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Notes de lecture sur « Jésus de Nazareth » de Benoît XVI

Préoccupé de constater que pour beaucoup l’image de Jésus devient floue, le cardinal Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation pour la Foi, a entrepris de montrer que le Jésus de l’Evangile n’est pas autre que celui de la foi, annoncé par l’Eglise. Comme Pape, il a poursuivi la rédaction de ses « méditations » théologiques et a décidé d’en publier la première partie concernant la vie publique de Jésus « de son baptême à la transfiguration ».

Il faut lire avec beaucoup d’attention l’Avant-propos où le Pape précise ses intentions. Même s’il se montre souvent sévère pour les exégètes, il rappelle la « dimension indispensable du travail exégétique » (p.11). Pourtant l’analyse attentive des textes ne suffit pas . Née dans un peuple de croyants, la Bible forme un tout. L’exégèse théologique, prônée par le Pape, n’isole donc pas les textes évangéliques de l’interprétation donnée du mystère de Jésus par Paul et par Jean. Ainsi peut-on découvrir la cohérence de la foi (p.17) et la présence du Christ à nous encore aujourd’hui (p.9).

Dans ce livre très personnel, Benoit XVI n’engage pas son autorité pontificale. Il admet la critique sur des points particuliers et demande seulement une attention bienveillante sans laquelle aucune compréhension n’est possible (p.19).

Le but poursuivi est double, puisque Benoit XVI s’adresse à la fois aux exégètes, qu’il invite à bien situer leurs propres recherches par rapport à la personne de Jésus, et aux fidèles qui ont besoin d’être raffermis dans leur foi pour entendre l’appel du Christ aujourd’hui.

Dans le débat exégétique Benoit XVI, nul ne s’en étonnera, vise avant tout la production allemande, comme le montre la bibliographie. Il est permis de regretter que ne soient pas prises en compte les recherches d’auteurs francophones qui ont beaucoup contribué à mettre en valeur le caractère historique des Evangiles , comme X.Léon-Dufour (Etudes d’Evangile, Lecture de l’Evangile selon Jean ), C.Perrot (Jésus et l’histoire), D.Marguerat. ..., et d’auteurs américains comme R.E.Brown et J.P.Meier.... Un tel élargissement des perspectives aurait permis de nuancer des jugements sévères sur la situation présente.

Voici quelques indications pour guider la lecture .

Il ne faut pas chercher dans ce livre une Vie de Jésus. L’auteur suppose connu le cadre global dans lequel s’est exercé le ministère de Jésus de Nazareth. Benoit XVI se propose de bien situer le message de Jésus par rapport à la première Alliance. De ce point de vue une citation du Deutéronome (18,15), citée à la page 22, revêt une grande importance : l’annonce d’un prophète comme Moïse. Oui, Jésus se rattache aux grandes figures de l’Ancien Testament, et pourtant il les dépasse. On regrette cependant le peu de place donnée à Jean Baptiste, reconnu par Jésus comme le plus grand des prophètes, et pourtant resté au seuil du Royaume.

Chacun des chapitres peut être lu séparément comme une « méditation » théologique. Comme tout exposé universitaire, le livre comporte un aperçu des thèses en présence. Un lecteur pressé peut survoler ces pages plus techniques et arriver au coeur du sujet.
Le premier chapitre concerne le baptême de Jésus, avec une insistance sur la symbolique de mort et de résurrection que comporte la plongée dans les eaux du Jourdain, symbolique qui est à la base du baptême chrétien. Après une étude sur les Tentations du Christ au désert, vient la présentation de l’Evangile du Royaume. Dans le beau chapitre sur le Sermon sur la Montagne. on appréciera le commentaire des Béatitudes, avec un long développement sur la pauvreté évangélique . Il est suivi d’un dialogue émouvant avec un grand savant juif, Jacob Neusner qui a longuement réfléchi sur le message de Jésus. Si, au nom de sa tradition , il en approuve une grande part, vient un moment où le disciple de Moïse ne peut accepter un « dépassement » qui pourtant n’est pas « violation » (p.143). Jésus apparaît alors comme « l’interprète prophétique de la Torah, comme celui qui ne l’abolit pas mais qui l’accomplit, et qui l’accomplit justement en assignant à la raison qui agit dans l’histoire son domaine propre de responsabilité. » (p.149)

Dans la méditation sur la Prière du Seigneur (chapitre 5) on relèvera les nombreuses citations de S.Cyprien, évêque de Carthage au milieu du 3e s., l’un des plus anciens commentateurs .

Après des généralités sur le genre des paraboles, vient le commentaire actualisant de trois d’entre elles, transmises par S.Luc : le bon Samaritain, le Fils prodigue (à intituler plutôt : les deux frères, selon la suggestion de P.Grelot), Lazare et le mauvais riche. La parabole du Bon Samaritain donne l’occasion au Pape de déplorer le pillage de l’Afrique (p.223). On retrouve ainsi dans cette actualisation les grandes préoccupations de Benoit XVI : refus d’un messianisme temporel (sont visés le marxisme et, à mots couverts, la théologie de la libération), la condamnation d’un monde sécularisé qui s’est détourné de Dieu et des valeurs de l’Evangile, la dénonciation du culte de l’argent...

Au coeur des développements du livre est mise en valeur la relation de Jésus avec son Père, relation d’intimité sans laquelle sa figure est incompréhensible. L’Evangile de Jean tient une place particulière dans la méditation de Benoit XVI, avec des développements très riches sur quelques-uns des thèmes majeurs du IVe Evangile : l’eau, la vigne et le vin, le pain, le pasteur.

Globalement les perspectives propres de Marc ne sont guère prises en considération. Marc, l’évangéliste du questionnement : qui donc est celui qui parle et agit avec une telle autorité ? l’évangéliste aussi qui souligne le plus la difficulté des apôtres à croire. Il vaut la peine de réfléchir sur l’enjeu : dans une perspective catéchuménale, convient-il de partir de Marc, l’évangéliste déroutant des mises en cause ,ou vaut-il mieux partir de la proclamation plénière de la foi pascale ? La prise en compte de la totalité de l’Ecriture nous invite à respecter l’une et l’autre de ces voies d’accès vers Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, reconnu à la croix par le centurion romain. Dans la perspective de Jean, développée par Benoit XVI, l’élévation du Christ en croix est l’Heure suprême de la révélation comme glorification de l’amour.

Le dernier chapitre « Les affirmations de Jésus sur lui-même » présente trois titres essentiels par lesquels Jésus se désigne lui-même : le Fils de l’homme, le Fils, Je suis. Telle est la visée du livre : montrer l’unité foncière entre le portrait de Jésus donné par les évangiles synoptiques et celui de l’Evangile de Jean, reposant sur le témoignage du Disciple bien-aimé, mûri au sein de « l’école johannique ».

Retenons la conclusion :
Nous pouvons voir ce qu’il y a en fin de compte derrière toutes ces formules imagées : Jésus nous donne la « vie » par ce qu’il nous donne Dieu. Il peut nous le donner parce qu’il est lui-même un avec Dieu. Parce qu’il est le Fils, Il est lui-même le don, il est « la vie ». C’est pour cela qu’il est, en raison de sa nature même, communication « existence pour ». Et c’est cela qui apparaît sur la croix comme sa véritable exaltation. (p.382)

Puissent ces quelques lignes aider à la lecture d’un livre où Benoît XVI veut nous ramener à l’essentiel : la foi au Christ, Fils de Dieu, Sauveur des hommes.

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(re)publié: 01/07/2007