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Ecclésiologie

Qu’est-ce qu’un diocèse ?

Un rassemblement diocésain est une bonne occasion de se demander : qu’est-ce qu’un diocèse ? Le mot « diocèse » vient du mot grec « diokesis », qui signifie « conduite des affaires de la maison », administration. C’est un terme qui désignait des circonscriptions administratives de l’empire romain : il y avait par exemple le diocèse d’Aquitaine. Quand on sait que Napoléon a imposé, par le Concordat, qu’il y eut en France autant de diocèses que de départements, comme le prévoyait la Constitution civile du clergé, on comprend que beaucoup de gens s’imaginent qu’un diocèse est une circonscription administrative de l’Eglise, ayant à sa tête un évêque, qui représente le pape, tout comme le département est une circonscription administrative de la République, ayant à sa tête un préfet, qui représente le gouvernement. Il n’en est rien !

Le concile Vatican II a redéfini le diocèse comme étant une « Eglise particulière », comme au temps où l’on parlait de l’Eglise de Corinthe ou de l’Eglise d’Antioche. Cette manière de parler a perduré chez nos frères orthodoxes qui ont toujours parlé d’Eglises au pluriel, même si ces Eglises sont plus des entités nationales que diocésaines.

On sait que le concile Vatican II a défini l’Eglise comme Peuple de Dieu, Corps du Christ et Temple de l’Esprit. Voilà pourquoi le diocèse est d’abord « une portion du peuple de Dieu » : un diocèse, ce n’est pas d’abord un territoire, des structures, une circonscription, une organisation, c’est d’abord un peuple, le peuple des baptisés, le peuple des disciples de Jésus qui vit dans un lieu donné.

Vatican II a également défini l’Eglise comme « sacrement du salut » pour le monde : l’Eglise est le signe visible du rassemblement de l’humanité en Christ dans la communion de l’Esprit de Dieu. Puisque le diocèse est une Eglise, il est bon que l’Eglise diocésaine puisse se rassembler de temps en temps pour rendre socialement visible le rassemblement qui anticipe le rassemblement de tous les peuples dans le Royaume de Dieu. C’est particulièrement vrai pour un diocèse comme le nôtre qui rassemble des baptisés venus de tous les peuples de la terre !

Dire que le diocèse est une Eglise, c’est dire qu’elle reçoit du Christ tout ce qui lui est nécessaire pour être Eglise du Christ, en particulier le don de l’Esprit-Saint et les trois structures ecclésiales fondamentales : les Evangiles, l’Eucharistie et l’Episcopat. Toutes les Eglises particulières (tous les diocèses) ont en commun d’être rassemblées dans l’Esprit-Saint par un pasteur, qu’on appelle l’évêque, qui préside cette Eglise « au nom du Christ Pasteur »,

- avec l’aide de son « presbyterium », c’est-à-dire le collège des prêtres (presbytres) qui partagent son ministère pastoral,
- mais aussi avec l’aide d’autres ministres, ordonnés (comme les diacres) ou non (comme les laïcs chargés de mission ecclésiale),
- avec l’aide aussi de différents « conseils », et donc de différents « conseillers » : conseil épiscopal, conseil presbytéral, conseil pastoral (qui n’existe pas encore dans notre diocèse), conseil de la vie économique, conseil diocésain de la mission ouvrière, conseil de la vie religieuse, etc...
- avec l’aide enfin de tous les services diocésains qui coordonnent, stimulent, animent les différentes dimensions de la mission de l’Eglise (catéchèse, liturgie, vie spirituelle etc-) et des différents mouvements que le laïcat se donne pour vivre sa mission dans les différents secteurs de la vie sociale.

L’évêque est le premier responsable de la communion et de la mission de son Eglise. Responsable de la communion interne, grâce à l’Evangile annoncé et à l’Eucharistie célébrée, il est aussi responsable de la communion de son Eglise avec les autres Eglises particulières (les autres diocèses) et tout particulièrement avec l’Eglise de Rome qui préside à la communion entre toutes les Eglises particulières, parce qu’elle fut fondée par les apôtres Pierre et Paul, qui y vécurent le martyr à la suite du Christ. L’évêque, en effet, participe au collège épiscopal, présidé par l’évêque de Rome, lequel collège épiscopal assure la succession du collège apostolique. Dans ce collège, chaque évêque représente son Eglise.

