Menu
Christologie

Né de la Vierge Marie

L’exposé qui suit reste exégétique. C’est dire à l’avance le caractère partiel et non totalisant des conclusions ici présentées. L’exégète ne peut que produire des résultats qui restent à la me-sure des instruments de travail perfectibles qui sont à sa disposition. Aussi le lecteur doit s’attendre à trouver les conclusions exégétiques soit trop réductrices à son gré. soit trop précautionneuses. Il doit rester en partie sur sa faim, dans un appel à poursuivre sa réflexion au niveau proprement théologique. Il découvrira alors comment le thème de la conception du Fils de Dieu est au cœur de la Christologie et fonde directement l’Ecclésiologie - c’est-à-dire notre manière même de vivre et de penser l’Eglise. L’exégète met surtout l’accent sur la « dimension référentielle » des proclamations de la foi, en soulignant le lien entre ces proclamations et les événements auxquels elles se réfèrent, mais son discours risquerait d’être cantonné dans l’archéologisme si le théologien croyant, dans la fidélité à la foi de son Eglise, ne venait situer ce discours dans l’ensemble vivant du mystère chrétien [1].

Conçu du Saint Esprit, né de la Vierge Marie : telle est la foi de l’ancien Credo apostolique. Cette même affirmation se retrouve sur les lèvres du catéchumène au temps de St Hippolyte, lorsque l’évêque lui demandait à son baptême : « Croyez-vous en Jésus Christ, le Fils de Dieu, né de l’Esprit Saint, né de la Vierge Marie ? » (Tradition Apostolique, écrit vers 217). C’était déjà la foi de St Justin dans son Dialogue avec Tryphon (vers l’an 160) et celle enfin de Matthieu et de Luc qui en donnent un témoignage éclatant. En était-il de même avant ces évangélistes grecs ? Cette affirmation n’est-elle pas dépendante des représentations hellénistique et juive touchant les naissances miraculeuses des héros d’autrefois ? Quel crédit historique faut-il accorder à la « conception virginale » et quel en est le poids théologique ?

Avant de tenter une réponse. on remarquera d’abord que l’ancienne tradition chrétienne ne parle jamais de la conception virginale sans évoquer le mystère de la filiation divine. C’est à partir seulement de cette proclamation de foi radicale que cette conception prend son sens. comme une de ses expressions. Parler de cette conception indépendamment du mystère qui l’enveloppe, c’est proprement la défigurer et en faire une sorte de parthénogenèse dont les biologistes devraient pouvoir reproduire le processus en laboratoire. L’Ecriture et les symboles de foi s’insurgent contre une telle présentation, ravalant le mystère du Fils de Dieu à quelque extravagance biologique. D’ailleurs, les évangélistes se gardent bien de parler de « miracle » en la circonstance et toute la tradition fait précéder les mots « né de la Vierge Marie » par la proclamation de foi « conçu de l’Esprit Saint ». Les deux éléments sont indissolublement liés. Il ne s’agit donc pas pour nous d’inventer quelque nouvelle théologie, mais de nous laisser porter par le texte biblique et la tradition croyante.

Toutefois, avant de ramasser la pensée du Nouveau Testament sur la filiation divine dans sa conséquence mariale, nous nous demanderons si une telle filiation et une aussi extraordinaire conception n’étaient pas connues dans le monde hellénistique et plus spécialement dans le contexte juif. Nous pourrons ensuite mieux mesurer la force du message évangélique.

1) Le contexte hellénistique et juif

Dieu s’est fait chair en Jésus Christ et cette incarnation va jusqu’à s’exprimer dans le langage des hommes. L’événement Jésus est radicalement nouveau, mais le langage qui l’exprime reste un langage d’homme, reprenant celui du monde hellénistique et juif. Sinon la parole évangélique eut été proprement inaudible aux hommes du 1er siècle, et comme de l’hébreu pour un paysan bourbonnais. Il est donc normal de découvrir des « parallèles » païens et juifs au mystère chrétien.

Chez les Grecs.

Donnons seulement un exemple, la légende sacrée d’Auguste : « Atia était venue assister à une cérémonie solennelle en l’honneur d’Apollon. Au milieu de la nuit, son lit ayant été placé dans le temple, tandis que les autres matrones rentraient chez elles, elle s’endormit. Voici qu’un serpent se glissa soudain auprès d’elle et se retira peu de temps après. Une fois réveillée, elle alla se purifier comme si elle sortait du lit conjugal ; et aussitôt apparut sur son corps une tache qui avait la forme d’un serpent et qu’elle ne put jamais effacer, à tel point qu’à partir de cet instant, elle s’abstint à tout jamais de bains publics. Auguste naquit neuf mois après ; et à cause de cela, on le considéra comme le fils d’Apollon » (Suétone, Vie des Douze Césars, Divus Augustus 94, 4). Ainsi l’expression « fils de (tel) dieu », fréquente dans le monde païen pour déclarer la divinité des empereurs et des rois, provoqua l’apparition des histoires de leur naissance divine et souvent en termes assez crus. Plutarque, dans ses Vies parallèles des hommes illustres. rappelle aussi la croyance des Egyptiens sur ces naissances et il ajoute : « II n’est pas impossible que l’esprit de la divinité s’approche d’une femme et que, par sa vertu, il fasse germer en elle des principes de génération » (Numa Pompilius 4. 4). Il faut donc reconnaître une vague similitude entre les récits évangéliques et ces histoires païennes, même si le texte inspiré élimine radicalement toute représentation érotique, dans quelque accouplement divin, et souligne fortement que la naissance de Jésus est le fruit de la seule parole de Dieu.

