornamento de l’organisation et du fonctionnement internes de l’église, Vatican II ait également apporté avec lui et entraîné après lui un changement significatif dans la compréhension et la gestion des rapports réciproques de l’église et du monde. C’est précisément un deuxième aspect sous lequel on peut considérer ce qui, toujours après Vatican II, « ne sera plus tout à fait comme avant ».

4.1 De la communion à la communication

A se concevoir préférentiellement désormais non seulement comme mystère de communion interne entre tous ses membres vivants et entre tous ses modes de réalisation propre, mais également comme mystère de communication révélatrice et salvatrice de Dieu avec « tout ce qui n’est pas lui-même », I’église de Vatican II accomplissait un tournant qui affectait fondamentalement du même coup son propre rapport au monde compris comme étant à la fois véritablement son « autre » et pourtant son « lieu ». On ne voit pas qu’en se tournant dès lors plus résolument vers les hommes, vers la société, vers la culture que les évolutions modernes ont de fait écartés de l’église, l’entreprise conciliaire ait fait autre chose que poursuivre le mouvement même qui est celui de l’lncarnation. Ce mouvement n’est-il pas, en effet, celui par lequel, en son Fils devenu homme parmi les hommes, Dieu même s’est approché de nous, s’est fait authentiquement homme, a voulu être véritablement Dieu-avec-nous ? Et, dans la mesure précise où ce mouvement conciliaire est venu nettement compenser et même assez largement réinterroger (quoique non totalement remettre en cause) un mouvement, plus marqué jusqu’alors dans l’église, de retrait, de méfiance et de dénonciation, le Concile a bel et bien apporté, ici encore, une nouveauté dont la suite ne pourrait qu’être amenée à tenir compte.

Certes, une nouvelle fois, une dérive était possible, et la crainte était fondée, qu’à trop vouloir écouter et rejoindre le monde, on pourrait finir par s’y perdre. Les critiques d’un Rahner ou d’un Dossetti à l’égard du fameux schéma XIII sont déjà ici significatives : insuffisante distinction entre ordre de la nature et ordre surnaturel, estompement du péché, effacement de l’eschatologique, etc. Certes aussi, les de Lubac et Daniélou avaient raison d’être en garde face à toute tentation de ne voir dans la révélation que la notification de ce qui aurait « toujours-déjà existé » avant elle et indépendamment d’elle - mais on ne voit pas, à vrai dire, que le Concile ait enseigné cela en un quelconque de ses textes ! Certes, enfin, il n’eût pas été admissible qu’on fasse équivaloir l’idéologie du progrès, une glorification de la technique ou les prétentions de la modernité, avec l’optimisme propre à la foi, avec l’espérance évangélique ou avec le salut par la croix. Mais on ne voit pas davantage que l’appel à se tourner vers le monde pour s’adresser véritablement à lui en honorant ce qu’il est, signifie de soi qu’on se détourne de la croix, qu’on renonce à tout discernement et qu’on abdique tout sens du péché.

Il faudra bien que, par la suite, on apprenne à mettre en oeuvre, ici aussi, la consigne évangélique : « Faire ceci sans omettre cela » . C’est-à-dire : il faudra bien qu’on accepte de se tourner vers le monde, non pas de fait pour se détourner de Dieu, mais parce que l’on aura compris que, en son Christ, Dieu lui même a tourné à tout jamais vers le monde son visage de grâce. Alors, on comprendra que la leçon du Concile est bel et bien, ici, qu’il n’y a pas moyen d’aimer le Dieu que l’on ne voit pas mais qui en Jésus-Christ « s’est rendu visible à nos yeux », sans se tourner vers le frère que l’on voit et auquel, s’il faut en croire Mt 25, celui qui jugera un jour le monde a tout de même bel et bien prétendu s’identifier.