Si chaque diocèse est vraiment une Eglise particulière dans laquelle l’Eglise du Christ est pleinement présente et agissante, l’Eglise universelle est faite de la communion mutuelle de toutes les Eglises particulières.

Mais l’évêque ne doit pas se contenter de veiller sur la communion, il est le premier responsable de la mission de l’Eglise dans son diocèse. Parmi les trois fonctions de l’évêque (gouverner, évangéliser, sanctifier), c’est l’annonce de l’Evangile qui est première. Cela signifie que c’est aussi la première mission du diocèse, car les trois fonctions de l’évêque correspondent aux trois missions confiées par le Christ à toute son Eglise : rassembler les enfants de Dieu, annoncer l’Evangile, célébrer les sacrements du salut. La première mission d’une Eglise particulière, d’un diocèse, c’est donc l’annonce de l’Evangile au hommes et aux femmes qui vivent sur un lieu déterminé. Toute la vie de l’Eglise particulière, y compris les rassemblements, doit être orientée par cette mission.

Mais qu’est-ce qui fait la particularité d’une Eglise dite particulière ? C’est son rapport au monde. L’Eglise en soi n’existe pas. Toute Eglise est particulière parce qu’elle est l’Eglise qui vit dans tel lieu, à tel moment de l’histoire. C’est l’inculturation de l’Eglise dans une société particulière qui fait d’elle une Eglise différente des autres Eglises. C’est là qu’il faut parler de territoire : le diocèse, c’est une portion du peuple de Dieu qui vit sur un territoire donné qui, le plus souvent, comme chez nous, correspond à un département : le Val de Marne, pour ce qui nous concerne. Notre Eglise se définit donc par son rapport à la population qui vit sur le Val de Marne : une population dont on dira qu’elle est nombreuse, ouvrière, multiculturelle. C’est une Eglise de banlieues- Notre Eglise particulière est solidaire d’une population dont elle partage les joies et les espoirs. Mais alors, pourquoi ne l’appelle-t-on pas l’Eglise du Val de Marne ?

On dit « le diocèse de Créteil » et on parlera donc de « l’Eglise de Créteil », alors que le diocèse correspond à un département dont Créteil n’est que le chef-lieu. En effet, aux origines, le Christianisme a d’abord été un phénomène urbain : ce sont dans les villes que les premières communautés se sont fondées et il fallut plusieurs siècles pour évangéliser les campagnes (paysan et païen ont la même racine !). Dès le II° siècle, on vit apparaître le principe : à chaque ville, un épiscope. Evidemment, cela ne veut pas dire grand chose dans nos banlieues, mais les premières Eglises chrétiennes étaient contemporaines des grandes cités du monde grec. Pensons aux Eglises destinataires des lettres de Paul : Corinthe, Thessalonique, Ephèse- ou aux sept Eglises d’Asie Mineure dont parle l’Apocalypse. Voilà pourquoi les diocèses portent le nom de la ville où réside l’évêque, où il a sa « cathédrale », c’est-à-dire l’église où se trouve la cathèdre, c’est-à-dire le siège épiscopal. Le plus souvent, cela correspond au chef lieu d’un département, mais ce n’est pas toujours le cas : il y a un diocèse de Bayonne (et non de Pau) ; le diocèse de Bourges comprend deux départements et le département du Nord comprend deux diocèses (Lille et Cambrai) !

Puisse ce rassemblement Pentecôte 2000 nous rappeler que le diocèse, c’est d’abord l’Eglise du Christ, c’est-à-dire le peuple des baptisés, dans la diversité de ses communautés et de ses ministères, envoyé en mission auprès de la population du Val de Marne pour lui annoncer la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu.

 
Jean-Pierre ROCHE

Prêtre du diocèse de Créteil, Mission ouvière

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Jean-Pierre ROCHE

Prêtre du diocèse de Créteil, Mission ouvière

(re)publié: 30/11/2000