Néanmoins, dès le 2ème siècle de notre ère, certains voyaient déjà quelque objection à parler un peu trop à la manière grecque. Ainsi le Juif Tryphon déclare : « ... dans les fables de ceux qu’on appelle Grecs, on dit que Persée naquit de Danaé qui était vierge, après que celui qui s’appelle chez eux Zeus s’était répandu sur elle sous forme (de pluie) d’or. Vous (les chrétiens), vous devriez rougir de raconter les mêmes choses qu’eux et il vaudrait mieux dire que ce Jésus fut un homme d’entre les hommes... puis qu’il fut jugé digne d’être choisi pour le Christ. Mais n’allez pas parler de prodiges, si vous ne voulez pas qu’on vous accuse d’être fous comme les Grecs » (Justin, Dialogue avec Tryphon 67). L’objection devait être assez répandue à l’époque et certains chrétiens d’origine juive, les Ebionites, refusaient effectivement de parler de la conception virginale de Jésus (Justin, ibidem 48). A cette haute époque déjà, certains ne comprenaient plus comment le mystère de Dieu pouvait s’incarner au point d’emprunter le langage des hommes pour en dire la réalité extraordinaire.

Les naissances miraculeuses dans le judaïsme

Il faut distinguer soigneusement ici naissance miraculeuse et naissance virginale. Autant le thème de la naissance miraculeuse est largement répandu dans le judaïsme d’avant le 2ème siècle de notre ère, autant celui où l’accent porte sur la virginité de la mère apparaît incertain et presque inconnu, du moins avec la force que l’on voit dans les récits évangéliques.

Aussi curieux que cela nous paraisse aujourd’hui, les anciens ne mettaient pas toujours un lien entre la relation conjugale et la conception de l’enfant ; pour eux, l’enfant était d’abord un don, voire une création de Dieu lui-même. Nous avons appris au catéchisme que l’âme est créée par Dieu alors que notre corps est le fruit de la génération humaine. Replacée dans le contexte de la philosophie thomiste, cette expression se comprend bien, mais elle aurait étonné les contemporains de Jésus. En effet, une telle dissociation entre âme et corps était peu soulignée dans le monde biblique où l’être est surtout considéré dans son unité personnelle. Dès lors, l’action de Dieu dans la conception portait sur l’être entier. Tout l’accent était mis sur la bonté gracieuse de Dieu dans la création de chaque être et spécialement de ceux qui étaient donnés par Lui pour accomplir son dessein. C’est Dieu qui « ouvre le sein » maternel, en particulier dans les cas des premiers-nés qui sont sa propriété (Ex 13, 2.12) ; c’est lui qui ouvre le sein de Léa et de Rachel (Gn 29, 31 ; Gn 30, 22 etc.) ; le thème des naissances chez la femme stérile, si fréquent dans l’Ecriture, insiste plus encore sur la gratuité du don divin. Dieu rend Sara « capable d’avoir une postérité » (He 11, 11). Toutefois, ces naissances extraordinaires n’empêchent pas les auteurs sacrés de parler aussi, mais presque incidemment, de la « connaissance » mutuelle (c’est-à-dire de l’union) des époux.

Au 1er siècle de notre ère, la mentalité restait la même, comme en témoigne le Pseudo-Philon : Dieu forma (créa) Isaac dans le sein de celle qui l’enfanta (LAB 23, 7), et d’une manière plus générale encore, il écrit : « Voici que Dieu a implanté le fruit du ventre humain et placé une lumière pour que l’on voit ce qui est dans les ténèbres » (LAB 22, 3). Dieu fait naître les hommes (Ez 36, 12 version grecque), y compris le Messie d’Israël comme il est dit à Qumrân (1QSa 2, 11).

Si donc la parole et l’intervention gracieuse de Dieu étaient considérées comme véritablement efficaces, on devait aussi admettre, par contraste, l’existence de conceptions diaboliques. Caïn n’était-il pas le fruit de l’union diabolique entre Eve et le démon Shammaël, suivant une tradition juive à laquelle Jean fait écho (« Votre père, c’est le diable » Jn 8, 44) ? Dans un tel contexte de pensée, certaines naissances posaient question. Suivant le livre apocryphe d’Hénoch 106, Lamech était fort ému lors de la naissance merveilleuse de Noé : l’enfant, en effet, « ressemblait à un enfant des anges du ciel... ses yeux étaient comme des rayons de soleil et sa face splendide » ; Mathusalem arriva heureusement à convaincre Lamech que l’enfant était bien de lui.