4. 2 L’œcuménisme intra-chrétien

Parmi les domaines dans lesquels s’est marqué le changement d’attitude que Vatican II a introduit dans l’église à l’égard de « tout ce qui n’est pas elle », il faut mettre en premier lieu l’œcuménisme intra-chrétien. Des hommes comme le cardinal Béa et le P. Congar, en même temps que Jean XXIII et Paul VI lui-même, furent ici déterminants. Dès la première session du Concile, un grand signe fut donné lorsqu’il fut décidé que le Secrétariat pour l’Unité des chrétiens disposerait des mêmes droits que toutes les autres commissions conciliaires. D’autres signes furent également posés quand Paul VI rencontra le patriarche Athénagoras à Jérusalem en 1964 et, à plus forte raison, quand, à la veille de la fin du Concile, le 7 décembre 1965, furent levées les excommunications réciproques entre Rome et Constantinople. Le Pasteur Roux est par ailleurs bien évidemment fondé à noter que « le seul fait de cette présence [des » observateurs « d’autres confessions], concrètement réalisée chaque matin à la tribune proche de la table du Conseil de présidence et face aux cardinaux, a constitué l’une des grandes originalités de Vatican II ».

Moyennant quoi cela n’a pas été la débâcle pour le catholicisme ! Si, comme le notait E. Schillebeeckx, les « monopoles » (il en retenait quatre) furent dénoncés, et si R. Schütz et M. Thurian pouvaient dire que fut exclue par les Pères toute attitude excluante (ausschliessend), O. Cullmann pouvait aussi à bon droit, de son côté, prier que l’on ne s’étonne tout de même pas trop qu’au bout du compte, l’église catholique fût bel et bien demeurée catholique... Et l’on note avec joie qu’un A. Birmelé peut estimer qu’en somme « cet événement interne au catholicisme a su maintenir un double cap : une profonde évolution de l’église et une non moins profonde fidélité à sa tradition ».

Cela dit, il n’en reste pas moins qu’une voie irréversible a été tracée par Vatican II en direction des autres confessions chrétiennes : non plus la seule démarcation et l’exclusion réciproques, mais la repentance de chaque communauté pour ses méfaits anciens et/ou récents à l’égard des autres, l’effort pour surmonter les condamnations mutuelles héritées de l’histoire, l’instauration systématique de dialogues (bilatéraux souvent), le souci entretenu de rapprocher non seulement les personnes mais les théologies et les structures, l’effort mené en commun pour la recherche de la vérité, le propos de dépasser non pas tant peut-être les différences que leur caractère séparateur (point cher à Lukas Vischer), l’engagement solidaire dans des actions caritatives et humanitaires, etc.

4.3. Le changement d’attitude à l’égard des autres religions

Un rappel comme celui qui vient d’être fait manifeste quel chemin a fait l’église conciliaire en direction des « frères chrétiens séparés ». On peut pourtant dire que le changement d’attitude opéré d’autre part à l’égard des autres religions et de leurs membres apparaît plus spectaculaire encore, à la fois parce qu’on partait ici de beaucoup plus loin, et parce que les obstacles à surmonter étaient incomparablement plus nombreux.

Si déjà à l’égard du judaïsme l’attitude avait été, de longue date, de mépris et de rejet (qu’on songe à la prière concernant les « juifs perfides », coupables de « déicide », elle était de défiance quasi totale à l’égard des religions du « paganisme », puisqu’on n’y voyait, au mieux, que l’oeuvre de l’homme incapable de contribuer à son salut, et au pire (non exclu), que le champ d’action du démon et, plus largement, des forces du mal. C’est dire si - même s’il appellerait certes par la suite bien d’autres précisions ! - le changement auquel on a assisté en ce domaine a été radical, avec ce Concile qui, dans la Déclaration qu’il tint à consacrer aux « relations avec les religions non chrétiennes », peut s’exprimer ainsi : " L’église ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans les autres religions. Elle considère avec un respect sincère[...] des règles et des doctrines qui [...] apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes.