Les naissances virginales

Y a-t-il des exemples de conception où la virginité de la mère est explicitement soulignée ? A première vue, cela semblerait curieux, car la virginité comme telle n’était guère prisée dans le judaïsme. Le premier texte qui vient à l’esprit est celui d’Isaïe (Is 7, 14) dans sa version grecque : « Voici que la vierge (en grec parthenos) est enceinte. » Dans la note de la TOB sur ce texte, on lit : « Dès le 2ème siècle avant J.-C., et peut-être déjà avant, une partie de la tradition juive a donc vu dans cette naissance exceptionnelle. encore attendue, la naissance virginale du messie ». C’est là aussi l’opinion de tous les Pères de l’Eglise. Peut-être ont-ils raison, même si l’on doit accepter une certaine fluidité du mot parthenos (vierge) puisque l’auteur de cette traduction grecque l’applique une fois à Dina qui avait été violée (Gn 34, 3). Il faut cependant avouer que l’absence de toute tradition juive ancienne exploitant ce texte d’Isaïe dans le sens d’une conception virginale rend plutôt prudent.

Dans le judaïsme, représenté par Philon, on constate cependant une apparente valorisation de la conception virginale. Pour Philon, Sara, Léa, Rébecca et Cippora représentent allégoriquement des vertus et comme des vertus vierges, elles ont conçu virginalement par la puissance de Dieu : « La vertu reçoit les semences divines de celui qui est la cause de tout, mais enfante pour l’un de ceux qui l’aiment... Isaac le sage prie Dieu et par la puissance de celui qui est prié, Rébecca, la persévérance, est enceinte (Gn 25, 21)... Moïse, qui a pris Cippora (Ex 2, 21-22) “la vertu qui vole et se tient haut”, la trouva enceinte sans que ce soit des œuvres d’aucun mortel (traité De Cherubim 46-47). » Mais Philon n’est pas dupe de ses propres images. Dans son Legum Allegoriae 3, 219, il dit : « Le Seigneur engendra Isaac ; car c’est lui qui est le père de la nature parfaite qui sème et engendre le bonheur dans les âmes », alors que, dans le paragraphe précédent, il vient d’écrire : « Abraham se montre joyeux et rieur parce qu’il va engendrer le bonheur, Isaac. » Retenons seulement de ces deux textes le point suivant : le thème de la conception virginale n’est ici que la représentation imagée d’un geste divin accompli sous le signe de la grâce ; l’éclosion de la vertu ne relève que de Dieu seul et la virginité souligne la radicalité du don.

Il en est de même dans un autre récit sur la naissance de Melkisédek, rapporté dans le Livre des Secrets d’Hénoeh, 23. suivant lequel la mère de Melkisédek conçut l’enfant, alors que son époux « n’avait pas dormi avec elle depuis longtemps déjà. Elle eut honte et se cacha, mais au jour de l’enfantement, Nir (son mari) découvrit la situation et voulut la renvoyer », jusqu’au moment où il dut reconnaître l’origine de l’enfant ; il dit alors à Dieu : « Ta parole a créé un grand prêtre dans le sein de ma femme. » Il est difficile cependant de s’appuyer avec sûreté sur ce dernier exemple : la date de ce livre apocryphe reste toujours très discutée et il semble avoir été l’objet de remaniements judéo-chrétiens. Quoi qu’il en soit, cette naissance hors du commun veut surtout souligner la radicalité du don de Dieu.

L’auteur de l’épître aux Hébreux ira plus loin encore. S’appuyant sur les silences de Gn 14, 16-17, il n’hésite pas à effacer toute génération humaine de la naissance de Melkisédek : « Lui qui n’a ni père, ni mère, ni généalogie, ni commencement pour ses jours, ni fin pour sa vie, mais qui est assimilé au Fils de Dieu, reste prêtre à perpétuité » (He 7, 1-3). Chez cet auteur, la théologie de la préexistence du Christ-Melkisédek risquait d’éliminer l’incarnation même de Jésus. Un peu plus et la pensée chrétienne glissait dans le docétisme suivant lequel le Dieu-Jésus n’a plus qu’une apparence humaine. Grâce à Dieu. les récits de l’enfance sont là pour nous rappeler cette incarnation du Fils de Dieu, dans la réalité de sa chair et le mystère de son nom divin.

Comme on le voit, ces témoignages ne sont pas entièrement clairs. Ils laissent deviner cependant comment le langage chrétien pourra assez facilement se greffer sur la pensée juive et en développer les virtualités pour mieux exprimer l’inexprimable de la naissance de Jésus. Un point en particulier devait empêcher les auteurs juifs de mettre trop l’accent sur la virginité de la mère lors des naissances miraculeuses : la virginité comme telle n’était guère prisée.

La virginité au 1er siècle

La virginité n’était généralement pas valorisée au 1er siècle de notre ère et en Palestine surtout. Néanmoins, selon le témoignage de Pline (Histoire Naturelle V, 17) et celui de Flavius Josèphe (Guerre Juive 2, 119, 121), certains Esséniens vivaient dans le célibat. Est-ce par ascèse ? ou se considéraient-ils comme les soldats d’une guerre eschatologique déjà commencée, qui les amenait à vivre dans la pureté comme des preux d’Israël (cf. Dt 23, 10-12) ? Aucun texte essénien n’attribue quelque valeur à la virginité comme telle et les sectaires de Qumrân acceptaient le mariage. Y. Yadin vient de découvrir un rituel de mariage dans un manuscrit qumrânien, le Rouleau du Temple.

Assez proche du monde essénien, chez ces Thérapeutes d’Egypte dont parle Philon, on connaît l’existence d’hommes et de femmes entièrement voués à la chasteté « par recherche et amour de la sagesse » (De Vita Contemplativa 68). On se gardera évidemment de toute conclusion un peu hâtive, car ces milieux sectaires ne représentent guère la pensée courante des Palestiniens au 1er siècle. Cependant, chez un scribe d’affinité pharisienne comme le Pseudo-Philon, on voit presque s’amorcer le raisonnement qui conduira à une telle valorisation. D’après 1S 1, 2-8, Peninna, la seconde femme d’Elcana, persécutait Anne, la future mère de Samuel, parce qu’elle était stérile. Anne pria alors en ces termes : « Moi je sais que ce n’est pas celle qui a le plus d’enfants qui est enrichie, ni celle qui en a le moins qui est misérable, mais celle en qui l’amour de Dieu abonde est enrichie » (LAB 23, 5). Ainsi est affirmée nettement la prééminence de l’amour de Dieu, par dessus l’espérance d’une heureuse descendance. Luc, dans sa présentation de Jésus comme le nouveau Samuel, semble bien répercuter et amplifier l’écho de cette tradition synagogale. Tout était alors merveilleusement préparé pour dire le mystère du Fils de Dieu, conçu de l’Esprit, dans le sein d’un jeune fille du nom de Marie [2].

2) Jésus, Fils de Dieu, Fils de Marie

Avant de rassembler les matériaux et de tirer quelques conclusions, commençons par écarter certains textes où des auteurs à l’imagination fertile ont voulu voir des allusions à notre thème. Paul, par exemple, écrit aux Galates : « Dieu a envoyé son fils, né d’une femme (en grec guné) » (Ga 4, 4). Certains en concluent que Paul ne croyait pas à la conception virginale, car autrement il aurait choisi le mot « vierge » et non le mot « femme-épouse ». D’autres, au contraire, attribuent à Paul cette croyance, car autrement il aurait dû parler ici du père de Jésus et pas seulement de sa mère...! Si l’on écarte ces soi-disant allusions. le dossier sur la conception virginale s’éclaircit singulièrement. Encore ne faut-il jamais le considérer à l’état isolé, sans le rappel constant du thème de la filiation divine qui lui donne sa vie et son sens.
Le rassemblement des matériaux

Jésus est le fils de Dieu : telle est l’affirmation essentielle vers laquelle convergent tous les témoignages, depuis les éléments les plus anciens de la tradition paulinienne jusqu’aux écrits les plus récents ; comme nous l’avons vu, les récits de l’enfance, dans leur écriture tardive, ont pour but de révéler immédiatement la véritable identité de Jésus comme Fils de Dieu. Rappelons seulement quelques textes. Jésus est « établi Fils de Dieu avec puissance... par sa résurrection » (Rm l, 4) ; il est le « Fils de Dieu » dont parle Marc aux moments importants de sa catéchèse évangélique (Mc 1, 1.11 ; 9, 7 ; 14, 61 et 15, 39) ; il est « L’Engendré de Dieu » (1 Jn 5, 18), etc. Or, un point très important doit être relevé : avant même que n’apparaisse, littérairement parlant, le thème de la conception virginale, celui de la préexistence divine de Jésus était solidement attesté dans la couche la plus ancienne de la tradition, avec l’hymne de Paul aux Philippiens (2, 6-11), sans parler de Jn 1, 1-18. Comme on le voit, la réflexion chrétienne sur le mystère de Jésus est allée d’emblée au plus profond, par-delà même l’incarnation du Sauveur. Mais, à ce stade, on est peu porté à rappeler le miracle de la naissance glorieuse de Jésus car on considère plutôt cette naissance comme un mystère d’humilité et d’abaissement : « Lui se trouvant en forme de Dieu... il se vida lui-même... devenu dans la ressemblance d’hommes et par l’aspect trouvé comme un homme » (Ph 2, 6-7).

Les anciens textes restent donc discrets sur la naissance de Jésus, même s’ils jouent quelquefois sur la relation-opposition Fils de Dieu/homme de ce monde. Le langage employé ne ferme pas absolument la porte à la réflexion sur la conception virginale, réflexion véhiculée dans quelques cercles chrétiens.

Dans un premier jeu de relation-opposition. Les auteurs soulignent la continuité et la distance entre celui qui est « Fils de Dieu » et celui qui est « Né de la femme, assujetti à la Loi » (Ga 4, 4) ; ou encore, « son Fils » et celui qui est « issu de la lignée de David selon la chair » (Rm 1, 3-4) ; entre le « fils de Joseph » dont parlent Moïse et les Prophètes et celui que Nathanaël reconnaît comme « le Fils de Dieu » (Jn l, 45.49). Comment dire à la fois l’origine divine de Jésus et son insertion dans le peuple de Dieu ? Le récit de l’enfance selon Matthieu tente de réduire cette première opposition : Joseph accepte le rôle paternel ; l’héritier de David et le nouveau Moïse appartient bien au peuple d’Abraham.