4. 4 La nouvelle attitude à l’égard du « monde »

Beaucoup plus vaste encore que le domaine des autres confessions chrétiennes et que celui des autres religions du monde, qui viennent d’être successivement évoquées (et à l’égard desquelles, donc, le Concile a marqué un changement historique dans l’attitude de l’église), il faut enfin faire état du champ de la culture, de la société - du « monde » - en tant que s’y exercent des compétences et des autonomies que le passage à la sécularisation et la montée de la revendication libertaire ont très largement émancipées de toute tutelle religieuse et, à plus forte raison, cléricale.

Il est net que, dans ce domaine aussi, le Concile a marqué un changement d’attitude caractérisé : il a quitté la problématique dite « de chrétienté » et renoncé ainsi à la conception qui voyait dans l’église la « société parfaite », souveraine par conséquent par rapport à la société civile et politique. Voulu par Paul VI, celui des sept "messages finaux du 8 décembre 1965 qui fut adressé aux gouvernants reconnaissait sans ambiguïté l’autonomie du pouvoir politique, même s’il lui demandait d’assurer à l’église la liberté d’accomplir sa mission. Mais, surtout, la Déclaration sur la liberté religieuse n’a pas réclamé ce droit pour la seule église catholique ; à plus forte raison n’a-t-elle plus exigé de l’état qu’il fasse lui même profession de foi sous peine d’être taxé d’une impiété et d’un athéisme susceptibles de compromettre son autorité en tous domaines. Elle a reconnu un droit de l’homme inaliénable et imprescriptible dans la liberté de la décision - quelle qu’elle soit - que chacun est susceptible de prendre en matièrede religion.

Deux points surtout méritent, à partir de là,d’être soulignés. D’une part, l’Église en son entier fut appelée par le Concile à se préoccuper positivement, quoique seulement à son titre propre, de tout ce qui importe effectivement à la vie des hommes et des sociétés qui les rassemblent : le combat contre la pauvreté de tant de populations et pour la libération de tant de peuples, la promotion des richesses et des bienfaits de la culture pour tous, la cause globale du développement, de la justice et de la paix. Ici donne clairement le ton le tout début de Gaudium et spes : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur [...] Tout ce qu’il y a de vrai, de bon, de juste dans les institutions très variées que s’est données et que continue de se donner le genre humain, le Concile le considère avec un grand respect. Il déclare aussi que l’église veut aider et promouvoir toutes ces institutions pour autant qu’il dépend d’elle, et que cette tâche est compatible avec sa mission [...] Le Concile exhorte les chrétiens, citoyens de l’une et de l’autre cité, à remplir avec zèle et fidélité leurs tâches terrestres, en se laissant conduire par l’esprit de l’évangile. »

D’autre part, comme vient d’ailleurs de le spécifier la fin de cette citation, ce sont tous les membres de l’église et chacun d’eux qui sont ici conviés à apporter leur concours, et il en découle une forte promotion du rôle du laïcat dans l’église et dans le monde : « C’est à la conscience préalablement formée [des laïcs] qu’il revient d’inscrire la loi divine dans la cité terrestre [...]. Qu’ils ne pensent pas que leurs pasteurs aient une compétence telle qu’ils puissent leur fournir une solution concrète et immédiate à tout problème, même grave, qui se présente à eux, ou que telle soit leur mission. Mais plutôt, éclairés par la sagesse chrétienne, prêtant fidèlement attention à l’enseignement du magistère, qu’ils prennent eux-mêmes leurs responsabilités. »

Déduire de tout cela que le Concile aurait par là même pris fait et cause pour le laïcisme et la sécularisation, et ainsi renoncé à toute spécificité chrétienne, à toute transcendance voire à toute spiritualité, est indu. Même si l’on ne peut nier qu’il s’est bel et bien trouvé des chrétiens pour prétendre s’inspirer du Concile lorsqu’ils étaient tentés de plier devant le monde et ses idoles, l’Assemblée qui a voté la Déclaration sur la liberté religieuse et la Constitution Gaudium et spes n’est pas, elle, ici en cause, comme le montrent bien ces autres textes qu’elle a aussi produits : Sacrosanctum concilium, Lumen gentium, Dei Verbum. Faut-il le répéter : si le tournant indiqué marque certes un changement assez net dans l’attitude ecclésiale à l’égard du « monde », ce n’est pas en tant qu’il serait corrélatif d’un détournement de Dieu et de son oeuvre de salut ; c’est en tant qu’il traduit une conversion conséquente au Dieu qui s’est lui même tourné vers le monde, par et dans le Christ qu’il a non seulement envoyé dans le monde, mais « donné » au monde.