Dans un deuxième jeu de relation-opposition, il est mis une distance entre ce que déclarent la foule et les adversaires de Jésus, d’une part et d’autre part, la proclamation chrétienne. Les Juifs murmuraient : « N’est-il pas le fils de Joseph ? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère ? » alors que Jésus est « celui qui vient de Dieu. Lui, il a vu le Père » (Jn 6, 42.46). Les gens de Nazareth demandent : « N’est-ce pas te charpentier, le fils de Marie ? » (Mc 6, 3 : cf. Mt 13, 55) ou « N’est-ce pas le fils de Joseph ? » (Lc 4, 22). Enfin Luc écrit : « II était fils, croyait-on, de Joseph » (Lc 3, 23). Il y a donc une distinction entre l’être et le paraître. Jésus est en réalité plus grand qu’il n’apparaît ! A l’aide du procédé hellénistique du parallèle, Luc souligne sans cesse la supériorité de Jésus : conception miraculeuse de Jean, fils de Zacharie « son père » et conception de Jésus par la Vierge, etc. Et les deux fois où il parle de Joseph comme « père » de Jésus, c’est dans un contexte d’étonnement : « Le père et la mère de l’enfant étaient étonnés » (2, 23) et « ils furent frappés d’étonnement. Vois ton père et moi, nous te cherchions angoissés » (2, 48). Là encore, il y a dissociation entre l’être et le paraître, entre « ton père » et « chez mon père » (2, 48.49).

Le troisième jeu de relation-opposition porte sur le rapport Père-Fils. C’est évidemment le point fondamental, reconnu par Paul (par exemple Rm 1, 3), par Jean (6. 42-46), par Marc, l’évangile du Fils de Dieu qui n’a qu’un Père, Dieu lui-même (8, 38 ; 13, 32 ; 14, 36), par Matthieu qui ne parle jamais de Joseph comme « père », alors qu’il multiplie les mentions de « sa mère » (1, 18 ; 2, 11.13.14.20.21), par Luc enfin, l’évangile du Père et du Fils (2, 49 ; 23,46). Nous touchons là au coeur de l’Evangile et, une fois de plus, nous constatons combien le message essentiel des récits de l’enfance reprend fidèlement la proclamation première.

Non seulement Matthieu ne désigne jamais Joseph à l’aide du mot « père » - l’expression « père adoptif » n’est pas matthéenne ! - mais il va jusqu’à rapporter la parole de Jésus « N’appelez personne votre père sur la terre, car vous n’en avez qu’un, le Père céleste » (Mt 23, 9). On retrouve une pensée analogue chez Jean : « Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir d’homme. mais de Dieu » (Jn 1, 13). Ce qui vaut pour Jésus, vaut aussi, d’une certaine manière, pour son Eglise. La radicalisation du don de Dieu, exprimée dans le cas de Jésus par la conception virginale, s’étend en quelque sorte à la communauté croyante tout entière. Or, en Ga 4, 21-31, Paul développe la même idée : le croyant libéré de la Loi est le fils de la femme libre, né selon l’Esprit et non plus selon la chair (4, 29) ; l’Eglise est la Jérusalem d’en haut « et c’est elle notre mère, car il est écrit : Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantais pas... car plus nombreux sont les enfants de la délaissée que les enfants de celle qui a un époux » (4, 26-27 reprenant Is 54, 1). Là encore, mais appliquée à l’Eglise, on retrouve l’image de la femme stérile qui doit tout à l’action gracieuse de Dieu. Sans doute avons-nous là une des sources importantes de la pensée chrétienne ancienne : c’est en approfondissant le mystère de l’Eglise que la communauté a finalement découvert celui de Marie, la fille de Sion. Le mouvement inverse sera vrai aussi : de l’Eglise à Marie et de Marie à l’Eglise ! Par là même on comprend mieux comment la découverte de Marie est essentielle à la compréhension que l’Eglise a d’elle-même, dans Marie « mère de l’Eglise », comme le proclame le Concile de Vatican II.

La conception virginale ou le signe du Père

La reconnaissance de Jésus comme le Fils de Dieu et le thème de la conception virginale sont liés indissolublement, du moins chez Matthieu et Luc. Dieu est engagé dans la naissance de cet enfant. C’est dire que la vérité théologique d’une telle conception ne peut être prouvée à l’aide de l’instrumentation historique de la même manière qu’une bataille de Napoléon par exemple. L’exégète et le théologien ne dispenseront jamais de l’acte de foi.

Au plan historique, l’exégète peut toute fois certifier l’existence de la croyance en une telle conception, non seulement dans les communautés de Matthieu et de Luc, mais encore dans une tradition antérieure. source de leur documentation commune. Il est probable que le thème a d’abord circulé dans quelques groupes judéo-chrétiens de la Diaspora. comme l’Eglise de Matthieu justement, des groupes connaissant les histoires juives de naissance miraculeuse et ouverts à une valorisation de la virginité. On remarquera que les couches les plus anciennes de la tradition n’offrent rien qui soit un obstacle insurmontable à une telle croyance et l’on pourrait même affirmer que le langage radicalisé dans lequel cette croyance s’exprime ne fait qu’épanouir un des éléments majeurs de la proclamation chrétienne : Jésus est bien le Fils de Dieu,

Il est peut-être possible de préciser plus encore le « contexte concret » dans lequel la réflexion de l’Eglise s’est exercée. L’Eglise a repris de la Synagogue ses procédés de lecture et d’interprétation des Ecritures (cf. plus haut, p. 11). Comme à la Synagogue, la communauté lisait le livre de Moïse et les Prophètes pour en actualiser le message dans la personne de Jésus (cf. Ac 13, 15). Or, parmi les lectures bibliques faites à la synagogue, on trouve le texte de Gn 16, 1s suivi d’une lecture tirée des Prophètes, à savoir I S 2, 21s (la naissance de Samuel) ; on trouve aussi Gn 21, 1 s suivi d’Is 54, 1s. Ces indications sont certaines à partir du 2e s. de notre ère dans le cadre du cycle triennal de lecture biblique en Palestine ; mais des traditions de lecture existaient déjà avant cette époque et il est remarquable que Paul, en Ga 4, 21-31, s’appuie sur Gn 16 et cite explicitement Gn 21, 10 et Is 54, 1 (Ga 4, 27.30). L’exégèse paulinienne de ce chapitre des Galates ne reflète-t-elle pas la pratique des communautés judéo-chrétiennes qui trouvaient dans le contexte cultuel chrétien le lieu parfait de leur méditation sur le mystère de la naissance de l’Eglise dans la naissance de son Sauveur ?

Est-il possible d’aller plus loin encore et de faire appel au témoignage de Marie elle-même, puisque le narrateur s’y réfère (Lc 2, 19.51) ? Ne peut-on remonter de Luc à Jean l’apôtre, et de ce dernier à Marie ? Effectivement, les liens entre l’oeuvre lucanienne et la tradition johannique sont réels. Toute-fois, une telle suggestion ne reste qu’une hypothèse - sérieuse peut-être, mais hypothétique quand même - qui se heurte plutôt au silence de Jean sur la question et elle ne peut en aucune manière être située au départ d’un raisonnement exégétique et historique. Nous n’avons pas à donner l’illusion d’asseoir notre foi en la filiation divine sur cette conjecture humaine.

La proclamation de Jésus comme le Fils de Dieu, « son Père », est liée à un événement de la vie de Marie, sans qu’on puisse dissocier et isoler l’attestation du fait virginal de l’affirmation de foi qui en véhicule le souvenir. Ici comme ailleurs, fait et interprétation ne peuvent être disjoints ou, à l’inverse, confondus et cela à l’encontre des vues dites positives en matière historique. Nous refuserons donc une position de type historiciste où le texte est lu sans tenir compte de la distance à toujours respecter entre le fait et la narration du fait. dans une méconnaissance entière du problème du langage. Nous refuserons aussi une position qui ferait éclater l’incarnation du Fils de Dieu comme une pure expression imagée de quelque vérité théologique éthérée. La théologie chrétienne est immergée dans l’histoire. C’est le message de Noël. Dès lors, même si l’on doit largement accepter l’élaboration linguistique du thème de la conception virginale pour dire la radicalité du don de Dieu en Marie, on ne peut pas, pour autant, réduire le message à quelque fantasme linguistique qui rendrait l’événement comme évanescent. Dans sa résurrection comme dans son incarnation, l’être de Jésus tout entier est engagé. La première communauté chrétienne l’a reconnu en désignant Jésus comme le Seigneur ressuscitéetcommeleFils de Dieu « son Père ». Et il n’y a pas d’autre vérification du signe du Père qu’en vivant véritablement nous-mêmes comme « ceux qui ne sont pas nés du sang... mais de Dieu » (Jn 1, 13).

Nous refusons donc le dilemme où quelques théologiens tentent actuellement de nous enfermer : la conception virginale est-elle ou non un « theologoumenon », c’est-à-dire une simple expression plastiqueou imagée d’une assertion théologique. Constatons seulement que dès la plus haute antiquité, l’Eglise a proclamé la conception virginale de Jésus comme une expression de la réalité de l’incarnation et le signe évident de la filiation divine. Quant au reste, il relève du domaine de Dieu.


Annexes

Cette partie regroupe les encarts du chapitre.

Un « déplacement de la théologie »

Au cours des siècles, la théologie doit sans cesse réajuster son cap, et c’est normal. Prenons un exemple. Avant le Concile Vatican II, quelques théologiens s’évertuaient encore à prouver qu’il n’y a « aucune erreur » dans l’Ecriture. Toute leur attention était alors concentrée sur l’’’inerrance« scripturaire et il fallait parfois déployer des trésors d’ingéniosité »pour s’en tirer« . Depuis le Concile, l’accent porte désormais sur »la vérité de la Bible« (Constitution »Dei Verbum« , 11). Il y eut alors une sorte de »déplacement de la théologie" D’une perspective axée sur la négation (la non erreur) on est passé à un point de vue autrement englobant, plus radical et plus riche à la fois. sur la vérité de la Parole et les multiples registres de langage où cette vérité divine s’exprime [3].

Il en est de même dans notre cas : un déplacement doit s’opérer. D’un point de vue axé essentiellement sur la conception virginale - et donc finalement sur le manque signifié par la virginité - il faut passer à un point de vue plus englobant sur le mystère de la filiation divine. C’est à partir seulement de cette proclamation de foi radicale que la conception virginale prend son sens, comme une de ses expressions. Toutefois la comparaison précédente n’est pas entièrement juste : la virginité a aussi une signification positive en tant que signe eschatologique du Royaume.