V. Conclusion

Bien d’autres éléments encore devraient sans doute et pourraient assurément être versés à ce dossier qui, considérant le concile Vatican II au moment où il vient de s’achever, tente de préciser ce qui, après lui, « ne sera plus tout à fait comme avant ». On est cependant fondé, semble-t-il, à penser que ce qui vient d’être recensé suffit à permettre de passer maintenant sans retard à une conclusion qu’il n’est de toute manière pas souhaitable de différer. Cette conclusion comportera trois temps, du reste assez brefs tous les trois.

1. Même s’il n’a évidemment pas été ici possible de faire totalement abstraction des trente-cinq années qui nous séparent maintenant de cette « fin de Concile » à laquelle est consacré le présent ouvrage, on n’a pour autant aucunement fait état des développements et prolongements qui ont pourtant effectivement suivi, à travers toutes ces années. On s’est limité à l’essai de préciser ce qui, à la fin du Concile lui-même, « ne serait plus tout à fait comme avant ». On a bien conscience, néanmoins, de ce qu’apporterait ici, tantôt en nuances et tantôt en confirmations, le fait de pouvoir maintenant explicitement faire état, par exemple, de ce qu’ont effective ment été, par la suite :

  • d’une part, le fonctionnement et les apports des Synodes ainsi que l’évolution et les travaux des Conférences épiscopales (nationales ou continentales),
  • d’autre part, les développements tant du dialogue oecuménique (que l’on songe seulement au tout récent accord luthéro-catholique sur la justification) que de la rencontre avec les religions (qu’il suffise de mentionner l’événement d’Assise du 27 octobre 1986).

On ne peut ici que renvoyer à ces développements et prolongements, à ces nuances et confirmations. Il semble bien qu’on puisse toutefois affirmer que ceux ci ne feront qu’attester et appuyer ce qu’on a pu dire ici concernant « ce qui [après Vatican II] ne sera plus tout à fait comme avant ».

2. Même s’il n’est pas possible de s’attarder beaucoup à leur sujet, il faut tout de même évoquer la théologie et les théologiens, car il leur est bel et bien arrivé quelque chose à eux-mêmes aussi à la faveur du Concile ; et il n’est pas douteux que, pour eux aussi, quelque chose « ne sera plus tout à fait comme | avant ». On se contentera, faute de plus et de mieux, de trois indications.

C’est tout d’abord un fait qu’il y a eu, grâce au Concile, des communications parfois assez étroites et souvent assez fécondes - la plupart du temps de surcroît assez cordiales, ce qui ne gâtait rien - entre évêques et théologiens, et inversement. Les multiformes contributions des maîtres (ou anciens maîtres) de Louvain, des dominicains Congar, Schillebeeckx et Chenu, des jésuites Rahner, Daniélou et de Lubac, celle aussi d’un Joseph Ratzinger, furent évidemment décisives avant et pendant le Concile. Ni les théologiens ni le magistère ne pourront l’oublier par la suite, et pas davantage à Rome même (où siégera d’ailleurs une Commission théologique internationale nouvellement instituée) qu’au sein des différentes aires régionales, nationales ou (sub)continentales.