Par ce biais. la conception virginale de Jésus peut être comprise comme l’acte inaugurant le Royaume qui vient.

Evangiles apocryphes : naissance virginale de Jésus.

Or, voici qu’une femme descendit des montagnes, et elle me dit, à moi Joseph : « Homme, où vas-tu donc ? » Je répondis : « Je cherche une sage-femme de race hébraïque ». Elle me dit : « Es-tu d’Israël ? » Et je lui dis : « Oui ». Elle reprit : « Quelle est donc celle qui accouche dans la grotte ? » Et je lui dis : « Ma fiancée ». Et elle reprit : « Elle n’est pas ta femme ? » Et je lui dis : « C’est Marie, celle qui fut élevée dans le Temple du Seigneur, et qui m’a été accordée comme épouse. Mais elle n’est pas ma femme, et c’est de l’Esprit Saint qu’elle a conçu ». Et la sage-femme lui dit : « Est-ce véridique ? » Et joseph répondit : « Viens et vois ! » Et la sage-femme alla avec lui.

Ils s’arrêtèrent à l’endroit de la grotte et voici qu’une nuée de lumière recouvrait la grotte. Et la sage-femme s’écria : « Elle a été glorifiée en ce jour, mon âme, parce que mes yeux ont vu des prodiges : un Sauveur est né pour Israël ». Et subitement la nuée disparut de la grotte et apparut une lumière si grande que nos yeux ne pouvaient la supporter. Puis cette lumière décrut lentement, jusqu’au moment où l’enfant apparut, et prit le sein de sa mère Marie. Et la sage-femme s’écria : « Grand est ce jour pour moi, car j’ai assisté à une étonnante merveille ! »

Et, sortant de la grotte, la sage-femme rencontra Salomé. Et elle lui dit : « Salomé, Salomé, j’ai à te raconter une étonnante merveille : une vierge a enfanté, contrairement à la nature ». Et Salomé répondit : « Aussi vrai que le Seigneur est vivant, si je n’y ai mis mon doigt et scruté sa nature, je ne croirai pas qu’une vierge ait enfanté ».

Et la sage-femme entra et elle dit à Marie : « Dispose-toi, car une question grave est agitée à ton sujet ». Et Salomé ayant scruté du doigt la nature de Marie, poussa un cri, disant : « Malheur à mon impiété et à mon incrédulité ! J’ai tenté le Dieu de vie ! Et voici que ma main, comme desséchée par le feu, se détache de moi ! »

Et elle s’agenouilla devant le Tout-Puissant, en disant : « O Dieu de mes pères, souvenez-vous que je suis de la génération d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ! N’étalez pas ma honte devant les fils d’Israël, mais rendez-moi aux soins des pauvres, car c’est en votre nom que je les soignais, vous le savez, et c’est de vous que je recevais mon salaire ».

Et voici qu’un ange du Seigneur lui apparut, disant : « Salomé, Salomé, le Seigneur t’a entendue. Approche ta main de l’enfant et prend-le dans tes bras : il sera ton salut et ton bonheur ».

Et Salomé s’approcha et elle prit l’enfant dans ses bras disant : « Je me prosternerai devant lui, parce qu’un grand roi est né en Israël ». Et voici qu’aussitôt Salomé fut guérie et, justifiée, elle sortit de la grotte. Et voici qu’une voix dit : « Salomé, Salomé, ne fais pas connaître ces prodiges avant que l’enfant ne soit entré dans Jérusalem ».

(Protévangile de Jacques, 19-20, 2ème siècle).

Méditation sur la Vierge figure de l’Eglise

Nous aimons en la Vierge la figure de l’Eglise, que tu nous donnas pour mère et dont tu nous veux les fils. Elle lui donne un visage sur lequel porter notre tendresse. Elle la personnifie à nos yeux et en concentre les caractères essentiels dans ses traits. auxquels devaient ressembler les Tiens.

Comme Ton Eglise. elle n’était rien par elle-même, mais elle fut sainte de par Ta présence en elle et dans toute sa vie.

Comme Ton Eglise, où que Tu fusses, elle y ,fut avec Toi, de Ta crèche à Ta croix, et ni les images n’ont pu la distraire de l’une, ni les soldats l’éloigner de l’autre ; oui, même quand tous ceux qui T’avaient connu restaient à distance, elle se tenait près de Ta Croix.

Comme Ton Eglise, elle ne pouvait rien d’elle-même, et tout ce qu elle fit, elle le fit uniquement par sa soumission à Ta grâce ; son seul rôle fut de prononcer l’Amen à la gloire de Dieu ; oui, ce fut elle qui entonna l’Amen ! Viens, Seigneur Jésus, que l’Esprit et l’Eglise moduleront jusqu’à la fin des siècles : voici la Servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole. Mais, cet Amen lui-même fut encore un don de Ta part, une grâce de plus que Tu lui fis, puisque c’est par Toi que nous le prononçons...«  »Comblée de grâces, Marie fut un modèle dans la mesure-même où elle renonça à ajouter du sien à ces grâces et où elle accepta de Te les restituer selon Ta volonté de l’initier à la parfaite pauvreté de l’Eglise et de l’âme chrétienne.