Il faut bien ensuite relever que la théologie néo-thomiste a perdu le lustre qu’elle avait connu à partir et sous l’impulsion d’Aeterni Patris. Curieusement, J. Maritain, qui avait pourtant été si proche de Paul VI, prit rapidement ses distances par rapport au Concile et, plus étonnamment encore, é. Gilson ne fit pas mystère non seulement de son peu d’estime mais même de son peu d’information à son sujet ! Plus largement, un singulier chassé-croisé s’est du reste produit : alors qu’ils avaient été soigneusement formés selon la tradition thomiste, les Congar et Chenu, Rahner, Lonergan et Schillebeeckx furent de fait des théologiens de « l’ouverture conciliaire » ; en revanche, ceux qui mirent davantage en garde contre les dérives possibles, à savoir les Bouyer, Daniélou et de Lubac d’un côté, les Ratzinger et Balthasar de l’autre, étaient plus familiers du monde des Pères, de la théologie monastique et des néo-augustiniens médiévaux, que marqués par le courant néo-scolastique.

Tout cela, enfin, ne devait pas être sans incidence sur la suite. Et la fondation, à quelques années d’intervalle, de Concilium puis de Communio, devait bien souligner pour sa part que la grande affaire ne serait plus désormais la fidélité ou non à saint Thomas (tout importante que demeurât son étude), mais la manière de rapporter l’une à l’autre les deux exigences dès lors mieux perçues comme incontournables pour toute théologie catholique digne de ce nom : l’indispensable fidélité aux richesses de la Tradition ecclésiale et l’inévitable affrontement aux défis du monde moderne.

3. Troisième précision conclusive : on a bien conscience que ce qui a été homologué ici comme « acquis », aussi objectivement qu’on se soit efforcé de le formuler, n’était pour autant pas assuré, il y a trente-cinq ans, d’emporter l’adhésion. On ne peut négliger le fait que, même dans l’église catholique et au sein de l’ensemble du peuple chrétien, il s’est trouvé des gens qui n’ont pas accepté qu’un concile ait justement pu avoir pour effet de faire en sorte que, après lui, les choses « ne [soient] plus tout à fait comme avant » !

Il y a eu des chrétiens pour attribuer à Vatican II des dérives qui l’ont certes suivi mais qu’il n’a pour autant pas voulues : ne revient-il pas à de tels « récepteurs » de se demander ce qui les autorise à prétendre ici accuser le récent Concile d’une responsabilité causale ? Il y a eu des fidèles pour exprimer des protestations doctrinales, voire doctrinaires : ne pourraient-ils faire l’hypothèse que ce n’est pas par infidélité au dépôt de la foi mais pour en mieux assurer la communication pastorale aujourd’hui, que Pères et experts ont cherché à exprimer en des termes renouvelés et en des attitudes converties les vérités qu’il leur importe à eux aussi, et même à eux les tout premiers, de voir confessées ? D’autres membres de l’église encore ont déploré qu’à se lancer dans l’aggiornamento conciliaire, celle-ci ait selon eux beaucoup perdu en « pouvoir » voire en « fastes » : ne pourrait-il leur venir à l’idée que ceux-là mêmes qui ont mission et grâce d’exercer la responsabilité - et donc le pouvoir - dans l’église, n’ont pas nécessairement voulu s’en démettre ou les trahir en cherchant les moyens de les exercer mieux comme un service, à la suite et selon l’exemple de leur Maître ? Certains catholiques ont peut-être même enfin été tentés par une attitude « moyenne » qui ni ne traduisait une véritable adhésion du coeur ni ne se laissait aller à une ouverte rébellion des gestes : ne leur revient-il pas de se demander alors si est vraiment honnête une pareille manière de mettre en oeuvre la pourtant irrécusable et claire consigne évangélique : « Que votre oui soit oui et que votre non soit non ! »

Il faut souhaiter à tous de comprendre que l’événement conciliaire, qu’avant le tournant des millénaires Dieu a donné à son église de vivre, était destiné à être pour elle une bénédiction. Et qu’il le serait et le sera dans l’exacte mesure où il a été et pourra être reçu dans le même esprit qui a pu effectivement l’ouvrir, le conduire et le conclure - car il l’a fait ! - : l’Esprit Saint du Dieu vivant.

 
Joseph DORÉ, Mgr

Archevêque de Strasbourg

Joseph DORÉ, Mgr

Archevêque de Strasbourg

(re)publié: 30/09/2000