Fais-nous donc trouver en elle, ô Christ, non pas la distributrice, mais l’exemplaire réceptrice de Tes grâces, toujours disposée à les accueillir quel qu’en soit le risque, ou à les remettre entre Tes mains, si dur que ce lui soit. Inspiratrice de notre attitude chrétienne, personnification de l’Eglise, notre mère, ne devrait-elle pas figurer dans tous ses sanctuaires, non pas face à nous. comme une divinité. mais face à Toi, tournée avec nous. vers les gages de Ta présence sur la Table sainte, et, par son exemple. nous conduisant à Toi comme par la main, en compagnie des patriarches, des prophètes, des apôtres. des saints et de la grande nuée des témoins de tous les temps, rassemblés sur les murs et les vitraux de nos temples pour envelopper notre culte de leur piété ? Ainsi, comme elle se tenait près de Ta croix, elle continuerait de se tenir près de Ton corps rompu pour nous, et due Ton sang répandu pour la rémission de nos péchés, image de l’Eglise fidèle qui ne s’éloigne jamais. de Toi, même lorsque cette proximité l’expose à tes persécuteurs. Elle montrerait à tous nos yeux, qu’avec nous tous, elle subsiste uniquement de la communion à Ton sacrifice éternel. Et nous désignant ainsi en Toi la seule source de sa vie comme de la nôtre, elle qui, selon la nature, fut glorieusement mère de son Créateur, s’avouerait humblement fille de son Fils, par la foi. Alors. nous qui sommes venus au monde de la grâce après elle, nous pourrions encore chérir en elle notre petite saeur aînée, la découvrir du même rang et de la même fibre que nous, et nous sentir tout proches d’elle " [4].

Pasteur Jean de Saussure
(Extraits du livre collectif « Dialogue sur la Vierge », E. Vitte, 1951, p. 96-97 ; 101- 103).

Pour continuer l’étude

Les évangiles de l’enfance

Sur Matthieu 1-2 :

- Paul, André L’évangile de l’enfance selon St Matthieu, col. Lire la Bible, Cerf, 1968, 191 p.
Une excellente étude, relativement facile, très au courant de la littérature intertestamentaire.

Sur Luc 1-2 :

- Laurentin, René Structure et théologie de Luc 1-2, Col. Etudes Bibliques, Gabalda. 1957, 232 p.
Ouvrage technique présentant des études exégétiques fouillées et soucieux d’en tirer la théologie.

Sur l’ensemble : livres de première initiation :

- Monloubou, L Lire aujourd’hui les évangiles de l’enfance, Col. Croire aujourd’hui, 1971, 111 p.
Une bonne vulgarisation qui n’étudie pas les textes en eux-mêmes mais cherche à en donner une vue d’ensemble par grands thèmes.
- Daniélou, Jean (cardinal) Les évangiles de l’enfance, Seuil, 1967, 144 p.
Présentation à la fois pétillante et (trop) « rassurante » sur l’enfance de Jésus.

Théologie mariale.

(Nous ne signalons que deux livres qui étudient les textes évangéliques).

- Feuillet, A Jésus et sa mère d’après les récits lucaniens de l’enfance et d’après St Jean, Gabalda, 1974, 308 p.
Ce livre édifiant rassemble Ia pensée de l’auteur déjà exprimée dans de nombreuses études. Rapprochements très suggestifs entre Luc et Jean.

- Mc Hugh, J La mère de Jésus dans le Nouveau Testament, Col. Lectio Divina, Cerf, 1977, 486 pages (Ed. anglaise, Londres 1975).
Un livre à la documentation très riche, aux tendances plutôt conservatrices.

Commentaires des textes liturgique.

Signalons seulement deux ensembles qui font une exigée développée et solide des textes liturgiques.
- Becquet, G. - Varro, R. - Beauvery, R Lectures d’Evangile, Seuil, 3 plumes : Texte de l’année B, 1972, 509 p. ; année C, 1973, 440 p. ; année A, 1974, 461 p.
- Collectif Assemblées du Seigneur, Cerf.

Analyse structurale.

Pour ceux qui s’intéressent à ce genre d’analyse, signalons l’essai paru dans le bulletin « Sémiotique et Bible » (25, rue du Plat, 69002 Lyon), nº 3, juin 1976, pp. 5-36, sur Luc 1-2.

 

[1Pour une présentation ramassée des données traditionnelles et dogmatiques, voir René Laurentin, court traité sur la Vierge Marie, (5 éd.) Lethielleux, 1967.

[2Nous ne prétendons évidemment pas épuiser le sujet ! Voir notamment L. Legrand, La Virginité dans la Bible, Col. Lectio Divina, Cerf, 1964, qui souligne bien le sens de la virginité comme signe eschatologique.

[3Voir I. de la Potterie, La vérité de la sainte Ecriture et, l’Histoire du Salut d’après la constitution dogmatique Dei Verbum, dans Nouvelle Revue Théologique. 1966, p. 149-169.

[4On pourrait lire aussi. dans le même sens, le beau commentaire du Magnificat, par Luther (Œuvres, Labor et Fides, T. III, 1964, p. 9-77).

Charles PERROT

Prêtre
Professeur honoraire de l’Institut Catholique de Paris. († 2013)

(re)publié: 30/11/1975